Mary et Max, c’est en même temps la poésie de la solitude et la symphonie de la découverte de l’autre. Film épistolaire réalisé entièrement en stop motion, où Adam Elliot joue avec les contraires, les images, et surtout avec les mots.
Lui, Max, quadra américain obèse, socialement inepte ; elle, Mary, gamine australienne, rondouillette et binoclarde. Elle a les yeux couleur gadoue, aime le lait concentré en boîte et a pour seul ami un poulet nommé Ethel, sauvé de peu de l’abattoir. Lui mange à longueur de journée des hot-dogs au chocolat, et voudrait un ami qui ne soit »
Ce petit conte est tout d’abord sublimé par la voix grave du narrateur, Barry Humphries, qui décrit avec justesse et une pointe d’ironie le monde terne des deux protagonistes, rythmant notre découverte de leurs inconscients et de leurs souvenirs. Un monde d’ailleurs bien cruel : alcooliques, clochards et hôpitaux psychiatriques jonchent les vies quotidiennes de Mary et de Max, si bien qu’on se doute que les couleurs prédominantes sur l’écran – du noir, du gris, une touche de rouge – ne le sont sûrement pas par hasard.
Pourtant, ce monde bien terne n’est pas pessimiste pour autant, simplement réaliste. Adam Elliot, qui a mis 5 ans à réaliser son film en s’inspirant de sa propre vie pour le scénario, cherche à rendre les choses comme elles sont, en forçant légèrement le trait. Le décentrement que l’on ressent face à des personnages en pâte à modeler n’ôte rien au dramatique. Il le renforce au contraire par moments, d’où la tendance du public à rire jaune et à grincer des dents au vu de certaines réalités.
Entre l’Australie et New York, les méandres des tribulations de Mary et Max, plus psychologiques que physiques, rythment le scénario alors que l’on s’échappe dans leurs aventures, aussi déjantées les unes que les autres. Max porte un casque de moto avec des yeux dessinés dessus lorsqu’il sort pour faire fuir les oiseaux, alors que Mary rêve d’épouser un Écossais dénommé Earl Gray, car elle adore ce type de thé. Peur enfantine, imagination débridée, leur histoire apparaît comme un rêve éveillé au spectateur, qui finit par se remémorer ses propres échappées : après tout, qui ne s’est jamais demandé si un taxi qui roule en marche arrière doit de l’argent à son client ?
Chemin faisant, Mary et Max s’opposent et se complètent. Elle veut s’ouvrir au monde, et lui fait tout pour le fuir. Elle se pose beaucoup de questions, et lui n’a pas forcément les bonnes réponses. De fait, ils se construisent en parallèle l’un de l’autre, à tel point que si l’un délaisse l’autre, ce dernier agonise à petit feu.
Ajoutons enfin que ces personnages de pâte à modeler animés, si humains avec leurs défauts, sont servis avec justesse par les voix des acteurs qui les incarnent ( Toni Collette mais surtout Philip Seymour Hoffman ), et également par la bande son du film, grandiose, qu’on vous laisse le soin de découvrir en allant le voir…
En savoir +
Mary et Max ( Mary and Max ), d’ Adam Elliot
Dans les salles depuis le 30 Septembre 2009
Avec : Toni Collette, Philip Seymour Hoffman, Eric Bana …
Film d’animation australien, 2008
1h32min
A lire également sur Discordance
2 commentaires
Réagissez à cet article

Interview
French Pop Mission

Concours
Les femmes s'en mêlent
Articles récents
Interview











Pascal a écrit :
Un très joli film. Assez inclassable. Quelques longueurs, mais une fin magistrale…
Mathias a écrit :
Un peu trop de longueurs dans une première grosse moitié, une jolie musique mais trop redondante.
L’animation est drôle mais trop peu présente, dommage pour un animé… et ça parle beaucoup. Trop pour moi !
Heureusement la fin remonte l’ensemble du film.