Martina Topley Bird, l’envolée d’un phénix.

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Relativement peu connue en France, Martina Topley Bird a pourtant un curriculum vitae impressionnant dans le monde du trip-hop. Muse de Tricky, avec qui elle aura une liaison amoureuse et artistique le temps de deux albums, aujourd’hui chanteuse et co-auteur de trois titres sur le dernier Massive Attack, la belle ne semble plus rien avoir à prouver.

Découvrir Martina Topley Bird, c’est se laisser surprendre, car cette icône du trip-hop n’est pas en solo ce qu’elle est dans ses collaborations. D’album en album, elle se libère peu à peu du carcan mélancolique, voir sombre, de l’électronique de Bristol pour adopter un style qui sied plus à sa voix : aérien et enjoué, sensuel et lumineux. Pour son dernier, elle quitte même les atmosphères urbaines caractéristiques du trip-hop pour rejoindre un style folk qui se rapproche de La maison de mon rêve de Cocorosie et de Fisherman’s woman de l’Islandaise Emiliana Torrini dans son atmosphère sereine. Instrumentations minimalistes, rythmes basiques, nombreux passages a cappela, la chanteuse ne semble livrer qu’un squelette musical que vient étoffer sa voix. Le tout sans faire rimer sobriété avec austérité puisque les compositions de l’artiste dégagent une chaleur et une proximité rarement aussi présente sur un album studio. Some place simple, album intimiste, porte bien son nom.

Cette simplicité prônée dans le concept de l’album pourrait paradoxalement passer pour un défaut. Si La maison de mon rêve avait surpris la critique par son concept trois-bouts de ficelle, Some place simple, en mettant trop en avant la voix de Marina Topley Bird, a tendance à éffacer les trouvailles sonores et bruitistes de l’album, mieux mises en avant lors de ses concerts. Pourtant, il semble y avoir une réelle volonté d’isoler chaque instrument pour éprouver pleinement leur particularité sonore, comme pour en dévoiler chacun des ingrédients qui en composent la recette. Une volonté pas forcément claire lors des premières écoutes, mais qui commence à poindre lorsque l’on se concentre un peu plus sur la musique que sur la voix de la belle.

Le mystère reste alors entier : la musique désossée, réduite au plus simple appareil sonore et rythmique, ne manque pourtant pas de fasciner malgré les rouages qu’elle révèle. Poétique, aux motifs hypnotiques, Snowman semble reproduire la mélodie des flocons qui tournoient dans le vent alors que Kiss Kiss Kiss prend des airs de ritournelle amoureuse, délicate et sensuelle. Le ton de l’album reste très apaisé malgré des envolées sur Poison et ses rythmes tribaux. Sandpaper Kisses dont les guitares d’intro et le rythme mélancolique rappellent Beautiful Friend des Cranes avant que la mélodie ne s’emballe. All day et Too tuff to die héritent quant à eux d’une mélodie plus électrique sans pour autant susciter l’émotion que procure le rythme de la ballade. Ballade sur laquelle vient se poser le grand atout de Martina Topley Bird : sa voix sensuelle, qui oscille par contrastes entre la puissance de celle d’une chanteuse de soul et un timbre aigu, nasillard, de chanteuse folk, s’offrant ici le plus bel écrin musical.

Si Some place simple n’a assurément pas l’ambition de révolutionner la musique, il s’apprécie en revanche pour sa sincérité et sa capacité à susciter de pures émotions avec autant de sobriété. Jamais la formule « sans prétention » n’avait pris un tour aussi positif qu’avec cet album, car une musique minimale n’empêche pas une rigueur et une justesse dans la composition qui est omniprésente à chaque titre. Martina Topley Bird semble avoir opéré une totale remise en question de son art pour retourner aux sources de la création. Le tout sans donner la sensation de goûter à un EP allongé puisqu’anciennes chansons et nouvelles compositions gardent une profonde unité, une continuité, dans le style du disque.

Entre album de passage et tabula rasa, Martina Topley Bird ne choisit pas, elle renaît de ses cendres musicales.

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Martina Topley Bird, Some Place Simple disponible depuis le 12 juillet 2010

Site officiel : http://www.martinatopleybird.com/

A propos de l'auteur

Image de : Originaire de Franche-Comté, Eymeric est étudiant dans les métiers du livre à Aix en Provence et prépare les concours des bibliothèques. Il aime le cinéma, pour lequel il préférera toujours l'esthétique au scénario et la littérature quand elle touche à l'intime et au quotidien. Côté musique ses goûts se portent vers la psyché-folk mais aussi vers le trip-hop, version des origines et vers le rock des vingt dernières années, du moment que les guitares sont saturées et qu'elles multiplient les effets. Il s'intéresse également aux médias, à la culture populaire et, avec du recul, à la politique. Blog: http://legendes-urbaines.over-blog.fr/

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