Martin Parr au Jeu de Paume

par Florent Tanet|
Le célèbre photographe de l’agence Magnum ; Martin Parr expose au musée du Jeu de Paume à la concorde de Paris jusqu’au 27 septembre. Une exposition « catalogue » qui, si vous ne l’avez pas encore vu est à découvrir absolument en cette rentrée.

parr_markneville_copieL’artiste britannique y présente son travail, sa collection ; ce qui en définitive constitue l’univers du photographe : la Planète Parr . On le découvre vrai collectionneur d’un type presque rétentionnaire. Ses collections d’objets et surtout celle de photographie britannique montrent la dualité de l’artiste ; du photo-reportage engagé et drôle, du grotesque à travers le banal et l’exception à la règle. Vrai portraitiste de notre époque, il lie l’engagement et l’humour sur de nouveaux sujets d’investigations. Martin Parr a la capacité de dire et d’exprimer des choses fortes avec un humour singulier sans pour autant le montrer explicitement.

Les reportages de Martin Parr  sont les témoins de ce qui nous échappe, mais que l’on voit sans y faire attention. Il a ouvert le champ du photo-reportage vers d’autres sujets de société, qui nous sont à la fois plus communs et accessibles, mais que l’on découvre grâce à lui, sous un nouvel angle. Ce lien entre le collectif et le singulier s’illustre par la relation entre l’image et l’objet ; lier une expérience visuelle avec un objet de consommation. C’est pourquoi l’exposition est parsemée de sa propre collection d’objets « souvenirs » ou « dérivées » à travers ses photographies.

L’impact de ces clichés se déforme à travers le temps, leurs significations aussi. Ainsi, la série Luxury présentée à cette expo est cruellement actuelle ( notre président pourrait en être un représentant). Les montres Lenine n’ont plus la même signification aujourd’hui et les photos luxury où l’on voit la grande bourgeoisie française à « Longchamp » ne diront sûrement pas la même chose demain. Mais bizarrement, ce type d’objet perdure dans le temps ; on observe alors la même vulgarisation d’événements importants aujourd’hui.

Obama Tongue . Plusieurs séries d’objets collectionnés traversent l’exposition. On commence par une série Obama ; une paire de tongue, un slip « Yes we can » . La suite correspond à des ères politiques fortes, à des évènements importants ( « le 11 septembre » ) ou des groupes de musiques universellement connus (« spice-girl » ). Ces objets révèlent d’une certaine manière les paradoxes de notre monde. Symboles d’évènements universels vulgarisés de telles manières qu’ils deviennent grotesques. Ces collections montrent véritablement ce qu’il y a d’amusant et en même temps dérangeant dans la photographie de Parr .

pam2000022z00057-17 Luxury . C’est ce qu’on découvre dans la série présentée dans le musée. Le grotesque n’échappe pas aux classes aisées et aux grandes richesses de notre monde, au contraire ! Martin Parr a couru la « haute société » et photographié l’excentrique comme le banal. Il enquête avec insolence sur les « grands de ce monde » avec une certaine cruauté et un engagement tout particulier.

Il pose un oeil acerbe sur cette classe d’ostentation, du « bling bling » à travers des lieux stéréotypes (foires d’arts, courses hippiques.). Cette série serait le reflet actuel de cette classe encore émergente et trop souvent idéalisée. Parr donne une vision contemporaine de notre société et en fait en même temps son portrait.

The Guardian Cities Project . Commande du quotidien britannique The Guardian, Parr nous montre son investigation dans des villes typiques du Royaume-Uni. Un travail proche de l’univers du cinéaste Ken Loach  où cette fois encore, on observe un vrai portrait, allant au-delà du visible. Vrai collectionneur de ce que l’oubli tend à effacer, Martin Parr à la capacité de capter les éléments qui nous montrent et font sentir les caractéristiques de notre époque.

La plus belle partie de l’expo montre la collection de photographie de l’artiste. Elle réunit des photographies britanniques ( la plus importante collection privée au monde ) ayant pour la plupart un caractère social dont Parr  s’inspire toujours encore. Le lien est très fort avec certains artistes comme Tom Wood ( présent lors du vernissage ), Graham Smith, John Hinde ou Stephen Gill .

Mais aussi des photographes du monde entier, comme William Eggleston, Robert Franck ou Osamu Kanemura . Cette collection en plus d’être particulièrement belle et intéressante donne une véritable clé de lecture sur le travail de Martin Parr . Elle est presque présentée comme l’étude de son univers que l’on pourrait trouver en début d’un catalogue sur le travail de l’artiste.

Martin Parr s’offre une exposition « catalogue » où le photographe est pris à son propre jeu. Ce photo-reporter présente ici son travail à sa manière ; l’autoportrait. Portraitiste de notre monde actuel, il expose son monde, sa « planète » de manière linéaire et très complète : ses influences ( ce qui le constitue ), ses hobbies et obsessions ( collections ) à son travail actuel.On ne peut alors qu’être ravie de s’offrir une place sur la planète Parr, double réalité, Big Brother insolent et engagé.

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Site officiel : www.martinparr.com
Exposition : « Planète Parr », Martin Parr : www.jeudepaume.org

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