Marsatac pour les Nuls – Jour 2 | Paloma | Nîmes (20.09.2013)

par |
Vous étiez au deuxième soir de Marsatac et vous n'avez pas tout compris ? Vous avez tout simplement raté ce vendredi soir car votre copine ne supporte plus vous voir sortir ? Vous ne comprenez pas grand chose à la musique et vous avez préféré regarder le tout premier épisode de MasterChef sur TF1 ? Aucun problème, avec les Nuls, apprenez à voir les concerts différemment !

Fuck Buttons

Chapitre 1 : Marsatac, une identité culturelle et avant tout urbaine

A n’en déplaises les nouveaux fascistes, racistes et réactionnaires qui peuplent notre beau pays, la culture urbaine n’est pas morte, elle bouge, elle foisonne plus que jamais et Marsatac en est tout un symbole depuis 15 ans déjà. En perpétuelle mutation, le festival marseillais est devenu, au fil des éditions, l’évènement annuel référence en matière de musiques électroniques, hip hop et alternatives. Depuis l’année dernière, Marsatac s’est scindé en deux, partageant ainsi 3 soirées de concerts à Paloma (Nîmes) et 3 autres dans la cité phocéenne. Étalé sur 10 jours, le festival s’est approprié différents lieux pour s’exprimer, à sa manière. Demain par exemple, ciné-concert avec DJ Oof et Mister Eleganz au cinéma de l’Alhambra avec initiation au scratch ; lundi au cinéma Les Variétés, plongée au coeur d’un road-movie hip hop avec Looking4galt… et jusqu’au jeudi suivant, une série de festivités en tous genres. Au moins, si quelqu’un vous parle des quelques nouveautés de cette édition 2013, vous n’aurez pas trop l’air d’un couillon.

Ce qui est sûr, c’est que le festival Marsatac est monté en grade. Il est loin le temps de la petite scène avec les nouveaux talents marseillais du hip hop. Sur le parvis de Paloma depuis jeudi, d’énormes murs de graphs fleurissent. Le graffiti n’est pas une question de banlieue, de racailles, il faut arrêter avec ces conneries. Mettez votre nez dehors, regardez la face du monde. Quand on regarde de plus près, vous ne pourrez que constater l’immensité de son art.

Chapitre 2 : Apprendre à reconnaître un instrument 

Aufgang

Vos connaissances dans les instruments de musique sont floues, incertaines ou insuffisantes ? Reprenez courage ! Plusieurs groupes à dominance electro ne sont pas venus tout seuls. C’est clair qu’il ne faut pas compter sur David Guetta pour espérer le voir jouer d’un instrument, mais heureusement d’autres artistes s’en chargent. Les premiers sont ceux d’ailleurs qui ont ouvert la soirée, Aufgang. Batterie située au centre de la scène où elle est entourée de deux structures sur ses côtés, on peut y voir aussi un clavier (avec beaucoup de touches), une sorte de table avec des cordes, un cadre métallique… Mais…  »Oui, on appelle ça un piano à queue »(en direction de la jeunesse ébahie, juste derrière).

Aufgang, et ça on s’en doutait un peu, a réalisé un show parfait. Deux pianistes à l’unisson ayant fixé un synthé au-dessus de leur piano respectif, une batterie en soutien, et le tour est joué ! Une electro « classique » pour ce groupe atypique qui peut vous faire basculer dans une techno sombre (KyrieVertige), où les explosions sonores s’enchainent avec subtilité (Stroke). Jamais redondant, jouant sur les différences de rythmes, explorant les variantes de la musique électronique (electro, techno, house, dubstep…) avec la frénésie des deux pianistes, le rendu claque. Avec un Balkanik à rallonge en guise de fin (12 minutes) en guise d’apéritif, on se demande à quelle fréquence Aufgang change de pianos. Un des coups de coeur de la soirée.

Même son de cloche pour Fuck Buttons : leur univers carrément tortueux en a fait fuir plus d’un avec leur son chaotique. Entre noise et electro-post rock, il ne fallait pas se perdre entre les machines et autres percussions. Un mélange assez incroyable, parfois proche de la transe avec des influences sonores tribales et puissantes. En configuration « battle », les interférences son/image/projection ont dessiné des silhouettes étranges et colorées sur le mur du Club. Oui, l’electro, ce n’est pas toujours rose.

Chapitre 3 : Méfiez-vous du jazz qui dort !

Bakermat

On aurait du s’en douter : le jazz et toutes ses déclinaisons sont à la mode… De quoi pousser les programmateurs sur cette mouvance autant discutée que discutable. Il y a le bon jazz mais aussi le mauvais. A lire la fiche de Bakermat, on s’attendait à un set astucieux mélangeant cuivres et musique électronique. Pourtant les enfants, vous devrez vous rappeler d’une chose : le set de Bakermat n’a de jazz que ce que les Corses se sentent français ! Avec une ligne directive orientée tech-house et deep-house, Bakermat a beau avoir des penchants jazzy dans ses morceaux (le piano sur Vandaag, la trompette sur Leven ou le hit Zomer), le rendu n’a pas de quoi révolutionner le genre ! C’est dansant, clairement, mais sa musique n’est pas sans rappeler celle d’un certain Laurent Garnier, vu la veille. Il faut se méfiez des apparences !

Chapitre 4 : Les enfants sont-ils couchés ?

Image de N’allez pas croire que Marsatac est un festival de couches tard, les 3 soirs de Nîmes se terminent encore assez tôt (à 2h environ) cette année. Mais ce qui est le plus frappant, c’est surtout de voir une poignée de minots rebelles, impossible à coucher. Les Carbons Airwaysn’ont même pas 35 ans à eux deux que du haut de leur physionomie maigrichonne, beaucoup sont ceux à avoir eu le sourire aux lèvres en les voyant débarquer…

Pourtant ces (jeunes) frère et soeur avaient clairement de l’énergie à revendre. Rouleau compresseur de la soirée, les minots de Franche Comté ont tapé dans les registres les plus corrosifs, ceux en majeure partie de The Prodigy ou des Bloody Beetroots. Pas de réelle originalité ou créativité, mais une patate d’enfer qui s’est rapidement propagée dans le Club. Vous pouvez vous moquer… mais aussi apprécier. Allez, au lit !

 

 

Chapitre 5 : Ambitieux, mais pas trop ? Savoir s’exprimer

Juvéniles

Il ne faut pas avoir peur de se jeter à l’eau… ou de se jeter un sceau d’eau, ça dépend de l’humeur. Juvéniles, avec son statut de « grand espoir français », a de quoi faire dresser nos oreilles attentives. Pourtant, nous cherchons encore en quoi les bretons apportent quelque chose de nouveau sur le paysage pop français. Guitares, synthés, nappes atmosphériques, esprit groovy par intermittence qui empêche au public de se laisser définitivement dompter. Avec cette sale impression d’avoir entendu les mélodies et ce son des tas et des tas de fois, il est certain qu’il manque quelque chose. Je vous demanderais bien la solution car je sens que je vais rester obstinément muet et buté. Mais si vous prenez le risque d’affronter un festivalier qui vous sollicite pour savoir ce que vous en pensez, il va bien falloir lui dire quelque chose. Tout est autorisé. Du « c’est pourri » à « c’était énorme ». Rassurez-vous, souvent cela ne va pas plus loin…

Chapitre 6 : Mais c’est du bruit ? 

Zeller

Mais non, « culturez-vous » un peu nom de nom avant de commencer à râler !  »La musique, c’est du bruit qui pense » disait Victor Hugo. Peut-être que Zeller a lu Victor Hugo dans son bain quand il s’est dit qu’il allait faire ses « Turbulences » (2010). Car, lui, il ne fait pas de détail. L’objectif ? Destruction. Comment ? Par déflagrations. Dans un fracas métallique et industriel, il a bombardé les murs à coups de breakbeats et de dubstep rageux. D’ailleurs, ça lui a fait perdre ses cheveux. Simple conseil de bonne fortune.

Chapitre 7 : Pourquoi lever les mains

Madben

Il y a bien quelque chose qu’il faut retenir lorsque vous assistez à un concert d’electro, c’est que tout réside dans vos mains. Sur Joris Voorn, le gourou electro n’a pas fait dans la dentelle : avec un set taillé pour le dance-floor, le néerlandais a fait ce que tout le monde attendait. Un set percutant, perforant presque, qui a fonctionné comme sur des roulettes. Une mission accomplie sans résistance : toutes les mains étaient levées pour accompagner les beats de Joris Voorn ou la techno de Madben. Car c’est une des leçons à retenir : si vous ne voulez pas passer pour un imbécile en fonction des soirées à laquelle vous participez, retenez bien les principes de base. A un concert de rap, on frappe l’air avec sa main de haut en bas (selon le rythme), à un concert de reggae ou de dub, c’est tout le corps qui fait un mouvement de bascule de l’avant vers l’arrière ; à un concert de métal, tout réside dans le hochement de la tête (cela nécessite d’ailleurs un échauffement intense du cou)… et à un concert d’electro, surtout n’oubliez pas : bouger comme vous voulez, mais si vous voulez être dans le moove, gardez bien une (ou deux) mains en l’air, tout en l’agitant.

Vous n’avez plus aucune raison de rester cacher dans le fond de la salle ! A vous de jouer.

Crédits photos : Photolive30 

Vendredi 20 septembre 2013, Paloma, Festival Marsatac, Jour 2. 

Partager !

A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article