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Musique // CD

Marilyn Manson – The High End of Low

par Alex | mise en ligne le Lundi 25 mai 2009

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Marilyn Manson, en chiffres, c’est plus de 11 millions d’albums vendus dans le monde, dont un million en France. Marilyn Manson, pour l’état civil, c’est Brian Warner, né à Fort Lauderdale.

marilyn-manson_hleMarilyn Manson, pour les puristes, c’est la trilogie Antichrist Superstar / Mechanical Animals / Holy Wood . Marilyn Manson, pour ses fans, ce n’est pas une rock star comme tant d’autres, c’est le vecteur d’une idéologie, c’est le créateur d’univers aussi complexes que référentiels, c’est celui qui surprend, qui innove, qui impose son style dès la première écoute d’un album. C’est celui pour qui on attend des heures durant devant l’entrée d’une salle de concert, celui pour qui on hurle quand le rideau se lève.

A 40 ans tout juste passés, qu’en est-il, au juste, de Brian Warner ?

Beaucoup sont d’accord pour affirmer que le paroxysme créatif de l’artiste a été atteint avec sa trilogie. Depuis, il a sorti Golden Age of Grostesque, album récréatif, dynamique et punchy, qui ne s’est toutefois pas imposé comme la porte d’entrée sur un univers aussi original que fascinant, comme ce fut le cas pour les albums précédents. En 2007, le public a été plus mitigé encore suite à la sortie d’ Eat me, Drink me, dont bien des morceaux n’ont pas été à la hauteur de ses attentes. The High End of Low, sorti le 25 mai 2009 est donc un album pour le moins attendu, susceptible de marquer, dans les esprits, tantôt la fin tantôt le renouveau de Marilyn Manson . Quinze chansons qui sont tout autant de pistes pour décrypter l’évolution de l’artiste.

1. Devour

Pour la seconde fois depuis Eat me, drink me, Marilyn Manson se passe du morceau introductif qui était pourtant une de ses marques de fabrique.

Devour est un morceau très lent, empreint d’une musicalité teintée de nostalgie, qui décolle sur la fin et se coupe très brutalement. On y retrouve quelques similitudes avec certaines pistes de Mechanical Animals ou Holy Wood, et on se félicite du fait que Twiggy Ramirez ait réintégré le groupe, ce qui nous évite d’avoir à subir les abominables solos de Tim Sköld, horripilants dans Eat me, Drink me . Un début qui se veut particulièrement prometteur ; la chanson nous pousse à la réécoute, pour notre plus grand plaisir.

2. Pretty as a swastika

On embraye avec la piste la plus dynamique de l’album. On y sent une rage à peu près équivalente à celle que contenait Antichrist Superstar, concentrée sur ce morceau très court, qui pourrait totalement avoir sa place sur un B-Side de la belle époque. Seul petit bémol, les paroles. Après les lunettes de soleil en forme de coeur, Brian se lance dans des déclarations pour le moins exotiques : « When I see you in the sun, you’re as pretty as a swastika. » Mais oui bien sûr.

3. Leave a scar

Pour les paroles, on mise donc sur la facilité : « If you’re not afraid of getting hurt, then I’m not afraid of how much I hurt you » / « Whatever doesn’t kill you is gonna leave a scar ».

Brian nous avait habitués à mieux, mais on lui pardonnera pour cette piste, agréablement entraînante, avec un mix final qui la rend tout à fait acceptable là où les maquettes pouvaient nous laisser dubitatifs.

4. Four Rusted Horses

On y est. Enfin. Ça n’avait plus vraiment été le cas depuis Holy Wood . Four Rusted Horses est une étrange ballade, dont quelques intonations rappellent vaguement le Devil’s Rejects de Rob Zombie . Et Four Rusted Horses s’impose, avec Devour comme étant une des meilleures chansons de l’album parce qu’elle a cet éclat, indéfinissable, qui interpelle et qui fascine l’auditoire. Elle ne ressemble à rien de ce que Manson avait fait auparavant et aurait parfaitement trouvé sa place sur un nouvel album concept avec d’autres pistes du même acabit. En un morceau, Manson nous montre qu’il est capable d’innover encore, et d’ouvrir une porte sur un univers inconnu. Et c’est une réelle satisfaction.

5. Arma-goddamn-motherfuckin-geddon

manson-4Alors que les puristes se repassent en boucle le clip pour examiner, à la loupe, le geste irrévérencieux que fait l’artiste à 2:08 très précisément, concentrons-nous donc sur la chanson en elle-même. Dynamique, bien rodée, efficace, peut-être un poil trop pop isolée du reste de l’album, mais, dans le contexte, elle y trouve parfaitement sa place.

6. Blank and White

On enchaîne avec une piste bien rythmée, qui nous rappellera certains morceaux de Golden Age . La chanson est entraînante, sans rien avoir d’excessif, plus que simplement « plaisante à écouter », elle s’impose comme l’un des titres les plus dynamiques de l’album.

7. Running to the edge of the world

Cette balade est peut-être la piste la moins réussie de l’album. Pas vraiment de décollage en milieu de morceau, et à peine trop de rythme pour pouvoir être considérée comme vraiment mélancolique. On s’ennuie un peu, on n’est pas surpris, on passe vite à la suivante.

8. I want to kill you like they do in the movies

Les adeptes de Golden Age ne manqueront pas de faire une comparaison avec Para-noir, piste qui s’étalait sur bien plus de minutes que la moyenne requise, et qui était déjà caractérisée par des changements de rythme aussi surprenants qu’intéressants. Après Devour et Four rusted horses, on constate avec plaisir que l’album ne manque pas d’inventivité. Notons au passage qu’il s’agirait là du second single de l’album, accompagné d’un clip faisant office de mini court-métrage.

9. WOW

Nine Inch Nails a son Closer, Marilyn Manson a son WOW . Le parallèle est facile entre les deux pistes, très électro et dégageant comme une atmosphère de stupre. Le morceau est pour le moins atypique, avec une demoiselle qui s’exprime en langue allemande en arrière-plan, et attire, à juste titre, l’attention du public.

10. Wight Spider

Une piste dont le rythme s’apparente un peu à certains morceaux d’ Holy Wood : un fond très rock et une mélodie qui vient adoucir l’ensemble, qui échappe ainsi à l’agressivité – ce qui est la ligne directrice de l’album.

11. Unkillable Monster

Morceau soft, plaisant à l’écoute, dont on ne retient pas forcément grand-chose, mais qui trouve tout de même sa place dans l’album à condition de redémarrer sur une note plus punchy.

12. We’re from America

La transition est bien assurée avec une piste qui sonne rock pop entraînant, un hymne à la cheerleader décadente, relevé par quelques bons mots « We don’t believe in credibility, because we know we are fucking incredible » qui achèvent de satisfaire l’auditoire.

13. I have to look up just to see Hell

La High end of low track ; avec une tension qui va crescendo tout au long du morceau, que l’on redécouvre dans une version alternée en bonus sur l’édition japonaise du disque.

14. Into the fire

Une balade de plus, qui reste assez lente dans l’ensemble et ne décolle pas comme c’est le cas pour beaucoup d’autres pistes. Une fois de plus, on remercie le ciel que la guitare de Jeordie White ait remplacé celle de Tim Sköld pour cette piste mélancolique qui terminerait très bien l’album si Manson ne nous avait pas réservé une surprise finale…

15. 15

folderxez The High End of Lo w s’achève comme il a commencé, avec un morceau OVNI qui suffit à insuffler une touche de douce étrangeté à l’album. Il se dégage de cette piste une ambiance à la fois attirante et épurée, qui résume assez bien l’esprit de l’album entier.
Non, il n’y a pas de véritable message, d’engagement politique, de provocation outrancière, de surcroît de maquillage, la production du disque n’est pas aussi époustouflante que celle de Golden Age ou Mechanical Animals, et, plus qu’à une nouvelle ère dans la créativité de l’artiste, on assiste davantage à une épuration, une simplification du personnage. À la vision d’un homme sur les choses qu’il a vécues, à une période de sa vie, et qu’il a bien voulu nous faire partager à travers son disque. C’est peut-être une question de ressenti, de vécu, d’empathie, en tout cas de subjectivité, mais ça fonctionne. Là où Eat me, Drink suscitait quelque peu de suspicion, The High End of Low s’impose et marque bel et bien le retour d’un Brian Warner qui a de moins en moins besoin d’artifices.

Il est impossible, à l’heure actuelle, de juger un nouvel album de Marilyn Manson en l’isolant des chefs d’oeuvre précédents ( Antichrist Superstar et Mechanical Animals pour n’en citer que deux). Les points de comparaison sont récurrents et horripilants, le renouvellement du genre atteint parfois ses limites et frapper plus fort que par le passé tout en lui restant fidèle ne semble guère possible.

Avec un look bien plus sobre que jadis et des interventions publiques plus décontractées, Marilyn Manson parvient malgré tout à imposer un nouveau style, moins tapageur, mais toujours vecteur d’innovations.
Notons également que Marilyn Manson n’est absolument pas dupe quant à son évolution.

Dans le clip d’ Arma-goddamn-motherfucking-geddon, il joue à fond la carte de l’auto parodie, en se mettant lui-même en scène dans d’antérieurs décors. Le shock logo d’ Antichrist Superstar laisse ainsi la place au dollar américain, et de jolies filles dénudées arborent le maquillage et les oreilles de Mickey de la période Golden Age avant d’assaillir l’artiste et de lui taper dessus à coups de pancartes.

Plus ironique que jamais, Marilyn Manson est toujours là, et toujours capable de surprendre, comme nous le prouvent Four Rusted Horses, Devour, 15 ou I want to kill you like they do in the movies, qui comptent parmi les best tracks de ce nouvel album.

Rassurés et convaincus de voir Brian Warner de retour et en pleine forme, c’est avec plaisir que nous le redécouvrirons sur scène pour sa nouvelle tournée, le 20 juin au Hellfest de Clisson et le 22 juin au Théâtre Antique de Vienne.

En savoir +

Site officiel : http://www.marilynmanson.com/
Fan Site www.mansonfr.com – http://mansonlegion.com/http://www.manson-world.net

A lire sur Discordance : [Live in Colmar (2005)->118] et [Interview->436] (2007)

Alex
Enfermée à l’extérieur sur le balcon de la Tour Sombre, Alex trouve parfois le courage de s’arracher à l’emprise du Crimson King. Elle ajuste alors sa longue vue et observe d’un air narquois le spectacle du rock, du cinéma et de la littérature qui déclinent. Il lui arrive quelquefois d’être agréablement surprise, mais c’est rare tant elle est consubstantiellement cynique. Son premier roman, Unplugged, est paru en 2009, puis un second en 2010, intitulé Omega et les animaux mécaniques, inspiré par l'album Mechanical Animals de Marilyn Manson.

58 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 10 juin 2009
    Pascal a écrit :

    Plus que l’argent, ou le temps passé sur les routes, le problème d’un concert raté d’un artiste de cette trempe c’est avant tout la DECEPTION qu’elle engendre sur le troupeau qui s’est déplacé en masse pour cet évènement. Je n’ai qu’à me rappeler en 99 à Belfort, quand déjà Manson s’était barré avant la fin de son set. Les lumières rallumées sur le pupitre d’Antechrist Supertar qui n’avait pas eu le temps de servir, putain les boules…

    Ces quelques instants attendus, rêvés, fantasmés, souvent depuis des mois, c’est AMHA la véritable quintessence qui fait que le live ne connaitra jamais la crise.

    Le summum pour un artiste quel qu’il soit, c’est de s’engager à fond dans tout ce qu’il fait. S’il ne veut pas faire de concert, il n’en fait pas. S’il se présente devant un public, à lui de l’emmener avec lui dans son monde. Le summum pour un artiste c’est de respecter son public. A ce propos je vous conseille à tous le visionnage du documentaire Flight 666 de Maiden, même si vous n’en avez rien à carrer du groupe…

    Arriver sur une scène totalement bourré et on drugs, ça se rapproche dangereusement de l’incident technique que tu évoques K. Et si cela prend le caractère systématique dont parle Alex, alors ça devient du foutage de gueule. Aucune subversion là dedans. Aucun prétexte artistique.

    Quand Dylan en plein milieu d’un concert de folk est passé de but en blanc à l’électrique, sous les huées de la moitié de la salle, c’est un bon exemple d’un artistes qui fait son truc indépendamment de ce que pourraient penser ceux qui sont venus le voir.

    Il n’est pas question ici d’instaurer des obligation de résultats ou de performances pour nos chères rock stars. Ce serait profondément stupide. Mais à partir du moment où un artiste monte sur scène, il est légitime de parler de sa prestation. De l’analyser, de l’apprécier et de la commenter. Tout comme on le ferait pour un CD, un film, une peinture ou toute autre chose.

  2. 2
    le Jeudi 11 juin 2009
    Dahlia a écrit :

    « Arriver sur une scène totalement bourré et on drugs, ça se rapproche dangereusement de l’incident technique que tu évoques K. Et si cela prend le caractère systématique dont parle Alex, alors ça devient du foutage de gueule. Aucune subversion là dedans. Aucun prétexte artistique. »

    Le genre de trucs qui a lassé même les plus grands fans d’Amy Winehouse qui en avaient plus que marre de la voir arriver bourrée ou défoncée sur scène (à ne même plus pouvoir assurer le show correctement), ruiner le moindre concert, voir les annuler à la dernière minute parce qu’elle a encore frôlé l’overdose…

  3. 3
    le Vendredi 12 juin 2009
    k. a écrit :

    « Mais à partir du moment où un artiste monte sur scène, il est légitime de parler de sa prestation. De l’analyser, de l’apprécier et de la commenter. Tout comme on le ferait pour un CD, un film, une peinture ou toute autre chose. »

    Oui et c’est bien là le problème. Tout doit passer sous le crible de la critique, satisfaire les attentes des uns et des autres comme si l’on avait signé un contrat à durée illimitée. Tout se paie, tout se mérite, tout se perd. Même le respect.

    Et il reste quoi ? de petites crottes littéraires plus ou moins finement ciselées pour la circonstance, des larmes de sang (n’importe quoi) et une intolérance grandissante à la frustration de la part de ceux qui croient tout savoir sur tout et n’admettent pas être déçus.

    On pourrait faire le parallèle avec d’autres domaines d’ailleurs. Bref.

    C’est beau. Vous êtes sur la bonne voie.

    Cheers.

  4. 4
    le Vendredi 12 juin 2009
    Alex a écrit :

    Tiens, tiens, tiens… :)

    Pour ceux que ça intéresse : après l’Autriche, quelques vidéos du concert en Slovaquie ont été mises en ligne. Le niveau regagné a l’air d’être maintenu ; MM semble beaucoup plus en forme, plus « dedans », tout simplement, et même si c’est difficile de prévoir quoi que ce soit avec Mister Roulette Russe… Ca n’en donne pas moins un regain d’optimisme ! (et aaahhhh, The Love Song qui réintègre lentement mais sûrement sa place dans le top 15 ça fait quand même plaisir !)

  5. 5
    le Vendredi 12 juin 2009
    Arno Mothra a écrit :

    Je rejoins Kyra mais là où je ne comprends pas votre raisonnement, c’est que vous parlez de Manson comme étant médiocre sur scène, et vous y êtes allés au moins 7 ou 8 fois le voir. Là, je ????!!?

    On peut très bien aimer un groupe sans avoir besoin de l’entendre en live. Perso je préfère largement acheter un CD qu’un billet de concert.

  6. 6
    le Vendredi 12 juin 2009
    Pascal a écrit :

    @Arno Preuve que notre intolérance à la frustration n’est pas si prononcée que K veut bien le faire croire

  7. 7
    le Vendredi 12 juin 2009
    Arno Mothra a écrit :

    Au moins la bonne nouvelle, c’est que Manson cesse avec « Tainted Love » & co en live, et il a l’air d’apprécier de faire des petits bons :) )

  8. 8
    le Dimanche 14 juin 2009
    Alex R. a écrit :

    Hé bien je suis agréablement surpris de certains commentaires (je n’ai pas tout lu pas le courage), et surtout de la critique très objective…

    Il est vrai que Manson a fait beaucoup trop de « commercial » entre sa peinture et son simili d’album (Eat Me Drink Me)… J’ai donc écouté cet album (avant de lire la critique ^^) avec un petit côté craintif.
    Cependant dès la première musique « Devour » je me suis dit « Ça c’est du VRAI Manson ! » Malgré les rythmes globalement « lents » des chansons, on ressent qu’il a retrouvé de son énergie d’en temps…
    Que du plaisir de pouvoir enfin ré-entendre du bon son venant de lui, ça me donne envie de réécouter les précédents albums tout ça… donc je vous laisse suite à ce loooooong message histoire de me plonger un peu plus dans l’écoute de cet album =)

    Et encore, un grand merci pour la critique très bonne de mon homonyme ^^

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