Marilyn Manson au Zénith

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Après un concert à Vienne en juin dernier qui en avait laissé plus d’un dubitatif, l’annonce d’un nouveau show de Marilyn Manson au Zénith de Paris sonnait à de nombreuses oreilles comme l’équivalent pour adultes-ou-presque du spectacle de cirque de fin d’année, d’ordinaire réservé aux enfants.

manson1-2Qu’à cela ne tienne, pour voir celui qui s’est un jour auto proclamé l’Antéchrist, la démarche se doit d’être sacrificielle.

Rien de mieux pour commencer les réjouissances qu’assister, paisible, à l’arrivée des clowns.

Là où la fosse semblait ne jamais vouloir se remplir, les gradins étaient en pleine effervescence, avec notamment une bande de père-noël new age aux bonnets clignotants et en pyjamas fort seyants face à la scène, et, sur le côté gauche, une bande d’expatriés du Sud Ouest brandissant fièrement une longue banderole sur laquelle les plus observateurs auront eu l’occasion de lire : « CASSOULET ».

Pour fédérer cette foule d’un éclectisme sidérant, la joyeuse troupe d’ esOterica, groupe originaire du Royaume-Uni et probablement en train de faire des claquettes dans l’Eurostar à l’heure actuelle, arriva sur scène à 20h tapantes, pour marquer officiellement le début des festivités.
Les quelques morceaux joués n’ayant malheureusement pas été suffisamment marquants pour en dire grand-chose, mentionnons toutefois les qualités de show man du chanteur du groupe, dont les agitations n’étaient pas sans rappeler le game play d’un joueur de Xbox débutant : enchaînement X-B-B-A, combo tektonik !

Quelques mots, également, pour faire mention d’un élan lyrique sans pareil et d’une capacité hors normes à chauffer le public, via un refrain qui nous laissa l’occasion de nous rendre compte que la ponctuation change bien des choses :

« Don’t rely on anyone ! » – le «  anyone » ayant eu pour vocation d’être repris par le public et de se doubler d’un second et tonitruant «  ANYONE ! » qui se transforma malheureusement en un piteux « Anyone ? » timidement lancé par les membres du groupe.
La personne manipulant la manette de la Xbox ayant eu le bon goût de s’en lasser au bout d’une petite demi-heure, esOterica nous quitta bien vite, en nous permettant de méditer une fois de plus sur l’hypothétique consistance du désormais célèbre rideau noir cachant la scène avant l’arrivée des artistes. Polyester, lycra, toile de bure. Les paris sont toujours ouverts.

l_e9180446c47b468c82c0faf4d5c98291Après une intro en tous points identiques à celle du concert de Vienne, c’est sur Cruci-fiction in space que le rideau se lève et que nous découvrons, stupéfaits, le nouveau jouet dernier cri de l’ami Brian : les griffes show laser rouge fluo de Freddy Krueger . Bien qu’éblouis par cette mise en scène sidérante, nous notons toutefois que le bonhomme a l’air relativement sobre, voire même complètement, ce qui lui permet non seulement de chanter – ce qui en soi était presqu’inattendu – mais en plus de chanter. correctement. Bien vite, le cynisme laisse la place à l’étonnement et l’étonnement laisse la place au sourire alors que s’enchaînent les morceaux et que Manson multiplie les interactions avec le public.

On le soupçonne d’être un tantinet démago lorsqu’il nous déclare, enroulé dans un drapeau bleu, blanc, rouge que Paris est sans conteste la plus belle ville du monde, au point que ça lui donnerait envie d’y passer le restant de ses jours (au grand dam des amateurs de cassoulet qui le voyaient sans doute déjà émigrer à Toulouse) et on se demande dans quelle mesure il n’essaierait pas de se présenter à la prochaine élection de Miss Météo lorsqu’il nous annonce, solennel, qu’il neige à Paris, avant de comprendre qu’il s’agissait là probablement de l’explication du pourquoi du comment qu’il réapparaît sur scène vêtu d’un haut-de-forme et d’un long manteau.

Échaudés par les prises d’oxygène deux fois par minute lors du concert de Vienne, on craint, à chaque fois qu’on le voit ramper sur le sol, qu’il ne parvienne pas à se relever, mais il nous surprend à chaque fois et nous épargne même la vue imprenable sur son imposant et livide fessier que nous avions récemment subi sans ciller.

Fort inspiré par la présence de sa petite amie (mais laquelle, au juste ?) dans un coin de la scène, il nous gratifie de petits moments romantiques, en chantant par exemple Devour une rose à la main.Le show n’est pas magique, ni bluffant, ni même impressionnant, tant au point de vue du chant qu’au point de vue des mises en scène, mais c’est un concert tout à fait honnête, auquel nous assistons, et nous prenons même plaisir à sauter sur place tout en scandant les paroles de Pretty as a Swastika, The Love Song, ou du légendaire Irresponsible Hate Anthem .

manson2-3La première vraie surprise a lieu lorsque les premières notes de Dried up, Tied and Dead to the World se font entendre, ce qui nous rappelle la bonne vieille époque sans nous laisser nostalgiques pour autant, parce que même s’il n’a plus la forme du temps jadis, Marilyn Manson est encore là et bien là, et nous sommes fort aises de le voir de retour.
L’enchaînement Coma White / Coma Black restera aussi un des moments forts du concert et d’une setlist efficace et bien équilibrée entre des morceaux dynamiques et d’autres bien plus calmes.

À Running to the edge of the world, finalement plus intéressante en live que sur l’album, succédera ainsi The Dope Show, puis un petit interlude fort sympathique consistant en un concours d’insultes entre Brian Warner et Jeordie Twiggy White, harangué par la foule : «  And this is why, my friend, rock is not dead »

Et d’enchaîner sur un Rock is dead qui nous ferait presque regretter d’être parfois aussi sarcastiques à l’endroit de ce bon vieux Brian .
Nous n’échapperons pas à Sweet Dreams et nous comprendrons une fois de plus, au vu des cris d’excitation du public, que c’est un passage obligé et le show, qui ne durera pas plus d’1h20, soit une bonne moyenne pour un concert de Marilyn Manson, s’achèvera sur If I was your vampire suivi de The Beautiful People en rappel.

Sans être transcendés lorsque les lumières se rallument, et sans avoir non plus des images aussi mémorables que celles du récent show de Rammstein gravées dans la rétine, nous en sortons tout de même satisfaits et pleins d’optimisme concernant les futures prestations de Marilyn Manson, qui nous aura gratifiés d’un bon concert en guise de cadeau de Noël et redonné le sourire alors que nous commencions à douter sérieusement de son potentiel.

Le rock n’est pas mort, Brian Warner non plus, et nous lui souhaitons une longue vie !

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A propos de l'auteur

Image de : Enfermée à l’extérieur sur le balcon de la Tour Sombre, Alex trouve parfois le courage de s’arracher à l’emprise du Crimson King. Elle ajuste alors sa longue vue et observe d’un air narquois le spectacle du rock, du cinéma et de la littérature qui déclinent. Il lui arrive quelquefois d’être agréablement surprise, mais c’est rare tant elle est consubstantiellement cynique. Son premier roman, Unplugged, est paru en 2009, puis un second en 2010, intitulé Omega et les animaux mécaniques, inspiré par l'album Mechanical Animals de Marilyn Manson.

5 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 24 décembre 2009
    Justine a écrit :

    Grand bravo à Alex l’auteur de ce torchon… Critiques fabuleuses d’un rocker raté qui nous fait sa cricrise de jalousie.
    et oui « Brian » comme tu dis n’est pas encore mort.
    C’est vrai qu’il doit être difficile d’admettre que son concert était vraiment réussi et a rempli toutes les attentes d’un public réellement fan (de l’artiste et de l’homme.)
    Bravo également d’avoir écrit autant de lignes qui t’aura surement pris « 1h20″ (soit une bonne moyenne pour les personnes qui n’ont rien d’autre à faire)

    Finalement, ta rétine n’a effectivement pas du supporter le « recent show de Rammstein », et je pense que tu aurai pu utiliser tes 48,80€ pour une bonne paire de lunettes et une bonne bible!!

    Joyeux Marilyn Manson!

    ps: « Discordance est un magazine musical et culturel entièrement gratuit, LIBRE et indépendant. Il est tenu par une équipe de PASSIONES et se veut le REFLET SUBJECTIF de nos coups de coeur et de nos coups de gueule du moment, loin de toute prétention d’exhaustivité quelconque. »
    => je pense que certains n’ont pas été correctement assimilés

  2. 2
    le Vendredi 25 décembre 2009
    Charlie a écrit :

    Merci Justine pour ton commentaire, c’est tout à fait ce que je pense !!
    Ce concert comme le dit Alex n’était pas magique, ni bluffant, ni même impressionnant… C’était à mon goût, et sûrement au goût de beaucoup de personnes présentes ce 21 décembre 2009, un concert exceptionnel et gravé dans les coeurs et les mémoires car l’Artiste sur scène n’était autre que Marilyn Manson, une des très grandes icônes du metal !

    Néanmoins, je suis d’accord sur une phrase :  » Le rock n’est pas mort, Brian Warner non plus, et nous lui souhaitons une longue vie ! « … car en ce qui me concerne, Brian Warner et sa fabuleuse musique, c’est toute ma vie !

  3. 3
    le Vendredi 25 décembre 2009
    Alex a écrit :

    Précision pour les personnes qui ne savent pas lire : cette review est très positive !
    On mettra l’absence d’ironie et de dérision du lecteur (auto proclamé fan de Marilyn Manson, pourtant, c’est ça que je trouve réellement étonnant) sur le compte de l’esprit bêtifiant de Noël.

    Qu’il en soit ainsi.
    Le prétexte ne marche plus que pendant 1h30, fort heureusement !

  4. 4
    le Samedi 26 décembre 2009
    Pascal a écrit :

    Un grand merci à Alex, l’auteur de cette chronique très juste d’un concert qui pourtant laissait craindre le pire. Dommage qu’une certaine frange de la target audience mansonienne ait encore un peu du mal avec tout ce qui ne s’apparente pas à un culte primaire de cet Artiste exceptionnel et de cette très très très grande icône du métal…

    On ne va pas revenir sur les prestations chaotiques de cet été, ni sur les très décevantes tournées du Bestof et d’Eat Me Drink me pour garder cette image d’un Marilyn Manson qui arrive encore malgré tout à botter des culs et à tenir un Zénith en haleine.

    La première partie du concert était tout simplement magique, puissante et (chose assez rare avec notre Antechrist de service) vraiment surprenante. L’intro avec Crucifiction véritablement trippante. Le triplé Love Song / Irresponsible / Four rusted Horse totalement jouissif et l’enchainement Coma White / Coma Black sans doute le point fort du concert. Le petit flashback avec Dead to the world complétait à merveille cette succession de bombes sonores. Le son était propre, carré, Manson chantait juste, n’arrêtait pas de parler avec le public et pas que pour l’insulter. Bref le pied !

    A partir de Running to the edge of the world, on a basculé vers des choses plus convenues. Peut être que c’est à cause de ce titre qui n’en finissait pas, mais le concept des deux larbins de service préposés aux serviettes noires et à la Bud Light a commencé à devenir vraiment énervant. Pour résumer : un homme et une femme habillés en noir ont passé le concert à ravitailler Manson dès que celui-ci en manifestait l’envie selon une chorégraphie assez bien rodée. Main droite ouverte pour un serviette, main gauche ouverte pour une bière. Assez drôle au début, ça devenait un peu lourd sur la fin.

    Pour en revenir au concert en lui même, au final peu de morceaux du dernier album ont été joués. Assez étrange finalement pour une tournée censée le promouvoir. Pas de WOW, pas de We’re from America et pas d’Armaggedon.

    Enfin bref, ça faisait plaisir de revoir Manson en pareille forme et de ne pas assister à une succession bête et méchante de singles. Et quand il déclare en interview vouloir faire une tournée pour rejouer en intégralité Antechrist / Mechanical / Holywood sur 3 soirs d’affilée ça ne peut que rendre très confiant pour la suite !

  5. 5
    le Samedi 26 décembre 2009
    Alex a écrit :

    L’annonce de la trilogie me laissait perplexe jusque là, maintenant je laisse libre cours à mon enthousiasme (en espérant que tout ça voie le jour et ne finisse pas mis de côté comme le projet Fantasmagoria, le livre sur Holy Wood, etc) – en y repensant, je me dis que la set list s’oriente peut être dans ce sens, comme il y a en proportion quasi exclusivement des morceaux des trois albums.
    THEOL est bizarrement peu représenté effectivement, il n’y a aucun titre non plus de Portrait et de Golden Age.
    Le gros point positif de la tournée trilogique serait en plus l’absence de Sweet Dreams au programme des réjouissances : joie et bonheur !
    * se baisse pour éviter les cailloux maintenant qu’elle a implicitement critiqué Sweet Dreams :p *

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