Marilyn Manson à Vienne

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L’astre d’or s’étant levé sur les premiers jours de l’été, beaucoup anticipent déjà les mois de juillet et août en surfant sur les éternelles tendances.

Perdre les derniers kilos superflus avant l’enfilage du maillot, combiner les gélules pour bronzer à la crème anti UV, se demander avec anxiété quoi choisir, entre Mary Higgins Clark et Patricia Cornwell pour le farniente sur le sable chaud. Tout cela, finalement, c’est du vu, du revu, du déjà vu.

Comment innover pour l’été 2009 ? Telle est la grande question à laquelle nous nous proposons de répondre en surprenant votre entourage et en optant pour une nouvelle tendance très en vogue chez les rock stars : le Grand N’imp .

Illustration concrète avec un pionnier du genre qui nous livre ses plus précieux conseils : Marilyn Manson, et son Grand N’imp Tour, actuellement en Europe, et au Théâtre Antique de Vienne (France) le 22 juin 2009.

Set-list :

Intro

1. Four Rusted Horses (Opening Titles Version)

2. Pretty As A Swastika

3. Disposable Teens

4. Irresponsible Hate Anthem

5. The Love Song

6. Arma-Goddamn-Motherfuckin-Geddon

7. Leave A Scar

8. Great Big White World

9. The Dope Show

10. WOW

11. Sweet Dreams (Are Made of This)

12. Rock ‘n Roll Nigger

Rappel

13. If I Was Your Vampire

14. The Beautiful People

1. Mettre à mal la suprématie.

l_4dc78350c59c141bc109f1655748f1e7C’est bien connu, les stars, qui aiment à se mettre en valeur, optent souvent pour une première partie molle du genou, voire même carrément catastrophique, histoire de faire monter savamment la pression et de débarquer sur scène face à un public déjà hystérique.
Marilyn Manson, qui a décidé, depuis 2007, d’inverser la tendance, nous montre une fois de plus qu’il est à des lieues de ces principes mégalo-narcissiques. Ainsi choisit-il, pour la huitième année, le groupe Suisse P.M.T, qui contrebalancera la non-performance de l’artiste par une prestation des plus dynamiques.

Excellents chauffeurs de salle, les P.M.T ont une pêche d’enfer et multiplient les interactivités avec un public qui se réveille peu à peu.
Il y a du professionnalisme, du punch, de la conviction, les membres du groupe sont contents d’être là et d’interpréter leurs chansons ; ça se ressent et l’enthousiasme devient communicatif. Notons au passage que la plupart des chansons interprétées sur scène sont issues de Topping from below, l’opus le plus récent du groupe, qui saura s’intégrer à la perfection dans votre discothèque.

FF, le chanteur au rictus diaboliquo-super-hot fera littéralement corps avec la foule en slammant dans la fosse avant de quitter la scène avec son très bon groupe. C’est en repensant à ces moments de dynamisme à l’état brut que nous songeons à quel point Marilyn Manson est une personne magnanime ; en choisissant P.M.T en première partie, il a effectivement renforcé le contraste entre le groupe Suisse et le sien, mettant ainsi un peu plus en valeur son penchant pour le Grand N’imp .

2. Éradiquer le thème pour rester dans le thème

012-4Sans doute vous demandez-vous déjà ce en quoi consiste, précisément, ce concept de Grand N’imp qui fait tant fureur.

Pour mieux vous représenter la chose, plongez-vous, quelques instants, dans le passé.

Remémorez-vous les précédentes tournées de Marilyn Manson, sans toutefois y inclure les prémices du Grand N’imp auxquelles nous avions assisté en 2007.

Rappelez-vous.

Ce type, charismatique en diable, ces décharges d’adrénaline qui vous faisaient frissonner et vous mettaient en transe, ces entrées sur scène inoubliables, ces shows, très carrés et très professionnels, cette mécanique du spectacle huilée à la perfection. Franchement, ne trouviez-vous pas tout cela très galvaudé, finalement, très surfait, même ? N’auriez-vous pas préféré un peu plus de spontanéité, voir un groupe un peu plus. à l’arrache ?

Bien sûr que si.

Et Marilyn Manson, avec son Grand N’imp Tour, vous a écouté.

Le thème du Grand N’imp consiste précisément en l’absence de thème. D’aucuns pourraient tenter de corriger en mentionnant une mise en scène articulée autour du monde cinématographique en général, mais ils auraient tort.

Certes, le Grand Artiste se munit parfois d’un clap, et n’hésite pas à pousser la sympathie jusqu’à faire profiter son public de petites séances backstage : et je me fais remaquiller. et on me donne de l’oxygène. et on m’apporte des bouteilles d’eau. hé ben non finalement j’en veux pas de ta flotte. et on m’éponge le front. et cetera – d’ailleurs, c’est mon mot préféré du monde entier, y a même des stagiaires qui l’ont écrit sur des grandes feuilles de papier que je me jette dessus. enfin dans la foule. enfin y a du vent, moi je fais ce que je peux. et donnez-moi de l’eau !!

Pour mieux imposer le principe du Grand N’imp, Marilyn Manson nous propose donc une esquisse de thème autour du cinéma, mais ce n’est que pour mieux surprendre le chaland grâce à d’autres mises en scène qui, elles, n’auront rien à voir avec le thème. Ce n’est, bien sûr, que pour mieux vous montrer qu’il est ridicule de vouloir coller des étiquettes sur absolument tout et, surtout, sur n’importe quoi.

Ainsi arrive-t-il, sur fond sonore de Great Big White World, au centre d’une étrange boîte transparente aux parois de film ( !!) Albal, quelques néons accrochés à la patafix l’éclairant vaguement, et marmonne-t-il la chansonnette, vêtu d’un admirable imperméable en peau de capote. C’est tout de même bien plus sympa que de gesticuler sur des échasses ridicules ou de singer le dictateur derrière un pupitre. Ça fait plus bon-enfant, plus concert de groupe sur la place du village, plus kermesse, quoi. Et puis, quelque part, c’est aussi une brillante manière de s’opposer au Grand Méchant Capitalisme, vous comprenez. Oui, oui, le capitalisme, celui-là même auquel on fait probablement un clin d’oeil en affichant un logo en dollars sur les rideaux derrière la scène. Le Capitalisme n’aura pas Marilyn Manson : le tape-à-l’oeil, très peu pour lui. Non mais ho.

D’ailleurs, pour être bien sûr que tout le monde se rende compte du bien-fondé de sa démarche, Marilyn Manson n’hésite pas à se montrer très proche, voire même complice, de son public.

3. Valoriser le collectif

014-4On a longtemps reproché à Marilyn Manson ses sorties de scène brutales et son manque d’interactivité avec son public en délire. Le Grand N’imp Tour est pour lui une belle occasion de se rattraper grâce à une set list prodigieusement longue (14 chansons), et à de doux moments de partage avec ses fans.

Ainsi, le chanteur n’hésite-t-il pas à les démunir de leurs lunettes de soleil avant de les casser en deux puis d’en balancer les morceaux dans la foule – quand on vous disait que le Capitalisme ne l’aurait pas : Marilyn Manson croit fermement au partage, lui !

Les mauvaises langues seront tentées de dire que l’artiste ne chante que pour deux projecteurs installés autour de lui et sa nouvelle copine, qui semble s’ennuyer ferme dans un coin de la scène, mais ce serait oublier qu’il aime tellement ses fans qu’il n’hésite pas, voyez-vous, à leur faire partager une vue improbable sur son imposant et livide fessier.
Si ce n’est pas de l’amour, qu’est-ce donc que cela ?

La symbiose, l’alchimie, elle n’existe pas seulement entre le chanteur et ses fans, elle existe aussi entre les membres du groupe, parfaitement synchronisés pour jouer les morceaux (particulièrement Ginger, qui nous a bel et bien fait du Grand N’imp’ à la batterie), et unis par une complicité des plus totales.

Manson choit particulièrement son ami de toujours, Jeordie White, à qui on pourra reprocher de ne pas avoir du tout respecté la thématique du Grand N’imp’ et d’avoir géré son jeu à la perfection. Après lui avoir tourné le dos pendant la quasi-totalité du spectacle, Manson échangera donc son micro contre la guitare de Jeordie pour un Rock’n'Roll Nigger d’anthologie. Cette petite mise en scène ayant déjà été expérimentée trois fois lors des dates précédentes, elle n’en est donc, forcément, que de plus en plus spontanée.

Les regards ne se croisent jamais, chacun reste enfermé dans sa propre bulle, mais ce n’est certainement pas parce que les membres du groupe, blasés du cirque, sont probablement pressés d’en finir ; c’est parce que l’amitié qui les lie est au-dessus de ça. Et ça aussi, ça se ressent et ça ne date pas d’hier.

4. Donner un coup de jeune à la légende

Marilyn Manson nous avait prévenus en 2007 avec sa chanson Mutilation is the most sincere form of flattery :

 » The young get less bolder, the legends gets older, but I’ll stay the same as long as you have less to say « .

001-5Oui, la légende se fait vieille, mais, non, il n’a pas changé.

Il est toujours Marilyn Manson, la réunion-choc des deux facettes de l’Amérique hypocrite, celui qui provoque, celui qui scandalise, celui qui fait peur. Jamais son nom de scène n’aura été plus lourd de sens, plus percutant.

Non, il ne s’agit pas à présent d’une pâle copie grotesque de ce qu’il fut par le passé.

Non, il ne s’agit pas d’un personnage pathétique et excessivement bedonnant qui déambule péniblement sur scène sans n’avoir plus aucun charisme.

Non, ça ne me fait pas du tout de peine d’écrire ces lignes.

Pas du tout.

Bien sûr, Marilyn Manson a plus de vingt ans de carrière dans les New Rocks.

Bien sûr, il a mis la barre tellement haut au démarrage qu’il lui est difficile, à présent, d’égaler les performances du temps jadis.

Bien sûr que n’importe qui est susceptible de se foirer, d’autant qu’il ne s’agit que d’une pré-tournée essentiellement destinée à faire le tour des festivals.

Mais.

Si vous n’êtes pas convaincus, passez-vous donc des extraits du grandiose Last Tour on Earth .

Comparez.

Et tirez les conclusions qui s’imposent.

Crédits photo : Manson-World.net

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Site officiel : http://www.marilynmanson.com/
P.M.T : http://www.myspace.com/pmt1

A lire sur Discordance : [The High End of Low->1114] / [Marilyn Manson à Vienne. La contre-chronique->1159]

A propos de l'auteur

Image de : Enfermée à l’extérieur sur le balcon de la Tour Sombre, Alex trouve parfois le courage de s’arracher à l’emprise du Crimson King. Elle ajuste alors sa longue vue et observe d’un air narquois le spectacle du rock, du cinéma et de la littérature qui déclinent. Il lui arrive quelquefois d’être agréablement surprise, mais c’est rare tant elle est consubstantiellement cynique. Son premier roman, Unplugged, est paru en 2009, puis un second en 2010, intitulé Omega et les animaux mécaniques, inspiré par l'album Mechanical Animals de Marilyn Manson.

13 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 24 juin 2009
    Dahlia a écrit :

    La preuve est donc établie que Manson a enfin atteint le niveau Spinal Tap! :D

  2. 2
    VIOLHAINE
    le Mercredi 24 juin 2009
    VIOLHAINE a écrit :

    C’est tellement, tellement triste putain.
    Je sais pas, moi, Brian, fais une pause, mets-toi au vert et reviens-nous frais & dispos…
    Enfin, autant que possible, quoi…

  3. 3
    Trots
    le Mercredi 24 juin 2009
    Trots a écrit :

    Ouais, c’est un peu ce qu’on a ressenti aussi lors de sa prestation au Hellfest… Arf.

    PS: ta chronique est d’enfer, j’adore le ton et tu as réussi à me faire rire de la triste déchéance du grand révérend. Sûrement le Grand n’Imp power! Merci à toi!

  4. 4
    le Mercredi 24 juin 2009
    doty a écrit :

    et oui, ça fait de la peine et pour me préserver, ayant le même âge que le rocker … j’ai préféré éviter la confrontation directe avec la bête fatiguée … et j’ose espérer une date à l’automne en France, quand sir Manson aura retrouvé voix, enthousiasme et endurance physique pour nous offrir un show digne de ce nom …

  5. 5
    le Jeudi 25 juin 2009
    Alex a écrit :

    Trots : merci :)
    J’ai pris sur moi de faire quelque chose de cyniquo-ironique, parce que je me suis dit qu’il valait mieux en rire… Mais n’empêche que sur le moment, j’ai pas du tout réussi à sourire.
    J’ai regardé le live sur God is in the TV hier… Argh-argh-argh.

  6. 6
    le Jeudi 25 juin 2009
    Quentin a écrit :

    On en avais parlé et on avais bien ri et ben au final la j’en pleur (de rire evidement) c’est dement j’ador j’ador j’ador tu as du etre gay dans une autre vie!

  7. 7
    le Jeudi 25 juin 2009
    k. a écrit :

    L’avantage de MM c’est qu’il permet à des gens comme toi, Alex, de faire ton one (wo)man show tout en brassant du vide.

    Donc gloire à lui.
    Et qu’il continue à vous faire baver, surtout. C’est jouissif. Extrêmement.

    Cheers.

  8. 8
    Dimitri L
    le Jeudi 25 juin 2009
    Dimitri a écrit :

    J’ai jamais été un grand fan de MM… Pourtant je ne peux que constater que ta chronique est géniale, très plaisante à lire, je me suis régalé !

    Un vent frais sur les chroniques ! Ce que je cherchais depuis un moment à faire ! Au moins toi t’as trouvé ta touche d’originalité !

  9. 9
    le Vendredi 26 juin 2009
    Alex a écrit :

    Kyra, ma douce, ma toute belle, ma très très pertinente, ma grande futée, sache que chacun de tes commentaires est également jouissif pour bien des lecteurs. Personnellement, c’est ma dose de bonne humeur avec mon café du matin. Encore ! :D

  10. 10
    le Lundi 29 juin 2009
    JahJah a écrit :

    Manson n’est plus ce qu’il était et je crois que beaucoup doivent apprendre à s’y faire. L’explication toute logique est simplement le fait qu’il vieillisse et que son répertoire se teinte de plus en plus de rock que de métal, je ne pense pas pour autant qu’il faille le regretter.

    Simplement son passé le plus tourmenté est derrière lui et il nous aura tout de même laissé quelques brulots qui feront date dans l’histoire de la musique contemporaine, aux nostalgiques de les écouter et aux autres d’apprécier également ces nouveaux crus certes pas transcendants mais dépaysants :)

  11. 11
    le Lundi 29 juin 2009
    Alex a écrit :

    Suis d’accord… Pour ce qui est des albums.

    Au niveau des prestations live, en revanche, je n’arrive pas à être aussi « zen ». D’autant que le High End of Low, s’il n’a pas l’énergie d’un Holy Wood ni l’aspect mélodieux d’un Mechanical, n’en est pas moins un bon album, avec quelques morceaux très punchy qui auraient pu simplement cartonner sur scène.

    Pour ce qui est des prestations scéniques, donc… Il est pas non plus si vieux ça, le bonhomme. 40 ans, c’est quand même pas le 3ème âge, même compte tenu de la vie qu’il a pu mener ; en contre arguments de référence, je cite Angus Young et David Bowie.

    Je ne veux pas verser dans un courant nostalgico-passéiste qui ne serait de toute façon guère pertinent, c’est juste que je trouve ça dommage, et même triste, le remplacement de l’icône par sa caricature.
    C’est à peu de choses près ce qu’avait dit Trent Reznor en évoquant publiquement Manson, récemment, et j’aurais tendance à le rejoindre sur ce point là.

  12. 12
    le Jeudi 9 juillet 2009
    Toupoutou a écrit :

    Je te trouve quand même un peu dur, non pas que je suis une groupie qui se voile la face et qui refuse d’admettre que sa prestation à vienne était baclée question mise en scène et cohérence, mais il me semble qu’il ne faisait cet été que la tournée des festivals. Sa véritable tournée qui aura lieu l’année prochaine devrait d’après ce que j’ai lu être un show digne de ces anciens concerts (peut être du last tour on earth, qui sait…)Pour faire rapide ce à quoi on a assisté à vienne ne doit être qu’un « échauffement » pour sa future tournée. Il ne fallait pas s’attendre à voir un spectacle bien peaufiné. Parcontre il faut avouer qu’ils ont quand même assuré musicalement. J’ai trouver que l’action de lunettes en forme de coeur était plutôt bien vu, puis ce que cet album parlait un peu de sa rupture, on peut voir ça comme un « fuck » à evan rachel wood. Personnellement j’ai beaucoup aimé sa performance au théâtre antique, mais j’attends de voir l’année prochaine.

    Sinon je te félicite, tes articles sont vraiment très bien faits.

  13. 13
    le Lundi 24 août 2009
    sombreslayer a écrit :

    Ha ! je ne suis pas la seule à dire que a Vienne Manson était fatigué !j’étais à 5 m de lui et oui j’ai vu que ce n’était pas la grande forme et le masque a oxygène ce n’était pas QUE de la mise en scène.

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