Marilyn et JFK – François Forestier

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Marilyn Monroe disait de lui : « Jack est assez démocratique et très pénétrant. Billy Wilder disait d’elle : « Elle a des seins de granit et une cervelle comme du gruyère ». Ces deux citations résument à elles seules l’esprit du dernier livre de François Forestier.

marilyn2Avec Marilyn et JFK, François Forestier signe un nouveau livre d’investigation. Après Howard Hugues, Aristote Onassis et même Martin Luther King, c’est simultanément à deux icônes ultimes du XXe siècle que le journaliste du Nouvel Observateur a décidé de s’attaquer. La quatrième de couverture fait saliver, la photo de couverture est parfaite, bref : une envie irrépressible nous prend d’acheter le livre dès lors qu’on l’aperçoit dans les rayons. La photo est d’ailleurs à l’image du livre : on y voit Marilyn de profil, JFK presque de dos et le tout est relativement sombre. Comme dans le livre de François Forestier, on ne voit qu’une facette de chacun des deux protagonistes. Le lecteur est d’ailleurs prévenu : on ne s’intéressera ici qu’à « l’histoire » Marilyn / JFK .

Et c’est bien là que le bât blesse : à la lecture de son livre, on se demande où François Forestier veut véritablement en venir. Cherche t-il à raconter la relation entre John et Marilyn à la manière d’un journaliste, objectivement, ou à la manière d’un auteur de polar ? Quelle est la part de fiction ? Pourquoi avoir choisi de raconter cette histoire que l’on pensait pourtant déjà connaître ? À cette dernière question, le livre fournit toutefois un semblant de réponse : « L’histoire semble connue. Pourtant, elle n’a jamais été racontée ». C’était peut-être mieux comme ça.

En effet, l’auteur semble prendre plaisir à nous rappeler toutes les dix pages la rapidité dont faisait preuve JFK avec les femmes. Où ? Au lit voyons. Enfin, au lit. Un mur suffisait au Président si l’on en croit l’auteur. Très (trop) fréquemment, François Forestier nous précise qu’il ne suffisait que d’une vingtaine de secondes au trente-cinquième président des États-Unis pour se satisfaire. Etait-ce vital pour le lecteur d’avoir ce genre d’informations ? Honnêteté journalistique, me répondra-t-on. Peut-être. Ou simple acharnement. John « Jack » Fitzgerald Kennedy nous est révélé comme un homme dont l’unique but dans la vie était de « séduire toutes les femmes ». Pas très reluisant.

Qu’en est-il alors de Marilyn Monroe, adulée jusqu’à nos jours, piètre actrice mais sex-symbol intemporel ? Présentée comme une droguée dénuée de toute notion d’hygiène et couchant avec à peu près tout le monde, du livreur de pizza aux producteurs (elle se serait présentée à ces derniers avec un mot de recommandation d’un collègue influent sur lequel était simplement inscrit « cette fille fait des pipes merveilleuses »), le Mythe Marilyn s’effondre, réduit en cendres par ce qui semble n’être qu’un désir incendiaire de répandre l’ombre et le dégoût absolument partout. Rien ni personne ne trouve grâce aux yeux de François Forestier . Comme il le dit si bien : « Les autres, tous les autres, Marilyn, JFK, [.] Sinatra, Hoover, Jackie [.] sont des vautours aux serres acérées. Ils veulent tous leur livre de chair ». Mais que dire de l’auteur, si ce n’est que lui aussi veut sa livre de chair (ou plutôt d’os en l’occurrence) ?

« Elle est déstructurée, vide, intérieurement amorphe. Elle a autant de rigueur qu’une méduse ». Et c’est comme ça pendant près de 300 pages. Les coups sont portés avec une haine évidente. Pourtant, bien que l’objectif annoncé de ce livre fût de raconter l’histoire (d’amour ?) entre la blonde la plus connue de l’histoire et un président qui ne voyait en son poste qu’une occasion de satisfaire plus efficacement son besoin vital de sexe, on a davantage l’impression de lire deux mini-biographies distinctes (impression confirmée par la construction du livre, séparé en deux parties: L’ascension de Marilyn et L’ascension de JKF ).

Tout le monde épie tout le monde, sexe et corruption sont omniprésents et il n’est pas une page qui ne comporte son lot de sexe et de pourriture. La tête nous tourne tant sont nombreuses les toiles d’araignée dans lesquelles se débattent nos deux protagonistes. Dans un univers où chacun espionne son voisin, où les dossiers et les photos compromettantes s’entassent, Jack et Marilyn tenteront de vivre leur vie comme ils l’entendent. Lui, gamin fragile et malade, accro au sexe et aux antidouleurs et elle, psychologiquement instable et en quête permanente de gloire et d’affection.

Au final, peu importe la véracité du livre, mise en doute par certains. On en ressort vide, avec seulement un sentiment de malaise face au déballage féroce et même haineux auquel on est forcé d’assister tout au long des 282 pages qui composent ce roman. Oui, j’ai bien dit roman. À la lecture de l’ouvrage, je n’ai pu m’empêcher de me demander où se trouvait la fiction, quelle place était laissée à la vérité. Cela ressemble davantage à un polar – mais un bon polar – qu’à une enquête documentée menée par un journaliste chevronné. La plume est belle, le style garde le lecteur en haleine, mais le contenu n’est pas à la hauteur de l’objectif fixé.

L’acharnement évident dont François Forestier fait preuve à faire exploser les mythes JFK et Marilyn Monroe ne sont pas sans rappeler Le crime de Napoléon de Jean-Claude Ribbe dont la mauvaise foi et l’inexactitude historique avaient rapidement été mises à jour.

Marilyn et JFK n’en reste pas moins un livre intéressant pour tous ceux qui veulent découvrir certains aspects des « affaires » JFK et Marilyn Monroe . Les amateurs de polars devraient apprécier également. À lire de préférence une fois la nuit tombée, après vous être assuré qu’aucun micro, qu’aucune caméra ne vous surveillent à votre insu.

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En savoir +

Marilyn et JFK, François Forestier (2008) Editions Albin Michel. 297 pages.

A propos de l'auteur

Image de : Né en Allemagne à la fin des années 80, alors que l'ordre mondial était en plein bouleversement (et sa naissance n'y est sans doute pas pour rien), Loïc a eu très tôt le goût de faire tomber les murs. Aujourd’hui, c’est au sein de Discordance qu’il poursuit sa mission. Trop souvent adepte du « c’était mieux avant », passionné de cinéma, de littérature et de musique (tout un programme), c’est tout naturellement qu’il a choisi de prendre la tête de la rubrique Société : quelle meilleure tribune pour faire trembler les murs ? Vous pouvez à présent suivre ses élucubrations à la fois sur Twitter (http://twitter.com/JLMaverick) et sur son blog : http://johnleemaverick.wordpress.com.

4 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 1 juillet 2008
    Dahlia a écrit :

    Un « grand roman vrai » selon la formule consacrée et comme tu le soulignes… Je trouve ça grave par contre qu’on continue à perpétuer cette réputation confortable d’actrice médiocre, alors qu’elle avai un vrai sens de la comédie tout autant que du tragique… Revoir ses films est toujours un régal!

  2. 2
    le Mercredi 2 juillet 2008
    Loïc a écrit :

    Il ne s’agit pas de réputation confortable (pourquoi le serait-elle?) mais il se trouve que beaucoup de personnes, dont moi, n’ont jamais trouvé dans ses films la perle rare qu’on s’est plu à décrire pendant des décennies. Captiver l’attention et effacer par sa simple présence le reste d’un casting à l’écran cela tient selon moi plus du charisme que du talent de comédienne. Mais on est là dans le domaine du subjectif, on pourrait en discuter des mois que ni toi ni moi ne changerions d’avis. Peut-être bien avait-elle tout le potentiel pour être une énorme actrice, mais les choses ont été telles que le diamant n’a pu être taillé.

    PS : je n’ai pas dit pour autant qu’il était déplaisant de revoir ses films, comprenons-nous bien.

  3. 3
    le Lundi 14 juillet 2008
    Loïc a écrit :

    A noter : dans le Nouvel Obs de cette semaine (du 10 au 16 juillet 2008), François Forestier inaugure la série « Crime Story » avec… Marilyn Monroe.

    A noter également qu’interrogé sur le plateau d’On n’est pas couchés à propos de la véracité des dialogues retranscrits dans son livre, F. Forestier a affirmé qu’absolument tout était vrai. A chacun de se faire son avis sur la question.

  4. 4
    le Dimanche 17 juin 2012
    chatenet dominique a écrit :

    Bonjour,
    Je viens de terminer la lecture de Marilyn et JFK.
    Je suis d’accord avec les remarques de l’article. Je suis également déçue par cette « saleté » étalée. J’ai lu d’autre ouvrages sur le sujet mais là je suis scotchée. Ou est la part de vérité ? Certaine affirmations très intimes me paraissent bien impossibles à connaitre. Il aurait donc été bon de savoir ou F.F. a puisé ses infos. Il ne remercie aucune source. Les relations de Marilyn avec les K n’étaient surement pas limpides. Ce récit laisse à supposer que F.F. a peut être sorti beaucoup d’éléments de son chapeau.

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