Marie Meier

par Stedim|
Marie Meier me fait le plaisir de compléter notre trilogie d'interviews consacrées à des artistes oeuvrant dans le visuel. Après Sandie Pawan, la pure photographe, après Yann Dezign, à mi-chemin entre photos et dessins, voici Marie Meier, la pure dessinatrice au style tout aussi fort et marqué que ses prédécesseurs.

meier_170_b Salut Marie, comment se présente 2008 pour toi ?
Je dirais que l’année 2008 se présente bien. Par rapport à 2007, je fais plus d’expos, surtout dans le domaine du toy. Je participe à deux expos aux Etats-Unis par exemple : une à New York et l’autre à Charleston. J’essaye de montrer mes customs plus souvent.

Domaine du toy ? Qu’est-ce que c’est ?
Le toy, ça commence à arriver en France. Ce sont des figurines en vinyle blanc de différentes formes, de vrais jouets pour adulte, à collectionner, que tu peux peindre comme bon te semble. C’est vraiment intéressant.

Toy, jouet pour adulte, ok, je note. Sinon, Marie Meier, si tu avais un pseudo d’artiste, quel serait-il ?
Mon pseudo il y a une époque pas si lointaine c’était Tigerlily comme le personnage, la petite indienne, de Peter Pan . Le tigerlily c’est aussi une sorte de lys et j’adore le lys. J’en ai même un tatoué sur le sein gauche. C’est le symbole du vice et de la vertu et, par extension, de nos paradoxes. Et des paradoxes, nous en avons tous même s’ils sont plus ou moins marqués voire plus ou moins avoués.

Comment définis-tu ton Art ?
Goth’n'roll. C’est un mélange de beaucoup d’influences : les fifties, le hot rod, la lucha libre, les tatouages, les vieux films d’horreur années 30 ou ceux de la Hammer, la SF 50′s, l’art polynésien, le gothique victorien, les vampires, les pin up, l’art populaire mexicain… Beaucoup de choses en somme. C’est un condensé de ce que j’aime. C’est très narratif aussi. Ca me vient de mon amour pour l’art médiéval. J’aurais du mal à être très… conceptuelle.

Comment définis-tu l’Artiste que tu es ?
La meilleure définition se trouve dans mes travaux. Au spectateur de se faire une idée. [Note pour plus tard : interdire cette réponse lors des futures interviews]

Quelle est ton actualité précise en quelques mots ?
Je participe donc deux expos aux Etats unis, je prépare les ateliers ouverts ou j’accueille les gens chez moi durant deux weekend end (17/18 et 24/25 mai). On pourra aussi y voir les travaux de mon compagnon qui est photographe et peintre. J’ai des illustrations en cours aussi dont une pour la gay pride de Strasbourg. Je ne m’ennuie jamais…

Je n’ai pas découvert tes oeuvres grâce à Rock & Folk ou encore via les couvertures que tu as signées pour Virginie Despentes mais j’imagine que cela contribue beaucoup à faire connaître ton style inimitable. Comment en es-tu venue à collaborer avec Philippe Manoeuvre et Virginie Despentes ?
Ca, c’est un petit miracle. Et je remercie le web pour ça. Jamais je n’aurais pensé un jour pouvoir être dans Rock & Folk ni faire une couverture pour Virginie . C’est Philippe Manoeuvre qui m’a contactée après avoir vu la première mouture de Oz Factory ( qui n’était pas encore une anthologie). J’ai cru à une blague en lisant le mail et il m’a appelé. Et là, j’ai tout de suite reconnu sa voix. Heureusement qu’il ne me voyait pas, je devais être rouge comme une tomate. C’est quelqu’un d’extraordinairement gentil, d’une culture incroyable, et, ce qui n’enlève rien, avec beaucoup d’humour. Je lui suis infiniment reconnaissante de m’avoir donné ma chance et surtout de continuer à faire appel à moi. Virginie m’a contacté quelques mois après et, là aussi, c’était une rencontre magique : c’est quelqu’un d’une grande sensibilité et de très généreux. J’ai eu beaucoup de chance, c’est vrai…

Là, j’avoue que tu me dépeins un P.Manoeuvre différent des échos que j’ai eus. Le reconnais-tu dans « La nouvelle star » ?
Oui, c’est quelqu’un qui ne peut être que fidèle à lui-même. Qu’il aime ou pas, il le dit.

Revenons à l’art : comment en es-tu donc arrivée à ce style de dessin si typé ?
En 1995, on nous a demandé en cours de faire un autoportrait. Tout est parti de là. J’y ai posé les premières bases de ce que je fais aujourd’hui. Bien sûr, le dessin en lui-même a évolué mais les cadres, l’emploi de symboles, le côté parfois un peu surréalistes sont toujours là. Frida Kahlo, l’ Art Déco et l’art médiéval m’ont bien aidé.

meier_170_aJ’aime bien qu’il se fasse sa propre histoire. Je ne suis pas très dirigiste. Après, je comprends qu’on n’aime pas. C’est un peu particulier, même dans l’imagerie rock, hot rod ou psychobilly. Mais j’ai envie de faire ce qui me plait.

En tout cas, bravo ! Tu as un style vraiment très personnel et efficace !
Merci beaucoup !

Tout cela va-t-il à 100 % dans le sens que tu souhaites ?
De plus en plus, en tout cas. Je fais des concessions parfois pour certains clients. Mais c’est de plus en plus rare. C’est énormément gratifiant d’avancer dans un domaine qui te passionne, pour lequel tu as mille affinités. J’ai beaucoup de chance de pouvoir le faire car je m’épanouie vraiment et j’ai l’impression que c’est rare professionnellement parlant. L’imagerie rock commence juste à montrer le bout de son nez en France alors qu’aux Etats Unis elle fait partie du paysage musical. On peut remercier l’influence du tatouage, du custom de voiture à l’américaine, de toute cette culture populaire propre à la musique psychobilly et rockabilly qui prend racine dans les années 50 et qui arrive chez nous par le biais du retour du rock, des pin up dans les shows burlesques, des films de Russ Meyer ou encore des concentrations tuning qui virent custom.

Alors vive aussi Bikini Bandit ! Et qu’as-tu dans tes poches, là, tout de suite ?
Un mouchoir déjà mouché… [Laisse-le donc où il est, merci] Mais c’est une question qu’il faudrait poser à mon amoureux qui trimballe toujours la moitié de la maison dans ses poches.

Si tu n’avais pas été cette talentueuse dessinatrice, qui aurais-tu été ?
Je me serais bien vue en tenancière d’une maison close à la Bunny Ranch (www.bunnyranch.com) ou … pasteur. Tu vois, les paradoxes, ils sont partout !

Ah tiens, ça me fait penser à un reportage fait par Sandee Pawan. Tu connais ?

Oui j’aime beaucoup son travail photo. Je sais qu’elle a fait toute une série au Bunny Ranch qui est très réussie. J’ai pu en voir une partie sur le web.

Qu’est-ce qui te distingue des autres ?
Je mesure 1m82. Ce n’est pas donné à tout le monde. On me prend souvent pour un travesti ! Plus sérieusement, je pense que c’est mon approche de la vie. Elle est conditionnée depuis toujours par mes problèmes de santé qui sont assez lourds mais qui m’ont donné le meilleur de moi-même.

Je n’ai rien lu en ce sens sur tes websites. Puisque tu en parles, puis-je te demander de quoi il s’agit plus précisément ?
J’ai une lourde cardiopathie. Je suis un peu comme Frodon avec son anneau, j’ai un rapport d’amour-haine avec elle. C’est mon précieux et moi je me sens, mise à part la taille, comme un hobbit. On va bien ensemble finalement.

meier_170_cJe me lève tard : vers 10h – 10h30. Ensuite, je travaille non stop ou presque jusqu’à parfois 3 heures du matin. Ça englobe le travail de communication sur le web, les dessins, le kustom etc. Ensuite, je lis et je dors. En fait, j’ai l’impression qu’il y a très peu de moments dans une journée où je ne suis pas dans le travail. Bien sûr, pour les autres, ça peut s’apparenter à du glandage. Je choisis mes horaires, je suis toujours à la maison, ça peut faire vacances… Mais, derrière cette image, il y a du boulot et derrière tout ça il y a un rythme qui convient à mon précieux et du coup je revis. Si j’en ai besoin je sais aussi m’accorder une vraie plage de repos. Et ça je ne pourrai pas le faire dans un autre contexte. Le luxe en somme.

Comment nait l’idée même d’un prochain dessin ?
Comme ça… Je n’ai pas de recette toute prête. Un truc que tu lis, une image à la télé, une expo que t’as vu, tout peut déclencher le processus.

Quelle musique écoutes-tu en ce moment ?
DFM, une radio sur le web…

Est-ce http://dfm.nu ?
Oui…

Si je te sollicite pour illustrer l’affiche de la prochaine promo de Discordance, acceptes-tu et combien cela me coûtera-t-il ?
Tout dépend si je dois juste faire l’illustration ou si je dois faire aussi le graphisme… Chaque cas est particulier mais, apparemment, je ne suis pas chère !

Quelle est la différence entre illustration et graphisme ?
Je range dans le graphisme tout ce qui est mise en page des textes, des images, bref l’ensemble de l’habillage d’un cd, d’une affiche…

De quoi vis-tu actuellement ?
D’amour et d’eau fraiche… hi hi hi

Et tu en vis bien ?
Je n’ai pas à me plaindre…

Et que fais-tu de ton argent ? Tu as droit à un joker bien sûr.
Joker, je déteste les chiffres… [Tu dépenses donc sans compter ? Je connais ça]

D’où vient ce côté sombre dans tes illustrations ? Est-ce le tien ?
Oui, tout à fait. Je le revendique. Je suis quelqu’un de positif mais, comme tout le monde, j’ai ma part d’ombre.

Marie Meier, te manque-t-il quelque chose ?
Une bonne santé… Ca, ça serait cool. Ou, au moins, retrouver celle de mes 20 ans. Mais, à moins d’un voyage à Lourdes, peut-être, je ne suis pas sûre que ça s’arrange ! En même temps, j’en suis assez contente : ça permet de savoir ce qu’on veut. On en revient au précieux.

Me citerais-tu trois artistes vivants que tu détestes ?
Là, ça ne me vient pas…

Allez ! Je te laisse une minute de plus.
Je ne sais pas. Vraiment… La seule chose qui est certaine, c’est que j’ai beaucoup de mal avec les contemporains qui sont plus dans le texte et le dire que dans le visuel. Si je comprends la démarche, parce que j’ai fait de l’histoire de l’art, je trouve que c’est trop élitiste. Je suis née et je vis à la campagne (en plus d’être blonde), l’art populaire me parle beaucoup plus. [À la réflexion, moi-aussi, je trouve qu'il y a trop de mots et pas assez de photos dans Rock & Folk. Mais tes illustrations ont relevé le niveau de certains numéros]

Qu’es-tu capable de refuser ?
D’honorer une commande qui ne me correspond pas dans le travail et beaucoup d’autres choses dans la vie de tous les jours… Je suis assez têtue, il faut bien l’avouer.

Marie Meier, un message à passer ?
Merci à ma famille et à mon amoureux de me supporter tous les jours. Je ne suis pas toujours un cadeau. Et merci à Philippe Manoeuvre, Virginie Despentes et Meeloo Gfeller ( Editions Bongoût ).

Où seras-tu dans 2 ans ?
Je n’en sais rien. J’espère à la même place qu’aujourd’hui. Ce serait déjà bien.

meier_170_dQue mon boulot continue à plaire et que je continue à faire des rencontres incroyables.

Ca continue, oui ! Regarde : tu es aujourd’hui sur l’ incontournable Discordance !

Ceci étant dit, c’est quoi ta toute prochaine illustration ?
Ce ne sont pas des illustrations mais deux BD. Je n’en dis pas plus pour l’instant.

Ca, c’est du teasing !

Dernière question : vers qui m’enverrais-tu pour ma prochaine interview ?
Punish Yourself… Ils sont géniaux et très sympathiques.

Merci Marie ! Discordance est tellement proactif que cette interview de Punish Yourself a déjà été réalisée. C’était, en l’occurence, par Emma et Pascal, à l’occasion des dernières Eurockéennes de Belfort et c’est lisible ici !

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En savoir +

Site officiel : www.mariemeier.com

Myspace : [www.myspace.com/mariemeier-> http://www.myspace.com/mariemeier]

Précédemment :

Interview de Sandee Pawan

Interview de Yann Dezign

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2 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 22 mai 2008
    Etalaure a écrit :

    Merci Stedim pour cette interview qui sort de l’ordinaire. Je ne connaissais pas Marie Meyer … belle découverte !

  2. 2
    Stedim
    le Jeudi 22 mai 2008
    Stedim a écrit :

    Ah merci à toi, Etalaure, car, ajouté au plaisir que j’ai eu de converser avec Marie, voici un commentaire qui donne pleinement son sens à cette interview !

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