Marie-Antoinette

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"Marie-Antoinette rocks". Tel pourrait être le sous-titre du troisième long-métrage de Sofia Coppola, à la fois exception dans son genre et pièce intégrante du puzzle de sa filmographie.

marieantoinetteAprès l’impact émotionnel de ses deux oeuvres précédentes, c’est peu dire que ce film était attendu par les émules de la réalisatrice – et attendu au tournant par les autres. En s’attaquant à un tel sujet, comment allait-elle arriver à s’approprier l’histoire de la reine la plus haïe des français ?

On imaginait mal un film d’époque passé à la moulinette de son style pastel, adolescent et vaporeux. Et pourtant, Sofia Coppola fait une fois de plus mouche. Marie-Antoinette s’insère donc dans la continuité parfaite de sa filmographie, mettant un terme à une sorte de trilogie autour d’une jeunesse perdue et esseulée.

Les parallèles entre les trois volets se dessinent naturellement. A travers leurs différentes héroïnes tout d’abord. Lux Lisbon ( Kirsten Dunst ), Charlotte ( Scarlett Johansson ) et Marie-Antoinette ( Kirsten Dunst, encore) ont toutes trois cette blondeur des jeunes femmes qui ne veulent pas quitter l’enfance. Elles partagent ce don de l’ennui, du spleen luxueux et de la beauté mélancolique. Toutes se cherchent, sans véritablement se trouver. Toutes sont des amoureuses, plus ou moins infidèles par dépit, délaissées par des hommes quasi transparents.

Mais il est impossible de se borner à faire des comparaisons, tant Marie-Antoinette possède une spécificité flamboyante.
Sofia Coppola aurait tout aussi bien pu l’appeler Marie-Antoinette rocks ou Marie-Antoinette Superstar . Les faits historiques y sont traités avec une contemporanéité criante.
Transformée en sorte de nouvelle du lycée, Sa Majesté n’est pas si différente des jeunes filles d’aujourd’hui – son funeste destin de reine mis à part, bien sûr. Elle aime s’amuser (curieusement aux mêmes jeux que Sofia quand elle était ado), faire la fête (sur fond de New Order, Siouxie and the Banshees, Bow Wow Wow …), dépenser son argent en robes, coiffures, chaussures (dont une paire de Converse, glissée là par clin d’oeil). Elle aime aussi oublier dans le champagne qu’elle peine à donner un héritier à son époux Louis XVI ( Jason Schwartzmann ) et que les Français ne la portent pas dans leur coeur.

Elle aime enfin se gaver de pâtisseries, et sous le regard pop acidulé de Sofia Coppola, c’est tout Versailles qui se change en sucrerie. L’archi-duchesse, dont on dit She looks like a little piece of cake, s’abandonne dans un château aux teintes pastels de rose, bleu et crème, vêtue de somptueuses robes de mêmes couleurs. Parmi elles, d’ailleurs, Madame Du Barry ( Asia Argento ), la détestée, vêtue de couleurs très vives, vulgairement superbe, détonne clairement.
Bien sûr, au milieu de tous ces anachronismes et touches personnelles audacieuses, le respect et l’exactitude de l’Histoire ont de quoi faire pleurer de rage les spécialistes. Mais là n’est pas vraiment le propos du film.

Fascinée par la protagoniste de son film, Sofia Coppola montre à merveille les contradictions qui purent l’habiter. Il y a un monde entre la Marie-Antoinette jeune fille, qui apprécie l’intimité de ses appartements ou du Petit Trianon, le sourire aux lèvres, et la dauphine -bientôt Reine- de France, qui doit se plier au protocole strict de la monarchie sous le regard haineux des courtisans. Entre la cérémonie interminable du lever, composée de moult révérences et d’une valse des privilèges (qui aura la chance d’habiller Marie-Antoinette ?), et les codes très précis des repas (bien penser à reposer le verre sur le petit plateau une fois qu’on a fini de boire), on veut bien croire la jeune dauphine quand elle entonne un This is ridiculous plus que sincère auquel elle se voit répondre This, Madame, is Versailles ! .

Nous touchons d’ailleurs là à ce que la plupart des Français auront redouté en voyant que « leur » Histoire allait être adaptée par une Américaine. À savoir, que la Cour française en prend pour son grade. Si la réalisatrice a le bon ton d’utiliser l’humour de répétition pour se moquer gentiment des règles du palais, et du comportement incompréhensible de Louis XVI, il arrive que ce qui reste enfoui en nous de fierté monarchiste se sente bafoué, devant ce déluge de médisances et d’hypocrisies. Qui plus est, pour une fois, je serais tentée de recommander la V.O. pour ce film, car un tournage en Anglais donne à Versailles un air vraiment curieux, avec des bizarreries de langage telles celle citée plus haut.

Quoi qu’il en soit on ne peut qu’être charmé par ce portrait sincèrement admiratif, loin des leçons d’histoires et toujours plus proche de ce qu’on avait aimé dans les deux premiers films de Sofia.
La réalisatrice passe ici un cap, en amenant cette fois son héroïne jusqu’au statut de mère (là où les autres en étaient réduites à celui de fille, et d’épouse).

L’une des trilogies les plus poétiques qu’il nous ait été donné de contempler. Espérons que la prochaine ne tarde pas trop.

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A propos de l'auteur

Image de : Miss Cinéma de Discordance et chroniqueuse hétéroclite since 2005. [Blog] [Twitter]

5 commentaires

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  1. 1
    le Samedi 10 juin 2006
    Pascal a écrit :

     » Marie Antoinette rocks « …

    Et bien justement pas assez à mon goût. Je ressort très déçu par ce film plutôt longuet. Ce n’est pas qu’il soit mauvais en soi, loin de là, c’est juste qu’il est plutôt banal et convenu, très loin de ce qu’une bande annonce flamboyante laissait présager.

    Ayant adoré Virgin Suicide et beaucoup aimé Lost in translation ce dernier film de Sofia Coppola paraît bien futile en comparaison, beaucoup moins énigmatique et complexe que ce à quoi la réalisatrice nous avait habitué.

  2. 2
    le Lundi 12 juin 2006
    Kyra a écrit :

    Bien que la critique de Violhaine soit alléchante, je n’irai pas voir ce film … c’est une page de l’histoire qui ne m’intéresse guère en fait. :p

  3. 3
    VIOLHAINE
    le Lundi 12 juin 2006
    VIOLHAINE a écrit :

    Pascal, tu es la énième personne à me dire que ce film est longuet… J’ai aussi entendu « ennuyeux ». Alors là pour le coup je suis véritablement en discordance avec les avis des gens autour de moi, je n’arrive pas à saisir pourquoi !
    Hmmm, je t’accorde que la bande-annonce était largement trompeuse et annonçait beaucoup, beaucoup plus de… folie ? Mais, tout de même, cette scène de bal, enivrante, les fêtes, le champagne (même s’il paraît que la Reine ne buvait que de l’eau) !… Et puis si les scènes sont longues et répétitives, ça n’est que pour mieux souligner son ennui, enfin j’imagine…
    En ce qui concerne l’énigmatique, difficile de l’être sachant que c’est de l’Histoire (avec un grand ‘H’) qu’il s’agit… Mais Marie-Antoinette reste quand même pour moi un mystère, avec cette dernière phrase, qu’elle prononce avec un sérieux royal trop tardif…
    Je sais pas. J’ai préféré Lost in Translation, mai j’ai quand même été séduite. Ca n’est bien sûr que mon avis. Merci pour le tien.
    =)

    Kyra > Rooooh, même pas en DVD ? A vrai dire, tu sais, comme c’est un portrait en long et en large de la Reine seule, de plus revisité par Melle Coppola, on peut difficilement parler de film historique au sens propre du terme… Allez, en location !?
    OK, j’arrête, j’arrête !
    ;)

  4. 4
    le Lundi 12 juin 2006
    Kyra a écrit :

    NAN !!! il faudra m’attacher solidement pour me forcer à voir ce film …… lol.
    Sérieusement, si l’occasion se présente pourquoi pas, mais bon … j’préfère tellement me plonger dans une bulle musicale (sans Marie-Antoinette de préférence). Pas taper, Violhaine :-)

  5. 5
    VIOLHAINE
    le Dimanche 18 juin 2006
    VIOLHAINE a écrit :

    T’as d’la chance, j’suis non-violente.

    ;)

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