Mari Okazaki ou la grâce du quotidien

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Pour inaugurer une série d'articles sur le manga hors des sentiers battus, voici un coup de projecteur sur l'oeuvre de Mari Okazaki. Pourquoi cette mangaka parmi la myriade d'auteurs dont les oeuvres sont traduites en France ? Parce qu'Okazaki sait mettre en scène le meilleur du manga, tout en laissant de côté tout ce qui nuit au genre. Invitation au voyage dans un monde où l'imaginaire ouvre la voie au réalisme.

mangaka Mari Okazaki est en effet une poétesse du quotidien. La plupart de ses oeuvres sont des one-shot ou des diptyques, se déroulant dans le Japon d’aujourd’hui, mais y mêlant tantôt des personnages ou des situations oniriques, tantôt un regard profondément sensible et légèrement décalé sur ce qui fait l’humanité de chacun. Que l’on accompagne les personnages de 12 mois dans leur cheminement fantasmatique vers l’âge adulte ou que l’on tienne la main de la jeune Maki, pendant qu’elle travaille le Déclic amoureux de son réflex, que l’on s’enferme dans Le Cocon ou que l’on arpente les rues de Shibuya Love hotel, au fond, c’est toujours une plongée dans l’âme humaine, dans les tourments de la relation, qu’elle soit amoureuse, charnelle, amicale, familiale.

Sur l’ensemble de ses oeuvres parues en France, une seule est une série, encore en cours à ce jour : Complément affectif . Ce manga raconte les tribulations professionnelles et affectives d’un groupe de jeunes publicitaires et on est d’abord pris de court par l’acuité avec laquelle l’auteur sait rendre tous les aspects des métiers de la communication, des plus glamour aux plus effarants, et comment cet univers particulier, autarcique, dévore ceux-là même qui lui donnent vie et corps. Mais très vite, cette dimension bascule en arrière-plan pour ne laisser que l’oeuvre elle-même dans toute sa délicatesse et sa beauté. On ne peut qu’être ému, touché, frappé par la justesse du mélange de force et de fragilité, de qualités et de failles qui compose chaque personnage, le rendant à la fois crédible et terriblement attachant. Même le plus ignoble goujat, Sahara, ou la plus redoutable garce, Tanaka, ne peuvent, au final, laisser totalement indifférent le lecteur.

Mais Mari Okazaki est avant tout une merveilleuse dessinatrice, au trait fin et précis, soucieuse du moindre détail. Ses mangas regorgent de décors floraux ou animaliers qui ne sont pas sans évoquer une filiation à rechercher du côté de l’Art nouveau. Elle n’est pas la seule mangaka à s’inspirer des grands affichistes européens du début du 20e siècle, mais elle est probablement une de celles qui ont le mieux su adapter l’esprit de l’Art nouveau à la réalité du Japon d’aujourd’hui, mélange de grâce ancestrale et de modernité ébouriffante. De ce point de vue, les couvertures de Complément affectif ->http://www.akata.fr/pop_manga.php?id=37&vol=1 ], de même que celles du one-shot Vague à l’âme ou des deux tomes de [ 12 mois , sont particulièrement parlantes. Mais, contrairement à ce qui se passe dans beaucoup de mangas, les planches elles-mêmes n’ont rien à envier à la richesse et à la beauté des illustrations de couverture. Ainsi, les poissons qui peuplent les décors de Complément affectif sont tout autant des métaphores de l’enfermement dans lequel se noie la délicate Fujii, personnage central de la série que des contrepoints oniriques et poétiques à son propos de central, la difficulté d’exister pour soi, que ce soit dans le travail, la société ou le couple.

Si l’envie vous prend de découvrir cet auteur inoubliable, tous les titres traduits de Mari Okazaki sont publiés chez Delcourt !

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Site officiel : http://www.cafemari.com/
Fiche de l’éditeur : http://www.akata.fr/auteur.php?id=30

A propos de l'auteur

Image de : Née à la fin de l'automne 1974, j'ai gardé de mes débuts dans la vie une aversion certaine du froid et une tendance très prononcée à l'hibernation : mon passe-temps favori est la lecture paresseuse, sous un plaid, avec une grosse théière fumante à portée de main. Littéraire de formation, bibliothécaire de métier, c'est tout naturellement dans la rubriques "Livres" que vous me croiserez... Romans, SF, Fantasy, BD, mangas, tout est bon, du moment qu'il y a du texte et / ou de l'image à dévorer :-)

2 commentaires

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  1. 1
    le Dimanche 29 mars 2009
    Virgile a écrit :

    Je trouve qu’une chronique sur Mari Okazaki est une excellente idée! J’ai lu « Après l’amour, la sueur des garçons à l’odeur de miel », et effectivement, elle sait tout à fait rendre l’enfermement si caractéristique de la société japonaise actuelle, sans aucun misérabilisme, avec juste une pointe de constatation presque innocente. En tout cas, ça donne envie de lire ceux que tu mentionnes ici! ;)

  2. 2
    le Lundi 30 mars 2009
    Anne B a écrit :

    Merci :)

    Je pouvais difficilement passer à côté d’elle, dans mon rôle de chroniqueuse manga, étant donné qu’elle fait partie de mon petit panthéon personnel ;-)

    C’est amusant, je n’ai pas parlé d’Après l’amour, qui est celui que j’ai le moins aimé de tous ses titres… En fait, ce n’était même pas volontaire, mais un véritable oubli de ma part. Le voilà réparé, donc.

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