Marco Polo

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Marine et Myriam ont assisté toutes deux à Marco Polo, la nouvelle création de Marie-Claude Pietragalla. Confrontant leurs deux points de vue, les deux chroniqueuses arrivent pourtant à une conclusion similaire: tout ça pour ça?

Marine:

marco_poloAu Palais des Congrès, la dernière création de la danseuse Etoile et chorégraphe Marie-Claude Pietragalla est « présentée », comme le précise le livret, par Pierre cardin. Réunissons ainsi ces éléments : une créatrice, danseuse, présentée par un couturier au renom particulier, se produisant dans une salle aux dimensions peu propices à l’intimité et à l’écoute des corps des danseurs. Voici Marco Polo .

Cette création est « librement inspirée du Livre des merveilles de Marco Polo ». Tout un chacun peut alors comprendre quel thème sera abordé : la découverte de mondes et de cultures différentes, la recherche continuelle du Nouveau Monde et les diverses aventures rocambolesques qu’a pu vivre Marco Polo .

Quid du spectacle ? Selon les deux chorégraphes – Marie-Claude Pietragalla accompagnée de Julien Derouault – ce projet artistique « s’inscrit dans la continuité de leur travail de recherche chorégraphique et du désir de créer une oeuvre majeure renouant avec la tradition classique dans sa conception ». Revenons sur ces derniers mots : « la tradition classique dans sa conception ». De la beauté du classique, ici nous ne retiendrons que la forme : un prologue et quatre actes. De l’acception commune de l’imaginaire que provoque ce terme de « danse classique », nous retiendrons la performance du danseur Julien Derouault qui traverse le spectacle de bout en bout – il en est le personnage principal.

Malheureusement, en toile de fond : un immense écran où sont projetées des images numériques grossières, qui évoque l’imaginaire manga. Les danseurs évoluent avec, derrière eux, une sorte de cité souterraine d’un bleu soutenu. Image qui restera fixe pendant un long acte. Ensuite, arrive la proue d’un bateau lorsque le personnage de Marco Polo échoue sur un bout de plage. Pour montrer qu’il traverse l’Orient, des danseurs sont revêtus de Burka. Pour évoquer l’Asie, la danseuse porte un costume criard, en lycra doré, et sa tête est surmontée d’une couronne tout aussi. brillante. Pas besoin d’aller plus en avant : les danseurs sont happés par une image tentaculaire, on oublie alors trop souvent de les regarder.

L’alliage de la danse et d’un art numérique peut parfois éblouir : pensons au fabuleux « Sombrero » de Découflé, où les danseurs jouent avec et contre leurs ombres dans un chassé-croisé déroutant. Dans Marco Polo, nous ne pouvons que regretter le manque cruel d’émotion, l’impression que les moyens de production faramineux ne garantissent pas – loin de là – la réussite d’une création.

Le Palais des Congrès, dans tout ce qu’il contient de spectaculaire – programmation de block-busters, salle aux dimensions épiques – est la salle idéale alors pour une production qui manque de sens, de sincérité et d’émotion.

Myriam:

marco-polo Marie-Claude Pietragalla aime les personnages au destin complexe et sinueux. Après Sakountala, sa chorégraphie autour de la sculptrice Camille Claudel, c’est Marco Polo qui sert aujourd’hui d’illustration à une nouvelle symbolique : la quête de soi, le voyage initiatique.

Le spectacle commence sur le réveil d’un homme, couvert de bandelettes, complètement perdu et pourtant guidé par un ange lointain : Marie-Claude Pietragalla . Animée sur l’écran ou virevoltant dans sa longue robe de soie blanche, la belle n’a rien perdu de ses arabesques majestueuses et joue en plus avec les arrêts sur image qu’elle place de-ci de-là au milieu de cette onde sans fin. Marco Polo ( Julien Derouault ) part alors à la recherche de cette apparition mystérieuse qui revient tout au long du spectacle comme une hallucination, une drogue qui nous emmène dans d’autres mondes.

L’idée n’est pas en effet d’illustrer les différents continents qu’a pu traverser l’aventurier mais de voyager dans notre monde intérieur. Quatre tableaux successifs, symboles des quatre éléments et des idées qui y sont associées, animés par une troupe de seize danseurs à la technique tout simplement exubérante. Car oui, ici la gravité n’existe pas. Nos acrobates enchainent les sauts tellement rapidement que l’on se demande si leurs pieds touchent réellement le sol et passent de la position allongé à debout de toutes les façons possibles et imaginables. Roue sans les mains, flip, smurf déjanté et positions d’équilibre toutes plus folles les unes que les autres, la technique est d’une perfection sans bémol et pourtant…Plus le spectacle avance plus cette surenchère de performance arrive à une conclusion simple : tout ceci est creux.

Des danseurs de hip-hop qui ondulent, semblent littéralement couler dans le sol pour finir par ne plus être qu’une vague : n’est-ce pas quelque peu facile pour illustrer le monde de l’eau? Ajouter à cela des costumes bleus et des bruits de gouttes d’eau et les stéréotypes finissent par devenir un peu trop présents. Tableau suivant? Ici retour à la terre, les guerriers sont vêtus d’armures de cuir version soldats mongols et leurs corps laissent tomber des volutes de poussière à chacun de leur mouvement. Mêlant cette fois-ci des techniques de capoeira, ce tableau pourrait gagner en crédibilité si le roi de nos guerriers ne s’agitait pas un peu trop dans le vent, et si le costume qui lui était assigné ressemblait un peu moins au pantalon à paillette de Claude François . Enfin, les fans de Maguy Marin n’auront certainement pas pu passer à côté de l’entrée des soldats franchement très ressemblante à celle des personnages de la chorégraphie May B .

Couvert de poussière, le dos vouté, avançant à pas saccadés tout en poussant des souffles roques, nous restons perplexes devant de telles similitudes. Arrive alors le monde du feu. Un petit voyage en enfer vous tente? On sent presque que la chorégraphe a lâché les rênes pour ce tableau. Une énergie folle se dégage de tout ce petit monde qui pour l’occasion à le droit de crier, de rire frénétiquement et de donner tout ce qu’il a sur un accompagnement musical qui ferait même danser les sexagénaires présents dans le public. Déboulés, tour piquets en manège, grands battements, la violence prend du style, de la grandeur avec une demoiselle qui envoie valser tous les brutaux venus l’approcher d’un peu trop près. Deux autres personnages féminins se distinguent par ailleurs sur la fin du tableau : une tigresse dominatrice à la danse incroyablement ancrée dans le sol et une poupée acide et contorsionniste, insaisissable et moqueuse. Malheureusement le dernier tableau achève tout espoir. Nous somme donc dans l’air, dans le futur, et nos danseurs reviennent alors habillés de combinaisons argentées ridiculement agrémentées de diodes bleues sur la colonne vertébrale et les doigts. Star Trek n’aurait pas fait mieux. Enfin, notre voyageur finit par retrouver sa belle, achevant le spectacle par un pas de deux envoutant. Les trois chanteurs d’Opéra qui apparaissent brièvement tout au long du spectacle accompagnent alors le couple pour cette fin où l’on retrouve la douceur et la sensibilité de la chorégraphe : dommage de devoir attendre si longtemps.

Marco Polo est un spectacle qui devrait marcher pour un public habitué aux shows de Kamel Ouali et autres productions de ce type mais peut décevoir des habitués des précédentes créations de Marie-Claude Pietragalla . La présence des trois chanteurs d’Opéra cependant ainsi que l’utilisation de l’écran où se projettent les personnages version manga de nos protagonistes donne de l’éclectisme à la création mais restent insuffisants pour sauver le manque d’originalité des chorégraphies qui ne prônent que la technique.

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En savoir +

Site de la Compagnie Pietragalla:

http://www.pietragallacompagnie.com/

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1985, Marine vit à Paris. Après avoir pensé à devenir avocate, magistrat ou danseuse étoile, elle décide in fine de rester dans l'univers suranné des livres qui ont formé son imaginaire. Elle a longtemps pratiqué la danse contemporaine, avant de trouver sa place sur les sièges élimés des théâtres. Écriture, spectacle vivant, danse : voici les mots clés qui l'ont poussée à devenir chroniqueuse pour Discordance.

9 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 18 mars 2009
    nico a écrit :

    beh les filles ?! faut venir me voir la prochaine fois que vous passez au Palais :-)

    Je n’ai eu que des retours négatifs sur ce spectacle. Contrairement à Barahti.

  2. 2
    le Mercredi 18 mars 2009
    Dahlia a écrit :

    D’autant plus dommage à la vue du teaser (m’enfin un teaser n’est pas censé être totalement objectif, on le sait):

    http://www.youtube.com/watch?v=nkfmOj_mnqU

  3. 3
    le Mercredi 18 mars 2009
    Marine a écrit :

    C’est donc en visionnant ce Teaser (merci Dahlia pour le lien)que j’ai voulu y aller, convaincue convaincue et… déçue in fine!

  4. 4
    le Jeudi 19 mars 2009
    Julie a écrit :

    Après n’avoir partagé que des échos ultra positifs, je finissais par me sentir bien esseulée avec mon ressenti décalé… Je suis donc heureuse de constater que ce je ne le suis plus !

  5. 5
    le Dimanche 10 mai 2009
    Anonyme a écrit :

    JE CHERCHE LES AUTEURS DE LA MUSIQUE DU BALLET ( MARCO POLO ) DE PIETRAGALLA

    MERCI DE ME REPONDRE

    FRANK

  6. 6
    le Dimanche 10 mai 2009
    Loïc a écrit :

    Frank, il est très impoli d’écrire en majuscules. Cela signifie que l’on crie. A moins que tu ne sois désespéré à ce point, j’imagine que ce n’était pas ton intention?

    Néanmoins je vais tenter de répondre : on doit la composition de l’ensemble à Armand Amar. Les textes sont de John Boswell. Quant aux musiques additionnelles, on y retrouvera celles de Christophe, The Chemical Brothers et The Prodigy.

  7. 7
    le Dimanche 10 mai 2009
    kyra a écrit :

    Loïc : tu te prends pour qui pour faire ce genre de remarque ? Non seulement tu te permets de faire des leçons de « savoir-écrire » à quelqu’un qui ne fait que poser une question, et ce, poliment il me semble, mais encore tu n’es pas le rédacteur de la chronique dont il est question. donc tu n’étais pas obligé de faire l’effort de répondre… mais bon prince, tu l’as fait. Faut-il te faire le baise-main pour te remercier ?

    Enfin, c’est quoi ces chroniqueurs qui se la pètent sur Discordance ??

    Je rêve.

    Bref.

  8. 8
    le Lundi 11 mai 2009
    Loïc a écrit :

    @ Frank : si ma réponse t’a paru sèche – et ce fut probablement le cas – je te présente mes excuses, ça n’avait pas lieu de l’être. L’emploi des majuscules sur le Net, notamment sur les forums de discussion, est interprété comme un cri et les modérateurs n’apprécient pas trop, donc fais-y attention ;)

  9. 9
    le Mercredi 14 juillet 2010
    marie a écrit :

    Moi j’ai adoré ce ballet!!! bravo a tous les danseurs! Pietragalla danse merveilleusement et Julien Derouault dans le rôle de Marco Polo m’a impréssionné!
    La choré est vraiment bien pensée, toutes mes félicitations pour ce spectacle!!!!

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