Marcel et Son Orchestre dit adieu au Rockstore | Montpellier | 12.05.2012

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Trois semaines après avoir encaissé les derniers coups de La Ruda qui est en train de tirer sa révérence, c'est à présent au Rockstore de Montpellier que les nostalgiques se rendaient. En pleine tournée d'adieu, Marcel et son Orchestre venait défendre son dernier bébé "Dans La Joie Jusqu'au Cou" sorti en début d'année. Un ultime passage dans une salle pas tout à fait pleine, mais probablement que le concert unique des Sheriffs donné juste à côté y est pour quelque chose...

C’était le dernier rendez-vous des fans pour les Héraultais. À voir la composition très variable du public montpelliérain, il est certain que les adeptes de chacune des périodes du groupe s’étaient déplacés ce soir. Ce qui ont fait leurs premiers concerts dans leur jeunesse bleue, les vieux de la vieille qui trouvaient le concept des Marcel plutôt décalé qui ont de suite adhéré ainsi que les nouvelles recrues conquises par les derniers albums beaucoup plus accessibles des boulonnais. Le dénominateur commun : l’excitation et l’appréhension qui se lisaient sur les visages. Oui, c’est la dernière. Il fallait donc profiter et ne rien regretter.

La rancoeur ravalée, la première partie de Marcel et son Orchestre est assurée par… Marcel et son Orchestre. Comme le dit Mouloud, « ouais c’est toujours chiant les premières parties alors autant s’en charger ! ». Et de manière ingénieuse, les Marcel sont passés en session acoustique durant une grosse demi-heure. Tels de vieux rockers fatigués, les Marcel ont pris des chaises, se sont assis et ont joué. Dans cette ambiance feutrée, quelques nouvelles compos du dernier opus enregistrées en acoustique se sont invitées au menu comme Le Chômage et sa maladie incurable ou le coup de la panne (Si Jamais t’Avoues). En s’accordant une petite Fuite de Fantaisie, Marcel signe là probablement son plus bel essai durant cette session.

Avec des vannes bien aiguisées envers l’ancien président de la République, cette première partie de concert a posé le décor en ces temps électoraux. En ressortant des tiroirs ce bon vieux Procebal (« il y a ceux qui payent… et ceux qui encaissent. Il y a ceux qui ont… et ceux qui n’ont pas ») avec un grand sourire aux lèvres Marcel a pu lancer son célèbre « un rire bon, un rire frais, un rire français ! ». En papillonnant, « qu’est ce qu’on attend pour effacer des mots comme solidarité ? », la jeunesse du Rockstore a pu emmerder Nellie Olson sur La Famille Ingall’s avant de déraper, forcément, sur « la jeunesse emmerde Marine Le Pen ! ».

Désormais calme et ultra détendu, la pression est retombée. Il faut dire que Marcel et son Orchestre a interprété sa mini-setlist acoustique dans un registre fidèle à lui-même : poilant. Les dix minutes d’interscène transformées en compte en rebours, la voix off partit en cacahuètes : du message stipulant que « le concert commence dans 6 minutes », l’intermédiaire fut « profitez-en pour apprendre à vous connaître » avant que « frottez-vous ! » sonne le glas.

La lumière s’éteint, les spots fusent. De la douceur vient la fureur : le dernier album, nettement plus rock, explose d’entrée. Très rock’n'roll, Je Veux M’amuser Avec Toi prend tout le monde à partie et annonce un show violent. En costards et cravates en cuir, Marcel passe crooner le temps d’un instant. Comme un symbole, les boulonnais ont choisi d’injecter les brûlots punk énervés qu’ils ont concocté durant ses longues années : les petites dernières comme A Qui Cela Profite ?, Cerf Volant, la reprise du grand Jacques, démoniaque en live, avec Les Singes, ou encore le délirant Les Frites. Marcel version 2012, ça envoie ! Et à ce petit jeu, les gros hits que tous attendaient n’ont pas été oubliés : il a fallu seulement attendre le second morceau pour voir débouler Les Neurones à Crêtes, toujours aussi déluré, ou le fameux ‘plus vieux métier du monde’ à travers un refrain que la salle a hurlé « où sont passées mes pantoufles ? ». Dans un Rockstore quasi acquis, Marcel a temporisé son show avec toujours autant d’humour, mais surtout de malice. Car si beaucoup pensaient que le groupe allait plutôt orienter son set vers des compositions plus anciennes, comme une sorte de best-of, c’était se mettre le doigt dans l’oeil.

Ambiance punky puis funky, ça swingue sur Normal Man puis les femmes, ah les femmes, finissent par prendre les devants. L’oreiller jamais bien loin, l’époque yeah yeah ressort sur L’amour dans le Nord et ses « elles sont jeunes et jolies, les petites femmes de Paris, mais dans le Nord-Pas-de-Calais, elles sont belles à croquer ! ». Doté d’un charme qui n’est plus à démontrer, Marcel veut en profiter pour remettre Le Slow à l’ordre du jour : « Je sais que tu me plais… lequel de nous deux va oser » finit par embarquer le public dans une série de duo en tous genres. Filles ou garçons, on a du mal à savoir, les perruques montpelliéraines étaient de sortie. Mais la lente dégringolade finit par arriver : on l’a tous connu, il y a des soirs où « elle n’est pas d’humeur » (et les « ooooh oooh » n’y changeront rien malheureusement). Une embrouille n’est jamais bien loin. Sur Fil à Retordre, le peu de platine que Marcel a côtoyé embrase un ska corrosif qui fait sauter le Rockstore.

Quand les Fils de Teuhpu chantaient « Ah ! Quel malheur d’avoir un mari bricoleur… , Marcel endosse à nouveau son costume déjanté avec l’hilarant (et presque vécu) Super Bricoleur. Si le couple est probablement amoché par l’histoire, Marcel a toujours le dernier mot : comme le symbole d’une vie plus que remplie, Bouli et les autres peuvent chanter à tout rompre « j’attends que toi… pour partager tout ça ! … j’ai même changé les draps ! » à travers une embardée endiablée.

Dans une ambiance à son comble, à quoi bon se relâcher ? Ballotté par les assauts des boulonnais, le public se prend une claque. Comme au bon vieux temps Brrrr… (au début elle est froide) est pogotée tandis que le fameux bateau jaune commence à battre de l’aile sous la houle montpelliéraine. Une bouffée d’air frais et voilà que le cirque reprend : rien de tel qu’un cours de Trapèze Volant pour provoquer l’hystérie. Extrait du dernier opus, mais parfaitement taillé pour apparaître sur un « Sale Bâtard » (1996), Mouloud se voit obligé de slamer dans la foule en hurlant « foutu pour foutu je me suis jeté et tout le monde chantait ces onomatopées : aga waga gouzou gouzou nawak (…) ».

Bien décidés à en découdre, Marcel et son Orchestre, après plus de 25 ans de carrière, a encore une patate phénoménale. Le concert donné à Montpellier a démontré que le groupe avait de la ressource. Jonglant entre les anciennes et les nouvelles compos, le groupe a offert un set finalement assez neuf par rapport à ses précédentes tournées. Presque étonnant pour une tournée d’adieu qui a fait table rase de tracks incontournables (Ma Soeur, Comme un Balai, Bad Trip Poker, Skakaline, non en fait il y’en a trop…). Mais quelle énergie et quelle franche rigolade ! Quelques minutes de rappel et la machine pu repartir : les Médiseuses eurent leur heure de gloire sous un tonnerre d’applaudissements. Histoire de chauffer l’ambiance des footeux présents, Raoul et Alain s’est chargé de dresser le portrait de ceux qui voudraient suivre le choc du lendemain entre Montpellier et… Lille. En laissant de côté les coïncidences, impossible de ne pas finir comme à la maison : une dernière fois, 62 Mefie Te put retentir, et pour la déconne, nous avons tous réveillé une vache qui dormait en nous.

La salle eut beau acclamer ses héros encore une fois, ils étaient partis. Et probablement pour de bon. Ils vont nous manquaient, les Marcel.

Crédits photos : Olivier Audouy (galerie photo à venir…)

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A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

1 commentaire

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  1. 1
    le Jeudi 17 mai 2012
    Mathias a écrit :

    La Ruda et les Marcel arrêtent tout ?

    2 mauvaises nouvelle de trop dans un seul article !

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