Marcel et son Orchestre – « C’est ma dernière surprise party ! »

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Du statut d'ambassadeur du Nord-Pas-de-Calais à celui de pilier de la scène alternative française, Marcel et son Orchestre aura tout connu. En marge des médias, la bande à Mouloud s'est faite toute seule, en écumant les routes et les salles de concert, en dépassant, aussi, les plus de 1500 concerts au compteur. Les Marcel, après 26 ans de carrière, ont fait leurs adieux au Music Hall un soir de décembre 2012 à l'Aéronef de Lille, là où tout avait commencé. Le mois dernier, ils sortaient un triple cd/dvd en guise de dernier cadeau, leur ultime surprise party. Un concert chargé d'émotions qui nous prouve, déjà, que Marcel et son Orchestre manque à la scène française.

MARCEL ET SON ORCHESTRE - C'est ma dernière surprise party

Du ska, du punk, du rock. Une recette simple de rock à cuivres qui a littéralement explosé dans les années 90 avec des groupes que l’on présente plus (La Ruda Salska, Marcel et son Orchestre, Les Caméléons…). Les carrières éclatantes des deux premiers ont porté en haut de l’affichage le ska français au sommet de la scène alternative qui venait de perdre, à la fin des années 80′s, deux de ses principaux fleurons (Bérurier Noir, Ludwig von 88). Dans ce grand folklore du monde, Marcel et son Orchestre allait pourtant se démarquer : du ska, oui, du rock, aussi, mais un rapport à la fête bien particulier qui allait rapidement faire prendre la mayonnaise. En rescapé de la scène punk des années 80, le rock’n'roll des Marcel n’a jamais rouillé, lui qui baignait dans un putain d’état d’esprit festif que les boulonnais s’étaient complètement appropriés. « Déconne, danse et dénonce »disaient-ils, comme s’ils avait réussi à mettre en bouteille le carnaval de Dunkerque sur scène.

Dans un coin de la tête, les souvenirs autour de Marcel et son Orchestre ne s’envoleront jamais pour ceux qui ont eu la chance de les croiser au moins une fois dans leur vie. Pour les autres, il restera donc cette ultime séance de rattrapage, cette triple galette sortie le 9 décembre dernier, qui renferme des trésors, pour le coup, insoupçonnés. Un cd live, de morceaux choisis, du concert d’adieu à l’Aéronef de Lille, le 15 décembre 2012 ; un dvd de 3h16 de l’intégralité de fameux concert, ainsi qu’un second dvd renfermant un concert des Marcelaccompagné d’un orchestre symphonique (1h16), un concert des Marcel en mode acoustique (1h13), un concert des Marcel en compagnie des Prout dunkerquois (26 min) ainsi qu’un concert des Marcel au Sénégal avec Téranga (23 min).

A Lille ce soir là, il régnait ce parfum si particulier : il y a cette boule au ventre, vous savez, celle qui traduit l’excitation mais aussi l’appréhension. Car après s’être défoulé durant plusieurs heures, le silence s’imposera. Quand ils seront tous alignés sur la scène, dans un tonnerre d’applaudissements, le silence fera peur. Avant d’en arriver-là, le public répondra. Et sans déroger à la règle (déguisements, perruques, toutes sortes d’accessoires à l’éphigie du groupe), les fans étaient là, en masse, pour vivre le dernier souffle du groupe.

En costard cravate pour cette tournée d’adieu, mieux, concert d’adieu, Marcel jouait avec les codes. Avec ses codes. Ils ne les garderont que l’espace de trois morceaux, pour une première heure trente consacrée aux titres plus récents (A qui cela profite, Pire qu’une démangeaison, Normal man, Super Bricoleur, Je veux m’amuser avec toi, Nous n’avons plus les moyens, Fil à retordre…). Mais dans cette ambiance qui est animée par les copains, chaque compo vaut son pesant d’or : les Fils de Teuhpu triplent la section cuivre (Susceptible, Les frites, L’amour dans le Nord...) alors qu’on se surprendra à entendre Elle s’appelait Françoise (Raoul Godewarsvelde).

En n’oubliant jamais ses fondamentaux (62 méfie-te, Comme un balai, Pantoufles, Femmes Mûres, Tout’le temps de t’aimer toujours…), même en mode rock, ou en compagnie de Gari Greu (Cerf-volant ou le vrombissant Marcel attack !!!), Marcel avait tout prévu : pour les plus de deux heures restantes, le groupe comptait bien s’offir un dernier bain de jouvence avant de tirer sa révérence. Que ce soit avec leurs potes des Prout de Dunkerque en reggae style (Soirée ferrero, Au marché) ou avec leurs complices, un traditionnel « sortons du rang ! » pouvait être clamé. Toujours d’actualité avec son « c’est l’apparence qui mène la danse ! »Body building, avec Mat Bastard (Skip The Use) comme étendard, lançait la charge des vieilles compos. Des Neurones à crêtes à La 7ème compagnie en Jamaïque, ou encore de La grosse madame à cette bonne vieille Chantal, les albums ont traversé les générations. Des étoiles plein les yeux, les collants de panthères fièrement arborés, impossible de ne pas retenir la leçon sur Tuma ou encore Fuite de fantaisie.

D’un fou rire non maîtrisé (Skakaline) à Jésus reviens (Jésus Christ superstar), Marcel a tout balayé. Avec toujours autant de fraîcheur, d’ironie, de dérision, de spontanéité. D’un non-sérieux assumé à une prise de conscience totale. Mais avec une scène remplie de copains et une salle comblée de bonheur -presque en famille-, la fin paraissait comme inévitable. Cela valait bien le coup de s’offrir un dernier seeting. Pas un seeting de mobilisation cette fois, mais plutôt de satisfaction. Celui d’une dernière descente sur le plancher des Vaches en compagnie de cette bande joyeux lurons.

Dix dernières minutes qui peuvent paraître longues mais qui sont lourdes de sens. Voix tremblantes, yeux humides, difficiles de cacher ses émotions du côté du public comme du côté des musiciens. Dix minutes pour un dernier salut, des derniers mots. Dix minutes que l’on voudrait interminables mais qui sont synonymes de clap de fin.

« Merci pour tout ce bonheur, merci pour toutes ces années » (Mouloud). Le compliment est renvoyé.

De la joie mais avec aussi des larmes, Marcel vient de se faire ses adieux au Music Hall.

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A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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