En vingt ans de carrière, un groupe a le temps de culminer dans le top 50, de se perdre dans les orgies de groupies et les méandres de la drogue avant de se faire gentiment oublier. Pas les Marcel.
Cachés entre perruques et talons, les Marcel et son Orchestre sont en effet toujours bien vivants, et nous font l’honneur de nous présenter leur nouveau bébé :
Comment vous vous êtes trouvés, à moins que vous ne vous connaissiez tous depuis l’idée même de former un groupe?
Ouais, nos parents se connaissaient depuis plusieurs générations, ils avaient fait des orchestres de patinage artistique ensemble, mais comme après les patinoires ont fermé, ils nous ont un peu obligé à reprendre la succession quand même, et grâce au Rotary Club on a touché des subventions et …. non, non, je déconne.
On ne se connaissait pas, on s’est connus pour certains au lycée et d’ailleurs au départ c’était même pas un groupe Marcel et son Orchestre, c’était un collectif d’attentats fantaisistes. Donc on a manifesté pour la suppression des moquettes murales, on a manifesté pour exiger une belle arrière saison, on a créer une association de défense pour les villes qui se trouvent sur le pli du plan, et on a fait pleins d’autres manifs stupides. Puis on s’est rendus compte que de toute façon, pour devenir des machines sexuelles, fallait faire de la musique, donc on s’est mis à faire de la musique et depuis c’est la vie de château !
J’imagine qu’il n’y a évidemment pas de Marcel dans l’équipe, donc ça vous vient d’où ce nom ?
C’est parce que il y a un morceau de Pink Floyd qui s’appelle
Oui, bien sur c’est mon préféré…sinon en vrai ?
Mais si si, j’te promets ! Sur l’album
Bon ok je ne vais pas aller chercher plus loin….Hum…Sinon, au niveau des musiques et des textes, comment composez vous?
Ça dépend des fois, y a pas de recette. Tu vois y a des tours de vaisselle dans Marcel et son Orchestre parce qu’on vit en communauté et donc quand il y en a qui n’ont pas passé l’aspirateur, ils doivent écrire des chansons.
Et vous avez beau être des machines sexuelles grâce à la chanson, vous êtes quand même très souvent déguisés en femmes, ça vous est venu dès le début ce délire au niveau des déguisements ?
Non, on s’est retrouvés obligés car il n’y avait pas nos tailles en vêtements pour mecs !
Dans le Nord, il y a une grande tradition de carnaval. On est fans de rock’n roll, de punk rock et tout ça, mais ce qu’on aime bien aussi dans le carnaval, c’est l’exutoire. C’est le moment de l’année où tu vas mettre à mal les codes de bonne conduite, où tu vas rire de l’autorité, de la religion, des institutions, etc.
Et donc on prend le nom le plus handicapant possible, le nom le plus balochard quoi ! Je veux dire, vingt ans après la création du groupe il y a encore des journalistes qui ne peuvent pas s’abaisser à écouter du Marcel et son Orchestre !
C’est à dire que le principe de Marcel c’est méfiez vous des apparences ! Parce qu’aujourd’hui pour faire talentueux, faut faire maniacodépressif, pour faire intelligent faut faire chiant, et quand tu chantes la joie de vivre t’es atrocement ordinaire. On connait les difficultés de monsieur et madame Toulemonde pour garder la tête hors de l’eau, on les chante, on exprime tout ça mais simplement on essaie quand même de trouver du ressort pour pouvoir rire à la gueule de nos peurs.
D’où le déguisement ?
Le déguisement c’est l’idée de changer de peau, et puis c’est aussi l’idée de revendiquer le droit à être multiple.
Et puis si on n’était pas déguisés on ferait pas un dixième de ce qu’on fait sur scène, cette façon de se travestir ça donne énormément de liberté.
Sur votre site, on retrouve beaucoup cette négation totale de mettre une étiquette sur votre musique. Ça vous à nuit, le fait de passer pour un groupe « festif »?
Mais évidemment que ça nuit. Manifestement, le mot « festif » est vraiment devenu le plus ordinaire qu’il soit, c’est un sous genre on dirait.
Faut que tout ces mecs des médias ils arrêtent de péter plus haut que leur cul. Un concert doit rester un moment de fête, je sais pas pourquoi ces mecs ont la prétention d’écrire un manifeste à chaque fois qu’ils montent sur scène. Une chanson ça doit rester du divertissement, c’est tout.
C’est la même chose aujourd’hui qu’il s’agisse du théâtre ou du cinéma, les critiques diront toujours quand ils doivent chroniquer un film comique «
Il y a nombre de films fondamentaux sur des sujets aussi important que le fascisme ou l’homophobie, qui sont des comédies. Je pense que
Sur votre site on trouve un CV long comme le bras sur tous vos passages TV, radio, vos scènes, vos album et même le nombres d’exemplaires vendus. C’est une sorte de pied de nez aux maison de disque ?
C’est complètement faux cul évidemment car aujourd’hui ce qu’on va demander à un artiste ce n’est pas de faire, c’est de faire savoir. On s’aperçoit parfois qu’on envoie des CD, et au moment de l’interview le journaliste nous sort tout crème «
Quand vous jetez un coup d’oeil en arrière, sur vos vingt ans de carrière, vous avez un parcours énorme, qu’est ce que ça vous fait?
Oh, ben je pense que si ça continu comme ça je vais avoir les moyens de me faire remettre une dent sur pivot !
Il y a des projets que vous avez envie de concrétiser maintenant que vous avez atteint une certaine notoriété?
On a déjà fait pas mal de choses, par exemple l’an dernier on a fait une compilation sur François Béranger . Pour moi, il fait partie des artistes majeurs dans le paysage musical français et quand ce type est mort, il y a cinq ans, il y a eu une sorte de triste indifférence et c’était important de produire cet hommage.
On a invité la bande: Tryo, Tiephen, La Rue Ketanou etc, pour rendre un hommage à Béranger .
On a aussi bossé avec un orchestre symphonique, et là on travaille avec un groupe sénégalais qu’on espère faire venir au mois d’octobre. Et puis les destinations de nos tournées se sont élargies avec le temps, on ne s’imaginait pas tellement faire des concerts à la Réunion ou au Sénégal au début!
Le rapport au public étranger à fait évoluer vos prestations scéniques? J’imagine que les réactions ne sont pas les même partout dans le monde?
Ben ouais, c’est en Belgique qu’on a découvert qu’on était The French Rolling Stones !
Vous répétez beaucoup vos prestations scéniques ou c’est une impro totale ?
Oh non, c’est bossé, ultra bossé. On est quand même nombreux, on est sept sur scène donc si on commence à partir un peu chacun dans notre truc, ça va être un peu compliqué quand même ! Mais bon après le principe, quand on se donne des repères en répétitions, c’est qu’on puisse prendre des libertés au milieu de tout ça aussi, et heureusement! De toute façon il n’y a pas deux concerts pareils. On ne fait pas un concert, on fait une fête, les gens aussi viennent déguisés et donc c’est forcément interactif.
Sur ce nouvel album on trouve quand même quelques chansons, disons le, sentimentales, c’est venu d’une envie d’écriture plus intimiste ?
Quand on aborde des sujets de société on a jamais essayé d’être généralistes, on aime bien camper un personnage et se mettre dans sa situation.
Dans
En CDI dans une boîte, il se dit »
Pour l’histoire de
Ça va se développer ce penchant plus doux, chez Marcel et son Orchestre?
On a toujours cherché à avoir plusieurs cordes à notre arc et ce ne sont pas forcément les premiers morceaux sentimentaux.
Labels indés vs Majors : que feriez-vous si une major vous proposait quelque chose ?
Oh ben nous, on nous a proposé la porte, alors !
C’est un débat hypocrite, l’important n’est pas de savoir si tu es commercial ou non, de toute façon on fait tous du commerce. L’important est de savoir ce que tu en fait et pourquoi ! On est une bonne bande de gaucho donc on fait des choses qui sont cohérentes par rapport à ce que l’on est. Manu Chao, on lui a proposé un gigantesque micro, une liberté et un confort de création absolus, donc évidemment il sait qu’il peut se faire entendre partout dans le monde. Si Bertrant Cantat peut se permettre de dire à Messier «
On est indépendants par conviction et aussi par nécessité, car ce qu’on nous a proposé chez majors n’est pas intéressant et ne nous correspond pas. A part ça, on est déjà passé chez Drucker et je n’en ai aucune honte, car si je peux être moi même je veux bien passé dans n’importe quelle émission de radio ou de télé.
Il faut se dire que trois minutes de Marcel et son Orchestre à la télé, c’est toujours trois minutes d’ Hélène Ségara en moins.
Bonus Track : Le Player Marcel
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2 commentaires
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Lucille a écrit :
On peut aimer Marcel et Son orchestre et Hélène Ségara.
audrey a écrit :
« C’est à dire que le principe de Marcel c’est méfiez vous des apparences ! Parce qu’aujourd’hui pour faire talentueux, faut faire maniacodépressif, pour faire intelligent faut faire chiant, et quand tu chantes la joie de vivre t’es atrocement ordinaire. On connait les difficultés de monsieur et madame Toulemonde pour garder la tête hors de l’eau, on les chante, on exprime tout ça mais simplement on essaie quand même de trouver du ressort pour pouvoir rire à la gueule de nos peurs…. »
PS : c’est tellement vrai…