Maquillage & Crustacés : affichisme et activisme musicaux (1/2)

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Après une dizaine d'années de bons et loyaux services rendus envers la communauté, l'homme derrière Maquillage & Crustacés (label, organisateur de concerts et affichiste sur Lyon) décide de passer la vitesse supérieure en mettant en avant sa consécration d'artiste. Première partie d'une interview au long cours sur la musique, le graphisme et l'activisme lyonnais.

Aidé par de nombreuses petites mains, celui-ci sortira, le 3 mai, un livre compilant la plupart de ses (très belles) affiches de concerts qu’il a réalisé pour ceux qu’il organise, mais également pour de multiples occasions diverses et variées. Une chance en or pour demander un entretien, questionner un peu le personnage, et surtout lui demander comment le bougre a pu baser toute sa réussite sur la cuisine de quiches fantaisies.

Quel est ton parcours ? Comment t’es venu à monter ce label, faire des affiches de concerts et des quiches ? T’avais envie de perdre de l’argent autrement que dans la drogue ?

Mmmh… Ça s’est fait de manière très progressive. J’ai commencé assez tard à écouter de la musique, en gros, jusqu’à ce qu’on m’offre mon premier ghettoblaster radiocassette AM/FM 220V à 15 ans. A l’époque, j’écoutais ce qu’écoutaient mes potes, c’était beaucoup plus simple pour s’échanger des cassettes et choper de la musique facilement. Du rap, du métal, du punk alterno, des trucs mainstream, de la house… On mangeait un peu à tous les râteliers, mais c’est à cette époque que j’ai commencé à faire des visuels pour les pochettes de nos mixtapes, à base de collages (on récupérait des images dans Paris Match, on rajoutait les textes au feutre, ce genre de chose…).

Découverte peu de temps après de toute la scène hardcore punk DIY américaine : joie, engouement, envie de participer modestement à tout ça. Ça a l’air très banal comme ça, mais je crois qu’on est un paquet a avoir été marqué (même si j’ai l’impression que certains ne l’assument plus maintenant) par la démarche de Dischord [NDLR : label crée par Ian Mackaye, leader de Fugazi, ciment de la scène punk hardcore aux Etats-Unis lors du début des années 90].

Donc, après avoir envoyé quelques lettres aux petits labels que j’aimais bien pour qu’ils m’expliquent comment faire, j’ai monté une association, Euphrate, qui a commencé à organiser quelques concerts et sortir des cassettes et CD, puis des 45t et des CDr. C’est à ce moment-là que j’ai arrêté la drogue, un gouffre financier en remplaçant un autre. Tout était financé grâce à mes boulots d’été, ce qui a donc permis de sortir une dizaine de disques.

C’est un peu long hein… Donc pour faire vite, qui dit organisation de concert dit affiche pour promouvoir ce concert. J’ai donc fait mes premières affiches pour ça. En 1999, ou 2000, je sais plus trop. Pour les quiches [NDLR : Maquillages & Crustacés est également très connu pour ces caterings irréprochables, dont ces quiches fantaisies], c’est pareil: nécessité fait loi, les groupes qu’on accueillait avaient besoin de se nourrir. La quiche (végétarienne bien sûr) est le plat de base de tout catering qui se respecte. Facile, rapide et bon. Parfois, je rajoute des visuels grâce à des tranches de gouda… Les logos de Black Flag, Dead Kennedys, etc… ça fait beaucoup rire par ici.

Ah au fait, tout ça se passait en Beauce (Chartres / Orléans / Tours) et je suis arrivé à Lyon en fin 2002. Euphrate s’est ensuite transformé en Maquillage & Crustacés, en continuant à sortir des CDr ou vinyles mais en insistant surtout sur l’organisation de concerts.

Aujourd’hui, tu arrives à combiner label, organisations de concerts, un projet musical (Meurthe), affiches de concerts et boulot respectable. Ça t’arrive de dormir ? Tu consommes quoi comme produits dopants ?

Alors je ne combine plus tout ça depuis quelques mois… J’ai pris conscience de la nécessité vitale de dormir au moins cinq heures par nuit, du coup j’ai dû arrêter certaines activités, comme les sorties de disques (même si je continue à filer quelques coups de mains ponctuels à des labels de copains comme Gaffer Records) et l’organisation de concert. Ça me prenait vraiment trop de temps, et mon coté  »control freak » finissait par me pourrir un peu la vie, faut bien l’avouer. Pas de produits dopant, drogue ou viande. Juste du café, quelques clopes, de la mauvaise bière et un régime alimentaire savamment déséquilibré.

On va parler du livre que tu viens de sortir, édité par les éditions Grroarr, imprimé par Madame Lapin à 350 exemplaires et dont l’exquise release party aura lieu le jeudi 3 mai au Cri de l’Encre à Lyon: comment t’es venue l’idée de compiler toutes tes affiches de concerts ?

Ce n’est pas moi qui en ait eu l’idée. Un jour de septembre 2011, je reçois un mail super enthousiaste de Madame Lapin (que je connais depuis plusieurs années) [NDLR : activiste lyonnaise, portée principalement sur la micro-édition, qui possède sa propre galerie dans le centre de Lyon, le Cri de l'Encre] qui venait de voir mes dernières affiches et avait envie de compiler tout ça dans un recueil au format A3. Elle avait déjà produit ce genre d’objet avec un livre dédié aux affiches de Nabil (affichiste et organisateur de concerts lyonnais, très actif il y a quelques années). Voilà, c’est aussi simple que ça, je crois qu’on est dans de la documentation, une espèce d’archivage d’une partie de mes affiches (depuis le début, j’ai dû en faire une bonne centaine je crois).

Ça vous a pris combien de temps exactement ?

Image de Maquillage & Crustacés Lapin a abattu un travail de titan (titane heuu..?), notamment à cause (et grâce !) aux techniques utilisées: offset [NDLR : technique d'impression plus souple et adaptable que le lithographie] pour les pages internes, sérigraphie pour la couverture. Elle a fait ça chez MAB (Mon Artiste est un Boucher), qui est une imprimerie perchée sur les flancs des pentes de la Croix-Rousse à Lyon. Bruno, qui s’en occupe, a participé aussi activement à la fabrication des 350 exemplaires. La sérigraphie s’est faite dans un atelier collectif, Blackscreen. Tout ça s’est déroulé entre janvier et mars 2012.

Quelles sont les réalités financières d’un projet comme celui-ci ?

On est dans de la micro-édition, avec des tirages peu élevés. Mais la particularité de ce livre, c’est son format (A3) et les techniques d’impression utilisées. L’imprimer en numérique en format A4 aurait été plus facile, plus rentable, moins risqué mais beaucoup moins beau aussi… Lapin a tout financé, via sa structure Les Editions Grroarr. Elle prend tout en charge, de la distribution jusqu’à la promotion (il y aura même une expo dédiée au livre dans sa propre galerie, Le Cri de l’Encre).
Je suis «rémunéré» en exemplaires. Pas de contrat entre nous, notre relation n’entre pas dans le cadre des lois économiques du monde de l’édition. On est amis, et je suis incroyablement reconnaissant à Lapin d’avoir sorti un si bel objet.
Par contre, si tu veux des chiffres bruts, je n’en ai pas. Il y a tellement de frais variables que tout ça est difficilement chiffrable. Et puis je préfère laisser ces questions-là à Lapin, l’essentiel étant qu’elle puisse déjà se rembourser et ne pas perdre d’argent sur ce projet, c’est bien le minimum.

Quelle était ton intention à travers la sortie de ce bouquin ? Considérer le fait que l’affiche de concert est un art ? Ou une volonté d’archivage à la limite de la névrose ?

Héhé… mes névroses sont ailleurs, mais effectivement, je vois plus ce livre comme un recueil au sens strict du terme. De l’archivage pour laisser une trace aux suivants qui n’en auront probablement rien à foutre (et ils auront raison héhé…), mais j’ai envie d’y croire un peu ouais… C’est ce qui me paraît évidemment le plus important dans tout ça, bien plus que le simple aspect esthétique. Ces affiches sont pour moi (et beaucoup d’autres j’espère) des souvenirs de soirées, de concerts, de rencontres, de nuits blanches, de fatigue, et d’une multitude de choses dont je me souviendrai quand je serai vieux et blasé. Dans 3/4 mois, donc.
Et que les choses soient claires, d’autres affichistes lyonnais méritent autant ou plus d’avoir un livre à leur gloire hein… J’ai beaucoup de chance.

J’ai entendu parler d’une box total deluxe à 70 exemplaires, en vente le 26 avril au soir, lors d’une soirée de présentation à l’Épicerie Moderne. Tu pourrais m’en dire plus ?

Là encore, je ne suis pas à l’origine du projet. Ce sont les gens de l’Épicerie Moderne [NDLR : salle de concert situé aux abords de Lyon, à Feyzin] qui m’ont proposé le projet. On se connait bien, je fais pas mal d’affiches pour eux, et ils ont eu juste envie d’en sortir quelques unes en version luxueuse (format 40×60, sérigraphiées sur du beau papier par Elshopo), le tout présenté lors d’une soirée spéciale chez eux, avec des concerts (Sheik Anorak et Séb & The Rhaaa Dicks), de la sérigraphie en direct, des quiches fantaisies et beaucoup de fun parcequ’on est des gens fun. Enfin presque.

A suivre…

L’évènement :

Image de Maquillage & Crustacés Jeudi 26 avril – 19h – 23h – gratuit

Présentation du coffret de luxe de 5 sérigraphies + concerts

L’Epicerie Moderne – Place Lescot – Feyzin

Jeudi 3 mai – 19h-22h – gratuit

Vernissage de l’exposition autour d’un livre d’affiches de M& – Le Cri de l’Encre, 4 rue Major Martin Lyon 1er

[Cliquez sur l'affiche pour l'agrandir]

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A propos de l'auteur

: Pacush Blues aime le pâté en croûte, les jantes alliages, 5ive et le jokari. Observe et apprends.

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