Manu Katché : « Avec One Shot Not, j’emmène le spectateur au centre de la scène »

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Le batteur Manu Katché a un C.V long comme la route 66. Depuis 2004, il fait aussi de la télé : d'abord comme membre du jury de la Nouvelle Star puis dans One Shot Not, émission qu'il a créée et qu'il présente. À l'occasion de la quatrième saison de ce programme, nous l'avons rencontré pour parler musique et télévision.

Image de 1802_JPG Manu Katché a un C.V long comme la route 66. En tant que batteur, il a notamment collaboré avec Sting, Herbie Hancock, Christophe Maé, Peter Gabriel, Francis Cabrel, Joe Satriani, Florent Pagny, Tears For Fears, Jan Garbarek ou encore Louis Chédid et Sheila. Il a également enregistré ses propres albums de jazz tels que Neigborhood (2005) et Third Round (2010). Les récompenses pour son travail vont du milieu des années 80 à aujourd’hui : Victoire de la Musique pour les « Meilleurs arrangements » en 1985, Victoire de la musique pour la bande originale du film Un Indien dans la ville en 1996 pour, enfin, être récompensé par les pouvoirs publics avec la distinction de Chevalier des Arts et des Lettres en 2004.

Mais, soyons honnête deux minutes : si le grand public le connaît, c’est surtout grâce à sa participation à l’émission La Nouvelle Star sur M6 où il était membre du jury au côté d’André Manoukian, Dove Attia et Marianne James. Et s’il a gagné en popularité, il a aussi perdu en crédit car La Nouvelle Star est loin d’avoir fait l’unanimité. Depuis 2007, Manu Katché présente sur Arte une émission à mille lieux de tout ça, One Shot Not. La quatrième saison a été entamée en janvier dernier. A cette occasion, nous l’avons rencontré dans un bar chic du 6ème arrondissement de Paris.

Présenter de la musique à la télévision

Suffit-il d’être mélomane pour présenter une émission télévisée dédiée à la musique ou faut-il nécessairement être musicien ?

Quelqu’un qui va connaître la musique uniquement sous un angle commercial va passer à côté de certaines choses. N’importe qui peut le faire, on n’a pas besoin de moi pour ça. Que ce soit pour le public ou pour les artistes, c’est de toute façon plus agréable d’avoir en face quelqu’un qui connaît vraiment son sujet. Par exemple, quand j’ai invité Air sur le plateau de One Shot Not, ce qui m’a sauté aux yeux en tant que musicien – et je pense que le public a été intrigué sans le savoir par ces sonorités – c’était la présence de synthé vintage des années 70.  Et là, c’était intéressant à noter, parce que c’est ce qui constitue la patte du groupe Air.

Peux-tu nous décrire en détail ton rôle dans l’organisation de l’émission OSN ?

Je suis à l’origine du concept de l’émission OSN. Pour la concrétiser, je me suis associé avec Renaud Le Van Kim, qui s’occupe entre autres du Grand Journal, des Césars, etc.(NDLR : on lui doit également la réalisation de d’émissions politiques telles que Face à la crise ou en En direct de l’Élysée. Il est également conseiller auprès du directeur général de TF1). J’avais une idée très précise de ce que je voulais faire. En revanche, j’avais besoin de déléguer des fonctions à certaines personnes, notamment au niveau de la production. Il y a une grosse équipe qui m’entoure, environ une centaine de personnes. Mis à part la validation d’Arte, je fais un peu le patron. Je suis sur le tournage du matin au soir, je suis le montage, je fais des voix-off, je m’occupe de la programmation et de la direction artistique en collaboration avec la directrice artistique. Étant musicien, ce sont des postes qui ne me sont pas étrangers. Sauf que là, nous sommes à la télé. Il y a donc la dimension visuelle que je ne maîtrise pas vraiment.

L’émission One shot not

Quelle est la spécificité de OSN?

OSN n’est pas un plateau télé classique. Ce qui nous intéresse, c’est d’avoir le filigrane de tout ce qui a lieu durant la journée de tournage : le rapport entre les musiciens et les artistes, ce qui se passe avec les gens du plateau, avec les autres, avec moi. Nous montrons également ce qui se passe durant les répétitions comme durant la pause café. Bref, nous ne nous intéressons pas uniquement à la performance. Aussi, les artistes sont filmés toute la journée. Ils sont bien sûr libres de faire ce qu’ils veulent, si bien qu’ils se sentent comme à la maison. Tout ceci va générer la narration de l’émission et faire que la magie va opérer.

Es-tu satisfait de ton créneau (le dimanche à 23h30) ?

Ce qu’on m’a demandé, c’est de rajeunir la chaîne. Le public plus jeune, je l’ai sur le web. Toutefois, ce sont des gens plus âgés qui regardent la télévision à cette heure de la soirée. Programmer une émission de ce type à 23h30, surtout le dimanche, c’est se tirer une balle dans le pied. Après, je ne pense pas que l’émission fonctionne en prime-time. Il faut attendre que la pression soit redescendue (boulot, famille, etc.) pour être apte à profiter d’un bon programme.

Les publics de la télévision

Toutes les musiques ont-elles leur place à la télévision ? Je pense notamment à certains styles particuliers qui sont toujours cantonnés à n’être « pas vu à la télé » ?

Image de one shot not 2 Oui, tous les styles ont leur place à la télévision. Ensuite, il faut les représenter c’est-à-dire les mettre en scène pour retransmettre sur ce qui se passe en live. C’est ce qui est difficile à mon sens. La musique, je l’imagine avec un côté pédagogique. Il faut aller chercher la personne de l’autre côté de la télé pour lui donner les clés.

Penses-tu que le public habitué des salles de concerts est le même que celui qui regarde la musique à la télévision ?

C’est difficile à dire parce qu’il y a pas de statistiques précises à ce sujet. Je pense qu’il y a effectivement des fans de musique live, qui se retrouvent devant leur écran de télévision. Après, ce qui est difficile, c’est d’aller chercher les autres pour leur permettre d’accéder à des styles musicaux différents. Au départ, les gens qui regardaient One Shot Not étaient des fans inconditionnels de musique. Depuis, on a un peu élargi notre public.

Les groupes

N’y a-t-il pas trop de stimulations musicales (net, radio, concerts, etc.) pour être remarqué quand on n’a pas un budget de communication colossal, des postures polémiques ou des sonorités expérimentales ?

Aujourd’hui, les gens sont extrêmement sollicités via le net. Les maisons de disques ont un peu plus de mal, mais elles existent encore. Toutefois, les salles de spectacle sont quand même remplies. Ça veut dire que les gens ont envie de se retrouver dans un endroit commun pour partager un moment plaisant. Personnellement, j’ai fait le choix de faire passer des groupes autoproduits dans OSN.  Il est certain qu’un garçon ou une fille qui fait de la musique en autoproduction a le même poids pour moi que quelqu’un qui a une grosse batterie de cuisine derrière, avec tout ce qui va avec ( marketing, communication, etc.), parce que la passion est la même. Après, ce n’est pas une émission qui ne fait que découvrir des talents.

Tu reçois beaucoup de sollicitations ?

Je reçois à la fois beaucoup de disques en autoproduction et beaucoup de disques de labels. Et comme les types qui bossent sur l’émission me connaissent, ils me donnent aussi les disques de leur copain, de leur oncle ou de leur neveu. Skip The Use est par exemple passé dans l’émission suite aux conseils de mon ingénieur du son.

Peux-tu me citer quelques groupes qui t’ont plus marqué que les autres ?

Je vais citer à nouveau Skip The Use parce que je trouve qu’ils ont beaucoup d’énergie. Il y a aussi Poni Hoax, que je connaissais seulement de nom. J’ai aussi découvert sur scène Raoul Midon, que j’ai découvert en traînant sur le net. Récemment, il y a également eu The Dø, qui est encore une fois plein d’énergie et d’originalité. Après, c’est difficile de dresser une liste parce qu’on a quand même fait quatre saisons.

La chaîne Arte

À qui as-tu proposé ton projet d’émission ?

Image de one shot not A l’époque, je travaillais sur une émission populaire (NDLR : La Nouvelle Star) pour M6. J’ai été les voir par déontologie. Ils ont jugé que l’émission était trop pointue par rapport à leur programme. Ils cherchaient quelque chose de plus populaire dans ce que je leur avais proposé, et ce n’est pas ce que j’avais envie de faire. On a travaillé un an dessus sans qu’il ne se passe grand-chose. Sur les conseils de Renaud Le Van Kim, je suis ensuite allé voir Arte. On a fait un premier pilote et ça a fonctionné tout de suite.

Considères-tu Arte comme une chaîne hors-format comparée aux autres canaux hertziens ?

Arte est un alien. C’est aujourd’hui la seule chaîne qui donne des choses intéressantes à regarder. Cela peut aussi bien être des reportages que des magazines, des films que l’on ne montre nulle part ailleurs comme certains documentaires musicaux qui sont à tomber. C’est une chaîne pensée, réfléchie, et jamais gratuite. Arte a trouvé un positionnement entre le ludique et le pédagogique, en même temps que le moyen d’exister sans être trop intello.

Est-ce que tu penses que l’on peut proposer une programmation pointue – et là, je reprends tes termes – sur une autre chaîne hertzienne qu’Arte?

Quand je dis « pointue », je reprends les termes de M6. Personnellement, je pense que OSN est une émission accessible. Moi, batteur, je prends la main du téléspectateur pour l’emmener au centre de la scène. Tout est fait pour qu’il se sente dans un moment intimiste et particulier.

Mais tu penses que c’est possible ?

Je souhaite que ce soit possible. Je sais pas si ça l’est, je ne connais pas assez la télé pour ça.

Crédit photo : Nicolas Aubry (portraits) et Benjamin Decoin / Visual Press Agency (live)

UneOne Shot NotOne Shot NotManu Katché | © Nicolas AubryManu Katché | © Nicolas AubryManu Katché | © Nicolas AubryManu Katché | © Nicolas Aubry

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A propos de l'auteur

Image de : Yves Tradoff s'intéresse à beaucoup de choses : http://yvestradoff.over-blog.com (work in progress)

1 commentaire

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  1. 1
    le Lundi 28 février 2011
    Franck a écrit :

    Je suis aaabsolument ravi et rassuré qu’il cite Poni Hoax.
    En tout cas c’est bien un bon batteur, ses réponses sont précises et pertinentes.

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