Malajube

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Après plus d'un an et demi de tournée au Québec, en Europe ou aux Etats-Unis pour défendre leur second album "Trompe-l'oeil ", les cinq Montréalais de Malajube sont de retour à Québec en ce froid jeudi de décembre pour une soirée électrique.

19-3Le concert a lieu à l’université, en bonne compagnie puisque les groupes amis You Say Party ! We Say Die ! et Dirty Tricks sont également de la partie. Ces derniers assurent l’entrée en matière par un punk-rock énergique et se chargent de réveiller la salle à coup de guitares saturées à souhait. Ils aimeraient faire durer le set mais il est déjà temps de laisser la scène aux You say party ! We say die ! . Originaire de Vancouver, le groupe a quant à lui choisi une formule mêlant punk, dance et rock pour faire bouger les foules. L’énergie de la chanteuse Becky Ninkovic est communicative et le groupe semble ravi de l’accueil d’un public enthousiaste.

Les cinq trublions de Malajube sont contraints de se faire désirer suite à un petit souci technique mais une fois celui-ci résolu, les premières notes de Montréal -40°C rentrent dans le vif du sujet, soit des histoires où l’on croise filles à plumes et ourses polaires dans l’autobus. Les pièces ont le chic pour allier paroles ironiques et mélodies ludiques avec une énergie qui se vérifie sur scène. Sur Le Jus de Citron ou Le Crabe, le groupe joue fort et ne laisse pas tellement le temps de souffler au public. Les claviers de Thomas Augustin apportent un vrai plus aux mélodies, mais on regrette que la voix de Julien Mineau soit un peu noyée par les déflagrations de guitares. La tension redescend le temps d’un Etienne d’Août et c’est déjà bientôt la fin du show.

Le rappel est l’occasion pour le groupe de jouer Le Métronome, morceau phare de leur premier opus, Le Compte Complet, qui respire la joie de vivre. Mais pour tous ceux à qui ce concert aurait donné l’idée de monter un groupe dans leur garage, Julien rappelle qu’il vaut quand même mieux être mathématicien et après ce bon concert de fin de session, il faut déjà se remettre au travail.

INTERVIEW

Rencontre avec le bassiste Mathieu Cournoyer pour discuter de la suite des événements.

Peux-tu revenir sur les débuts du groupe, dans quel état d’esprit étiez-vous ?

On a commencé à jouer de la musique comme tout le monde, dans notre sous-sol à faire des chansons de Nirvana . Ensuite on a eu un groupe métal pendant 3-4 ans, on a fait des petites tournées aux Etats-Unis. Puis moi, le batteur [ Francis Mineau ] et Julien le chanteur, on a essayé de faire partir Malajube comme un projet plus simple, punk rock. Mais en fait on n’a pas réussi à le faire, ce qui fait que ça a donné ça !

Et qu’est ce que c’est  » ça  » ?

Je pense que c’est un mélange de plein de choses, j’ai du mal à mettre un mot dessus ! C’est un gros mix de tout ce qu’on aime, sans le savoir.

Dans les clips du Métronome ou Jus de Citron, vous donnez l’image d’un groupe qui ne se prend pas au sérieux, vous utilisez des masques, des instruments en plastique.

malajube-2Quand on l’a fait c’était vraiment pour s’amuser et je me rends compte que ça a vraiment changé depuis. C’était il n’y a pas si longtemps Le Métronome, en 2004, mais je l’ai revu récemment et je trouve qu’on a l’air de jeunes enfants. Ce qui est drôle c’est qu’on était vraiment collés sur le mur. Il y a des gens qui pensent qu’on était par terre, mais en fait j’ai été collé pendant cinq heures. Je ne pensais pas qu’on pouvait vraiment coller quelqu’un sur le mur avec du scotch, mais ça a fonctionné !

Comment s’est passé le travail sur les clips avec l’équipe de Nu Films et notamment Louis-Philippe Eno qui en a réalisé plusieurs ?

À chaque fois on faisait un meeting et il apportait une idée, on parlait pendant deux trois heures. C’est un gars qui est super ouvert, tout ce qui le retient c’est le budget. Nous on avait plein d’idées et il disait  » Oui je suis sûr que c’est super mais ça va coûter genre 500 000 dollars ! « . Il y en avait beaucoup qui étaient impossibles à faire, les siennes étaient de bonnes idées réalisables. Les deux derniers clips qu’on a faits, c’est avec une autre compagnie de Toronto qui nous a offert une vidéo pour Le Crabe en nous proposant de la prendre si on l’aimait. On a tellement aimé qu’on les a engagés pour faire une autre vidéo, de l’animation. Moi j’aime mieux ça que de jouer dans le clip.

Pour Etienne d’Août, ça a été différent. On était en tournée et on a eu une subvention pour une vidéo. On devait rencontrer Louis-Philippe, mais on n’a pas eu le temps, donc il l’a faite et on a su ce que c’était en la voyant. On s’est rendu compte que ça n’avait aucun rapport avec la chanson, mais c’n'est pas grave, on l’aime pareil !

C’est la fin de la tournée Trompe l’oeil, est ce que vous sentez que vous avez besoin d’une pause ou déjà plein d’idées pour la suite ?

On a des idées pour des nouvelles chansons, mais on a besoin d’une pause du point de vue des tournées. Je pense qu’on en a fait un peu trop en deux ans, ça aurait du être moins long, mais l’album est sorti ici, un an après en Europe puis aux Etats-unis, donc on n’a pas eu le choix d’enchainer. La prochaine fois, on fera différemment, une seule tournée. C’n'est pas évident d’être toujours parti, je ne sais même pas ce que font tous mes amis maintenant, ça va aussi être bon pour la santé de prendre un petit repos.

Quelle évolution ressens tu entre vos deux albums ?

C’est surtout le fait que pour le deuxième album Trompe-l’oeil, on était plus contents du résultat parce qu’on a pris notre temps, tandis que, pour le premier, on a eu que cinq jours en studio. On apprenait aussi comment faire. Quand on venait de terminer l’album, on trouvait que c’était de la merde.
C’est peut-être plus difficile à défendre sur scène du coup ? Au moins sur scène, on adapte les chansons, le problème venait plutôt du son qu’il y avait sur l’album. Quand on a fait Trompe-l’oeil c’était clair qu’on allait prendre beaucoup plus de temps. Pour le prochain album, on va probablement prendre le double du temps qu’on a pris pour Trompe L’oeil parce qu’on veut en être 100% satisfaits.

Avez-vous fait des rencontres qui vous ont inspirées lors de votre tournée en Europe ?

On a beaucoup joué avec des groupes locaux, et sincèrement il n’y en a pas eu beaucoup qui nous ont marqués. On a aussi fait plein de concerts avec des groupes plus gros comme Interpol . Mais ça a été l’inverse, j’aime beaucoup ce groupe-là, mais après les avoirs vus je les aime moins. Ce qui est ironique c’est que des groupes comme The Besnard Lakes ou Patrick Watson qui sont de Montréal, on les a croisés partout en Europe ce qui était cool. Sinon Gogol Bordello a été mon coup de coeur à Oslo.

Est-ce que tu as l’impression qu’il se passe vraiment quelque chose sur la scène de Montréal, sachant qu’on en parle beaucoup et que de nombreux groupes tournent en dehors du Canada ?

Je ne sais pas sil y a quelque chose de spécial qui se passe mais je pense que c’est le fait de l’attention médiatique. Je suis certain que par exemple à Chicago il y a aussi beaucoup de bons groupes. Mais en même temps il y a beaucoup de groupes que j’aime qui viennent de Montréal, je ne sais pas si c’est parce que je viens d’ici.

En tant que groupe francophone, que pensez vous des groupes français qui choisissent de composer en anglais ?

C’est une décision qu’on a prise de chanter en français, ce qui n’est pas évident quand tu as passé toute ta jeunesse à écouter des groupes qui chantent en anglais. Tu n’as pas de base, d’inspiration, je n’en connais pas des centaines des groupes en français que j’aime beaucoup. Je trouve ça dommage qu’en France il y ait tant de groupes qui essaient de la faire en anglais, avec un accent. Pourquoi se forcer à faire un truc que tout le monde fait ? En même temps il ya des groupes comme The Hives qui sont suédois, qui le font en anglais et c’est super bon; s’ils le faisaient en suédois, on en n’aurait sûrement jamais entendu parler. On a été chanceux de pouvoir sortir du Québec en chantant en français, sachant qu’il y a beaucoup de bons groupes ici qui chantent en français mais qui ne sortiront jamais d’ici pour X raisons.

On entend souvent dire qu’aujourd’hui la scène fait découvrir les albums plus que l’inverse, vous avez ressenti ça aussi ?

malajubecbcOui, tout le monde sait que les albums se vendent de moins en moins. Ce qui était bien pour nous c’est que lors de nos tournées en Angleterre ou aux Etats Unis, les gens ont été surpris :  » Comment ça un groupe qui chante en français vient jusqu’ici ? « . Souvent ils n’ont jamais écouté, mais viennent voir par curiosité tandis qu’avant ils achetaient l’album et s’ils aimaient, ils allaient voir le concert. Je pense que c’est un gros plus, puisque les albums ne se vendent plus de toute façon, il faut bien que quelque chose fasse vivre les musiciens. J’imagine que ça va être l’avenir de la musique, dans quelques années, il n’y aura même plus d’albums à vendre, ce sera tout sur Internet.

Vous comptez miser encore plus sur la pochette pour le prochain album ?

Je pense que c’est d’autant plus important, que tu aies le goût d’acheter l’album et de ne pas juste le télécharger. Je trouve que c’est l’fun qu’il y ait un plus à avoir l’album, j’aime avoir la pochette, lire les paroles. Je pense qu’on va en mettre encore plus, peut être ne pas mettre des froufrous et des cadeaux à l’intérieur mais faire un truc qui soit beau.

Vous avez déjà une idée de la période à laquelle sortira le prochain album ?

Idéalement à l’automne prochain mais je ne pense pas que ce soit réaliste. Il n’y a personne qui nous met la pression et on veut prendre notre temps donc je dirais plutôt février 2009. Peut-être que ça va sortir vite, je ne sais pas, on verra !

En savoir +

Site officiel: http://www.malajube.com

Myspace: http://www.myspace.com/malajube

You Say Party ! We Say Die !: www.myspace.com/yousaypartywesaydie

Dirty Tricks: http://www.myspace.com/dirtytricks

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A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

1 commentaire

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  1. 1
    le Dimanche 6 janvier 2008
    Vincent Bidule a écrit :

    Jetez-vous sur trompe l’oeil. Rare sont les albums francophone qui donnent une telle énergie. Indispensable pour dissiper les coups de blues…
    Maintenant espérons que leur prochain album sera aussi bon, mais ça ne sera pas facile tant ils ont placé la barre très haut.

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