Madame, Monsieur, Bonsoir…

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Afin de "provoquer un électrochoc", une dizaine de journalistes de TF1 ont décidé de compiler dans un livre toutes les dérives du plus grand JT de France. Polémiques garanties.

madame_monsieur_bonsoir-2Un vent de rébellion souffle sur la rédaction de TF1. Il y a un mois, un commando composé d’une dizaine de journalistes a pris d’assaut le service d’information de la chaîne. Leur bombe : une petit ouvrage contenant un déluge de critiques et d’anecdotes gênantes concernant la gestion du premier JT de France. Seul bémol, les acteurs sont encore en poste à la rédaction de la Une et ont écrit sous un nom fictif.

Le fait d’avoir affaire à des anonymes rend tout de suite la lecture plus ambiguë. Comment ne pas voir à travers ce livre, la jalousie de salariés qui souhaiteraient prendre la place des chefs, salaires et prestiges y compris ? Sont-ils encore en poste à TF1 à cause des salaires élevés et de la difficulté de trouver du travail – surtout en journalisme – en cette période de crise ? Ce qui amène une question plus grave : quel est le but de ce témoignage ?

S’il n’était pas précisé que Madame, monsieur, bonsoir . a été écrit par des journalistes T.V, nous aurions pu le deviner. L’ouvrage est court, le titre typique d’un livre d’investigation ( » les dessous de « ) et le contenu très dense. Cependant, écrire un livre est différent d’écrire un reportage. Et, à force de favoriser le dynamisme, Madame, monsieur, bonsoir. donne l’impression d’un témoignage écris à la va-vite, voire bâclé. Il n’y a également pas toujours de transitions entre les différents récits et, surtout, entre les différentes plumes, ce qui contribue à perdre le lecteur.

Bien que les anecdotes soient souvent invérifiables pour le citoyen lambda, les auteurs sont très convaincants quand ils accusent les dirigeants de la Une de connivence et de parti pris. Il faut dire qu’ils ont énormément de choses à raconter, souvent évocatrices. On les suit encore plus quand ils font le portrait des différents poids lourds de la chaîne : il est facile d’imaginer Jean-Pierre Pernaut en « beauf décomplexé de droite « , Claire Chazal en amie des puissants ou Patrick Le Lay (ndlr : ex : PDG de TF1) en patron-tortionnaire.

En revanche, difficile de les suivre jusqu’au bout lorsqu’il s’agit de clouer au pilori le directeur de l’information, Robert Namias, et Patrick Poivre d’Arvor . Déjà parce que le collectif revient sans cesse sur eux, une grande partie du livre ne servant qu’à les dénigrer. Mais, surtout, car les auteurs font preuve d’une véritable volonté de blesser et de faire mal. PPDA est une ordure, Robert Namias aussi, soit. Mais que va changer une telle énumération de leurs défauts ? Cette méthode, à l’opposé de l’objectif souhaité, risque fort de mener le lecteur à l’immobilisme. Soit il déteste déjà ces deux personnages clés du JT et il les détestera encore plus, soit c’est un partisan et il continuera de l’être.

Voilà en tout cas qui va donner de la matière aux détracteurs du journal de TF1. D’autant qu’à peine deux mois avant, Bertrand Lambert racontait dans son livre, TF1, une expérience – au passage, orné de la même couverture que Madame, monsieur, bonsoir. – son expérience « marquant[e] » sur la Une. Mais dans une démarche différente, puisqu’il a depuis demandé l’asile journalistique sur le service public.

Malgré un ton résigné et un moral au plus bas, les auteurs dévoilent dans un prologue improvisé une lueur d’espoir : Ils pensent que la situation peut s’arranger. Ils imaginent même que le brûlot qu’ils ont écrit aboutira à une prise de conscience collective dans la rédaction de TF1. Un happy end difficile à croire après 170 pages d’une noirceur sans pareille.

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A propos de l'auteur

Image de : Yves Tradoff s'intéresse à beaucoup de choses : http://yvestradoff.over-blog.com (work in progress)

2 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 11 juin 2008
    Guy H. L. a écrit :

    Il est tellement facile d’écrire n’importe quoi sous le couvert d’un anonymat bien pratique finalement, qui plus est, en citant des fait invérifiables. Si ces « journalistes » voulaient réellement faire avancer les choses, c’est à visage découvert qu’ils pourraient le faire, pas comme cela. Cela pue la vengeance personnelle, cela me rappelle des méthodes d’un autre temps, genre lettre anonyme. Et en plus, c’est tellement mal écrit. Tout cela me dégoûte, tiens.

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