Madam Jesus

par Domino|
Madam Jesus... Rien que le nom de ce combo parisien a déjà de quoi intriguer. Composé de 4 membres, le groupe opère dans un registre que l'on peut qualifier de rock. Un rock sombre, ambiant, feutré, stylisé, ciselé.

madamjesusFort et fier de son univers, le groupe a récemment posé sur CD leur travail, et a sorti un premier Ep éponyme plus que plaisant. Juste 5 titres (ou plutôt 4 si on ne compte pas le léger interlude), mais suffisamment pour convaincre les auditeurs de l’extraordinaire potentiel du groupe.

Alors histoire de rendre les présentations plus attrayantes, autant se plonger dans cette interview réalisée une belle journée de Juillet.

Un beau café Parisien au coin d’une rue, cadre tranquille, un chanteur ( Laurent ) arrivant en premier, un guitariste ( Dimitri ) en deuxième et un producteur/réalisateur ( Frédéric ) en dernier lieu. Un Domino au crayon affûté de l’autre coté de la table, et c’est parti!

Alors on va commencer par les présentations. Pouvez nous présenter le groupe, comment vous vous êtes formés ? La genèse du projet ? Votre parcours personnel peut-être…

Laurent (chant/claviers): Alors moi c’est Laurent, au chant et au clavier.

Dimitri (guitare): Moi je suis le guitariste, et l’on peut rajouter Stéphane à la batterie, ainsi que Denis à la basse…

Laurent: …qui est tout nouveau.

Dimitri: Oui il est arrivé récemment. Après au niveau de la rencontre en elle-même, j’ai fait la connaissance de Laurent quand il était encore dans Feverish, j’avais été invité à une de leur date par Frédéric . On a donc fais connaissance autour d’une bière…

Frédéric: Ce qui sera d’ailleurs le gros fil conducteur de l’interview, tu peux préparer un petit astérisque, car le mot bière risque de revenir souvent !

Dimitri: Et donc on s’est lié d’amitié et de fil en aiguille, on a eu une envie de faire de la musique ensemble. Et puis on a été rejoint ensuite par Stéphane et Denis .

Alors avec un nom pareil, on peut se demander s’il y a une sorte de concept « Madam Jesus »… Est ce que c’est le cas? D’où est venu ce nom énigmatique ?

( Dimitri et Laurent se regardent en ricanant)

Dimitri: J’avais dit que je trouverais toujours une explication, alors laisse moi réfléchir. Et bien, tout a commencé dans une soirée…

Laurent: Où il y avait de la bière bien sûr…

Dimitri: Oui, c’est exact. Et à un moment, disons que j’ai été assez proche de certaines personnes et que… Un crucifix… Enfin non il n’y a pas de concept dans le nom. Plus sérieusement, ça sonne bien et je crois que c’est à peu près tout ce qu’il nous fallait. Mais si on a une autre explication à te donner, on te le fera parvenir avant la publication de l’interview

(Vous aurez remarqué que ça n’a pas été le cas.)

Les présentations étant faites, Parlons un peu de l’Ep. On va commencer par une question assez généraliste. Vous citez des influences comme les Smashing Pumpkins, mais en écoutant l’Ep, j’y décèle des ambiances plus cinématographiques. On a comme des images en noir et blanc qui nous viennent à l’esprit, une atmosphère de films un peu sombre, feutrée. Par exemple, ne serait-ce que par l’apport des cuivres, et au niveau de la production, le son se détache beaucoup des productions actuelles. Est ce que tout ça a été réfléchi en amont et a été creusé après, ou bien c’est une ambiance qui est apparue et qui s’est imposée lors de l’enregistrement ?

Dimitri: J’aime bien le mot  » feutré « , c’est bien trouvé.

Laurent: Par contre je ne crois pas qu’on ait cité les Smashing comme influences. Non ?

Dimitri: Ce n’est pas forcément LE groupe qui nous influence principalement. Après je pense qu’on nous sort souvent ce groupe à cause de Laurent, qui a une voix assez typée.

Laurent: Pourtant je ne suis pas obsédé non plus par les Smashing Pumpkins .

Dimitri: Voila c’est effectivement un groupe qu’on apprécie tous, mais pas qui nous colle à la peau.

Frédéric: C’est un ensemble en fait, que ça soit dans la production par exemple, le travail a été fait pour rendre service aux chansons. C’est à dire qu’il n’y a vraiment pas eu de surproduction. Les chansons étaient écrites pour ce type de son et le travail a été fait dans ce sens.

Dimitri: Voila, la direction musicale portait vraiment vers ce type de chansons, assez sombres, principalement car elles nous correspondaient au moment de la composition. On ne peut pas dire qu’on traversait tous des bonnes passes.

Laurent: C’est le moins que l’on puisse dire.

Dimitri: Alors sans aller non plus dans le cliché noir, on a été naturellement vers ces ambiances. On ne cherchait pas non plus à faire des chansons  » jumpantes « , et des hymnes de stade qui font lever le poing.

(À ce moment-là, Dimitri lève le poing)

Laurent: Mais ça c’est juste car on ne joue pas encore dans des stades.

Dimitri: Oui quand on jouera dans des stades, on aura les hymnes fédérateurs qui vont avec. Mais donc pour répondre à ta question, oui cette ambiance « feutrée » a été complètement recherchée dès le début, avec donc la production qui soulignait l’idée des morceaux.

Est ce qu’on peut voir une sorte de concept également dans le choix des titres, leur agencement ?

madamjesus2-2 Laurent: Non pas plus que dans le nom.

On va s’approcher un peu des textes. Qui est l’auteur dans le groupe ? C’est un travail de groupe ? Individuel ? Au niveau des thèmes, ça tourne autour de quoi ? Et pourquoi avoir choisi le chant en anglais?

Laurent: Il y en a de moi…

Dimitri: Il y en a de moi aussi… En fait c’est un peu des deux. Après au niveau des thèmes, on ne peut pas dire qu’il y a de thèmes précis.

Laurent: Ce sont des choses relativement personnelles. Pas forcément très heureuses, très saines.

Dimitri: Voila, comme je te le disais avant, la période de la composition n’a pas été forcement heureuse. Donc au niveau des textes, ça se ressent, encore une fois, y a rien de  » jumpant « . On va dire qu’en gros, ça parle d’histoire d’amour raté, mais ça peut être aussi lu entre les lignes, chacun peut se faire sa propre idée. Mais maintenant on est heureux, ça se voit… ( Dimitri et Laurent enlèvent leurs lunettes de soleil, et font un grand sourire. )

Laurent: Et concernant le chant en anglais, c’est surtout une question de musicalité de la chose. C’est un style de musique qui ne se fait pour ainsi dire, qu’en anglais. On imaginait difficilement la chose autrement.

Et au niveau de la composition des titres en eux-mêmes ? C’est un travail de groupe ou cela fonctionne plus à la  » Smashing « , avec un compositeur unique ?

Laurent: Les bases viennent essentiellement de Dimitri . C’est un peu le noyau dur du groupe. ( Dimitri prend alors la position du noyau dur, assez difficile a décrire)

Dimitri: J’arrive assez souvent avec des bases oui, que ça soit une mélodie, un riff ou un texte. Et après chacun se greffe autour pour venir servir le morceau. Disons que c’est un travail de groupe qui s’installe au fur et à mesure. On fonctionne beaucoup en groupe au niveau des arrangements des morceaux.

Est ce qu’une optique de matériel particulière a été utilisé pour l’enregistrement ? Un type spécial de guitare ou d’instrument pour obtenir le son que l’on entend ?

Dimitri: Ça c’est plutôt la question pour Fred .

Frédéric: On ne peut pas vraiment dire qu’il y a eu un matériel particulier pour l’enregistrement non. C’est surtout que l’enregistrement a vraiment été fait sans prétention. C’est en grande partie du home studio, mixé dans mon salon. La batterie quant à elle, a été enregistrée en studio. Mais si tu veux laisser sous-entendre qu’on a éventuellement utilisé un matériel que certains appelleraient  » vintage « , je peux te dire que non.

Suite à cet Ep, quels sont vos projets à venir ?

Laurent: Alors y a un album prévu pour 2009, on bosse dessus en ce moment.

Dimitri: On bosse d’ailleurs aussi sur des compos spéciales stade, tu peux noter qu’on sera a Bercy le 23 septembre 2009. Avec qui en première partie déjà, Fred ?

Frédéric : Queen je crois…

Dimitri: Oui voilà, on a fait venir d’ailleurs le squelette de Freddy Mercury pour l’occasion, ça sera toujours mieux que Paul Rodgers . Plus sérieusement, on a des nouvelles dates qui vont commencer à tomber pour octobre à peu près.

Frédéric: Oui, d’ailleurs le groupe devrait être normalement à la traditionnelle Flèche d’Or le 4 Novembre. Normalement. Rien n’est encore sûr.

On n’a pas parlé du live tiens. Ça se passe comment chez vous ? Vous jouez combien de temps environ ?

Dimitri: On joue environ 45 min… Ce qui correspond à 1 an de formation à peu près.

Frédéric: Et tout ça en 4/4/2 généralement.

Laurent: Ce qui fait une proportion de 4 anciens titres, 4 de l’Ep, et 2 nouveaux titres….

Dimitri: En fait ça dépend un peu. Par exemple le 12 février 2010 on sera au Parc des Princes, on jouera plus longtemps….

Laurent: Déjà on fera notre propre première partie en acoustique… 2h de show.

Dimitri: Puis le show principal : 3h

Laurent: Puis on revient pour le rappel, en fait c’est encore nous, mais on fait un set électro et là on mixera pendant 2h…

C’est donc à ne pas manquer, j’ai noté ça en gros, et j’espère que ceux qui liront ça feront de même. J’avais une dernière question sur l’Ep. Est ce qu’on peut avoir une explication du morceau assez énigmatique Fred’s Melancholic Recording ? C’est assez bizarre ce morceau, on y entend des oiseaux, une porte claquée, des pas…

Frédéric: Ce morceau a été fait chez moi, dans des conditions 100% naturelles. Ce sont des vrais oiseaux qu’on entend, mes vrais pas. Ce qui prouve aussi qu’il y a vraiment des oiseaux dans le 5e ! Ce morceau en fait c’est un peu un clin d’oeil à Pink Floyd . Il y a une piste assez similaire sur l’album Atom Heart Mother . C’est donc l’un des nombreux clins d’oeil à Pink Floyd sur l’Ep. Disons que là c’est un clin d’oeil visible. Et l’on s’est dit que ça pouvait être marrant d’avoir cette pause sur un Ep de 5 pistes, comme une petite charnière entre les 3 premiers morceaux rock, et le dernier qui pourrait presque être un peu plus électro.

On arrive presque à la fin de l’interview. Vous aurez un petit clin d’oeil à passer ? Un coup de coeur, de gueule ?

Dimitri: Je souhaite bon anniversaire à mon meilleur pote, Florent, qui a 27 ans aujourd’hui.

Laurent: Moi à personne

Dimitri: Vraiment personne?

Laurent: Non personne… Vraiment.

Frédéric: Moi je dis bonjour à ma copine Aude.

Avant de partir, vous pouvez peut-être nous dire si vous avez d’autres projets de prévu en dehors de Madam Jesus?

Dimitri: Ben de mon côté, il y a un truc qui risque de se former. Ça devrait s’appeler Let’s Have a Pint Andrew .

Frédéric: T’as été chercher ça ou comme nom ?

Dimitri: Je ne sais pas…

Laurent: Tu peux noter qu’il y a un album de The Cathouse mon projet électro clash, de prévu en septembre aussi.

Frédéric: Et moi s’il y en a qui veulent me donner du boulot, je laisse mon site internet au nom mégalo dispo: http://www.fredericlefranc.com/

Et bien c’est noté, merci à vous tous pour ce moment. Bonne continuation et a bientôt.

Dimitri: Merci beaucoup à toi aussi

Frédéric: Bercy beaucoup même.

Dimitri: Zut j’aurais du la trouver celle-là.

Laurent: Merci à toi.

Madam Jesus – EP

madamjesusalbumMaintenant que les présentations ont été faites, il est temps de savoir que vaut vraiment cet Ep. Et bien ce CD est une petite pépite inattendue. Exactement le genre de choses que l’on n’attendait pas trouver ici.

Comme écrit dans l’interview, le disque s’ouvre donc dans cette atmosphère feutrée avec le titre  » Smile « . Des cuivres nous ouvrent la porte de l’univers du groupe, et c’est la voix de Laurent qui vient nous cueillir. Make A smile To Forget … nous chante-t-il.

Un début qui intrigue ne laissant pas deviner l’évolution de la chose. C’est à 1mn17, quand le morceau débute vraiment, que nos pieds quittent le sol. Le morceau se laisse dérouler de manière magique, comme si tout était si évident. Se calmant parfois, faisant preuve d’un nuançage judicieux dans la chanson, on se dit que le groupe a eu le chic de nous scotcher tout de suite.

Hole In You nous mets des images pleins la tête. Transportant l’auditeur dans un rêve aux décors sombres, enfumés, le groupe installe d’une encore plus belle manière son univers. Le chant de Laurent est prenant, l’instrumental n’est pas en reste, et pour ceux qui l’ont connu dans Feverish, croyez-moi que le changement n’est pas des moindres. À noter le véritable apport des cuivres aux alentours des trois minutes du titre. La fusion de l’ensemble ne peut que laisser pantois d’admiration.

La troisième piste Ask The Dust, commençant de manière feutrée, douce elle aussi, laisse entrevoir plus de lumière que les deux précédentes. Débutant par les doux accords de Dimitri portant la voix douce de Laurent, la chanson émet néanmoins comme une certaine mélancolie. Le refrain, plus aérien, pourrait rapprocher le morceau de certains titres du projet solo de Laurent The Cathouse .

Suite à ce triptyque des plus engageants, Fred’s Melancholic Recording, offre donc ce moment charnière pour amener l’auditeur vers le dernier morceau. Des bruits se font entendre, des portes, des oiseaux, puis le morceau se termine dans des nappes musicales qu’on pourrait rapprocher d’une certaine idée de l’électro.

Arrive alors la dernière piste, A Place To Fall . Le titre démarre presque comme un vieux vinyle, soutenu par quelques nappes de claviers. La voix de Laurent semble presque lointaine, comme si tout cet univers s’éloignait de nous. I do my best peut on entendre. Le groupe a incontestablement donné le meilleur de lui-même.

On ressort de l’écoute, rêveur. Plein d’images dans la tête, a essayer de se remémorer exactement les milles sensations ressenties lors de l’écoute. Si Madam Jesus continue d’intriguer après l’écoute de ce disque, ce n’est plus seulement en raison de leur nom. Mais bel et bien parce qu’il y a dans ce combo parisien un vrai talent, une qualité d’écriture qu’il est bien dur de retrouver ailleurs.

Madam Jesus ne vous laissera pas indifférent. Cet Ep est une pépite, je le redis, et je ne peux que vous conseiller d’acquérir ce bijou, première pièce d’un trésor dont nous découvrirons d’autres éléments d’ici 2009 quand l’album sera là. D’ici là n’hésitez pas à vous imprégner de leur univers.

Qui avait dit que les voies du Seigneur étaient impénétrables ?

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8 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 12 août 2008
    claude a écrit :

    Madame Jésus ça me paraît être le nom logique de toutes les nonnes, puisqu’elles sont les épouses du Christ…

  2. 2
    le Samedi 16 août 2008
    Basstruc a écrit :

    C’est pas pour faire mon relou mais j’ajouterai bien les credits image:
    Photo 1 & 2 : Matthieu DUBAIL
    Logo Madam Jesus : Romain FAVRE (de DTC)

  3. 3
    le Samedi 16 août 2008
    florent a écrit :

    je suis vraiment content d’être cité dans cette interview, ça apporte quelque chose de plus, je dirais même que ça la valorise. Merci.

  4. 4
    le Samedi 16 août 2008
    Stéphane a écrit :

    Jumpant restera quand même LE mot de l’interview.

  5. 5
    le Samedi 16 août 2008
    Arno Mothra a écrit :

    Beaucoup aimé cet EP aussi, superbe chronique ;)

  6. 6
    le Dimanche 17 août 2008
    Pascal a écrit :

    Tu fais très bien Basstruc. Désolé de cet oublis…

  7. 7
    le Jeudi 28 août 2008
    marion a écrit :

    SUPER MAXI !!!!!!
    vraiment SUPER !

  8. 8
    le Samedi 19 décembre 2009
    Baptiste a écrit :

    Merci pour cette decouverte, superbe maxi, vraiment enorme ! et une tuerie en live !!

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