Mad in U.S.A – M. Desmurget

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Il est toujours intéressant de découvrir des livres dits « d’actualité » plusieurs mois après leur sortie, juste histoire de mesurer s’ils n’étaient que des coups marketing à la date de péremption limitée, ou si leur propos peut s’inscrire dans la durée.

madS’atteler à la lecture du livre de Michel Desmurget en ces temps de crise (la crise ! la criiiiise !) dont l’origine prend racine essentiellement aux États-Unis apporte un éclairage des plus intéressants sur ce qui nous guette, si on ne s’accorde pas un peu de réflexion sur ce fameux « modèle américain » qui semblent tant séduire les politiques européens.

Michel Desmurget, chercheur à l’INSERM, est neurophysiologiste et docteur en neuropsychologie. Il a vécu, étudié et travaillé huit ans aux Etats-Unis. Autant dire que ce dont il parle dans son livre, il a pu l’étudier de près. Mais Mad in U.S.A n’est pas le American Vertigo de Bernard-Henri Levy qui se contente d’observer vaguement sans jamais aller au fond des choses. Michel Desmurget s’appuie sur des études très précises issues de travaux de chercheurs américains, en plus de ce qu’il constate au fur et à mesure des rencontres des nombreux travailleurs pauvres qui composent la couche la plus épaisse du marché de l’emploi aux États-Unis.

Tout ce qu’on lit ici fait vraiment froid dans le dos. La valeur travail censée épanouir car mettant à l’abri du besoin, ressemble dans la version neo-libérale américaine à un véritable esclavage moderne. On trouve que j’exagère ? Alors regardons-y de plus près. Quasi-absence de couverture sociale tant sur le plan des retraites que du côté médical. Obligation de prendre parfois jusqu’à trois travails différents pour joindre les deux bouts sans aucune garantie de pérennité. Mortalité infantile et adulte plus étendue que n’importe quel pays européen développé. Mobilité sociale de plus en plus inexistante pour peu qu’on naisse dans une famille pauvre. Et j’en passe.

Ce « modèle américain » porteur de réussite du « tout le monde peut y arriver » ou même du célébrissime principe sarkozyen « travailler plus pour gagner plus » apparaît ici enfin dans toute sa brutale réalité. On peut reprocher parfois à Michel Desmurget sa tendance Michael Moore qui le pousse à verser dans l’émotion tire-larmes. Notamment quand il parle d’une mère de famille qui ne peut même pas payer une Playstation à son jeune fils alors qu’elle travaille sept jours sur sept pour un salaire qui couvre à peine ses frais incompressibles (loyer, électricité), les éventuelles dépenses médicales (et parfois les crédits à contracter pour en régler certaines), le crédit de sa voiture et qu’il dit à quel point il aimerait rendre compte de la tristesse, du désespoir qu’il a lu dans ses yeux. On comprend aisément qu’il soit profondément touché par ce sur quoi il travaille. Mais tout ça il n’a nul besoin de le dire tant les simples faits et chiffres qu’il énonce avec précision et pertinence rend compte des « ravages du modèle américain ».

Le livre de Michel Desmurget invite à s’arrêter pour observer de plus près ce à quoi nos dirigeants européens ont tendance à rêver pour l’avenir. A l’heure où même les Etats-Unis commencent enfin à regarder en face un système qui au lieu de les libérer les écrase complètement, il n’est pas inutile de réfléchir deux secondes si cela est vraiment ce à quoi nous aspirons, malgré tous les ratés que peuvent parfois connaître les modèles économiques et sociaux européens.

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En savoir +

Mad in U.S.A, Les ravages du « modèle américain », Michel Desmurget, Max Milo Editions, Collection L’inconnu/International, 2008, 275 pages

Pour en savoir plus sur ce qu’est l’INSERM : http://www.inserm.fr/fr/

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

3 commentaires

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  1. 1
    le Vendredi 5 décembre 2008
    Marc a écrit :

    J’ai lu ce livre il y a quelques semaines (en regrettant que la presse ne lui ai pas donné un plus large écho). C’est effectivement un travail remarquable. Je suis pleinement d’accord avec Dahlia, nous devrions tous lire ce texte afin de mieux comprendre la portée des politiques néo-libérales sur la vie des gens. Une force peut-être non évoquée du livre: il ne contient nulle trace d’anti-américanisme, fut il primaire ou secondaire. En lisant le livre j’ai réalisé qu’il faisait bon vivre en france et qu’adopter ce modèle américain c’était, comme dit l’adage, lâcher la proie pour l’ombre.

  2. 2
    le Vendredi 5 décembre 2008
    Dahlia a écrit :

    Oui tu fais bien de le souligner, car il est pénible les arguments « d’anti-américanisme primaire » quand on commence à émettre une longue analyse détaillée des ratés de l’Amérique (enfin les U.S.A quoi)

  3. 3
    le Vendredi 5 décembre 2008
    Marc a écrit :

    comme dit le proverbe, « quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage ». Avec l’Amérique c’est un peu la même chose, pour éviter toute analyse sur le fond, beaucoup n’hésitent pas à agiter à tous propos des allégations d’anti-américanisme. C’est tellement simple et confortable…

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