Mâ Ravan, de Philippe Pelen Baldini

par |
Ce fut l'un des dix plus grands succès du Festival OFF d'Avignon en 2008. Après une année de tournée en Afrique du Sud, le théâtre Taliipot est de retour pour cette édition 2010 avec un théâtre physique, dansé et musical, inspiré des traditions orales de l'Océan Indien.

Mâ Ravan est inspiré de la Ravanne, un tambour rond commun à toutes les îles de l’océan Indien. Il lie les quatre danseurs, acteurs, chanteurs, musiciens originaires de l’ile de la Réunion, de Maurice et de Madagascar. La Ravanne tisse un lien entre les corps pour réveiller leur mémoire. C’est un hommage aux Grands Marrons, esclaves insoumis qui ont risqué leur vie pour accéder à la liberté. Des héros rebelles qui sont préservés de l’oubli et qui continuent d’exister à travers ce spectacle mêlant le contemporain à la tradition.

Un espace rectangulaire est délimité par des pierres blanches posées à même le sol. Le spectateur est projeté dans l’Histoire avec l’énumération des noms de dizaines de Grands Marrons. Ce seront les seules paroles prononcées avant de laisser place à la musique et à la danse. Sons mélodieux de bols tibétains, un appel au calme, aussi bien pour les spectateurs que pour les danseurs qui s’apprêtent à pénétrer le monde de leurs ancêtres.

Mâ Ravan met en scène le besoin urgent, au-delà des blessures de l’Histoire, de retrouver les liens d’une île à l’autre, d’une rive à l’autre, d’un monde à l’autre. La Ravanne évoque l’unité et une certaine quête de liberté. Au fil du rituel, les battements puissants affranchissent les corps de leurs chaînes physiques pour atteindre une transe libératrice. Les corps sculptés des quatre danseurs s’ouvrent au Divin, pour rétablir le lien entre la Terre et le Ciel. Relier et partager. Partager ses émotions au rythme des percussions qui s’accélère comme un coeur qui bat de plus en plus vite

En introduction Philippe Pelen Baldini, le chorégraphe, citera le proverbe Je suis les liens que je tisse et cette pensée deviendra une évidence. Le devoir de mémoire. Ne pas oublier, et ne pas s’isoler en optant pour le partage. S’ouvrir aux autres et dépasser l’individualisme. Si cela s’applique aux peuples de l’océan Indien, le message est universel et peut se facilement se transposer à tous les peuples du Monde, qui connaissent ou qui ont connu la souffrance à travers l’Histoire.

À la limite entre rituel et représentation, il se crée une ambiance puissante où les mouvements et les cœurs dansent à l’unisson. Un spectacle envoutant et vibrant, qui nous rappelle à nos origines les plus tribales. En ce début de Festival et au vu de la fréquentation, Mâ Ravan fera sans aucun doute une nouvelle fois l’unanimité du Off cette année.

Crédits photo : Théâtre Taliipot (Valérie Koch)

Partager !

En savoir +

Mâ Ravan au Théatre Présence Pasteur d’Avignon
Du 8 au 31 juillet 2010.

Site officiel : http://www.theatretaliipot.com/

A propos de l'auteur

Image de : Après une courte et intense carrière dans le monde du marketing, Anne-Laure s'est lancé dans la grande aventure! En 2009, elle intègre l'Institut des Métiers de la Communication Audiovisuelle en Avignon, et sait à présent manier avec dextérité caméras, appareils photos, microphones et bancs de montage en tous genres. Elle apporte son soutien journalistique à la rédaction de radio Raje en Avignon en réalisant interviews et chroniques. Discordance, elle l'a vu naître et grandir, faire ses premiers pas sur la toile, et participe de manière épisodique à son contenu rédactionnel. Bref, vous l'aurez compris, Anne-Laure touche à tout, l'image, le son, l'écriture, mais elle aime aussi les éclairs au café, qu'on lui raconte des histoires d'amour, le Japon, l'accordéon, les abricots, les sorties en raquettes, les jeux de société, les voyages (pas organisés), les apéros entre amis, le clafoutis aux cerises et le bon vin.

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article