Lydia Lunch « Une dose de réalité brute, hardcore » ?

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Ne jamais juger un livre d’après sa couverture disaient-ils. Une paire de fesses trop lisses et pas assez vergeturées pour être celles de l’auteure, tenues à pleine paume par des mains velues, un doigt d’honneur énorme et phallique en surimpression mal photoshoppé. Le tout surmonté du titre en rose Tati. La couverture de Paradoxia fait cheap et très compliquée à sortir dans une rame de métro ou en café. Détracteurs du porno chic vous ne serez pas déçus, ici, tout est vulgaire, et ce dès la première page.

Image de On connaissait l’amour fraternel voir incestueux de Lydia Lunch pour le glauque, mais dans ses autres entreprises, la tornade rousse semblait faire plus de sens que dans cet amas de scènes de cul (appelons un chat une chatte) sensées dépeindre son parcours dans la luxure et la souillure. New York, les années no-wave, le parcours typique, la doctrine plus si parallèle, d’une enfant abusée qui privée de repères essentiels finit par abuser elle-même.

On pourrait crier à la subversion si ce schéma de pauvre petite fille n’avait été vu, revu, dit et mieux dit. On pourrait s’enthousiasmer du voyage dans le temps si notre génération, blasée de tout et surtout de la controverse à deux cents ne connaissait pas déjà par cœur ce mouvement grunge mal vieillissant. Qui aurait besoin de s’encanailler se verrait alors prescrire quelques doses homéopathiques de George Bataille et s’en verrait au moins repartir quelque peu plus instruit qu’au départ. Si la seule valeur de ce texte était ce choc cru, ces idées à cran, et qu’il est possible de saisir sa portée lors de sa première publication, force est de constater qu’aujourd’hui les nouvelles générations ont tout vu, tout entendu et qu’il ne reste que la pauvreté du verbe.

Peu de références temporelles, pas de plan narratif, ellipses à gogo, on est en plein trip LSD du début aux 80% de l’ouvrage et il faudra d’ailleurs un courage sans failles aux lecteurs qui parviendront à ce stade de l’histoire. Entre le rythme lourd parsemé d’accumulations sans but, ni foi, ni loi et les épisodes à la limite du snuff movie, il est très difficile d’enchainer plus de trois pages du livre, pourtant vendu par Virginie Despentes (qui d’autre ?…) en préface, comme la 8e merveille du monde.

Accordons néanmoins à l’auteur la restitution de cette nausée permanente aux commissures, sensation qui se devait d’être celle de cette génération perdue, sans but et sans idées. Quelques passages à sauver également, tout d’abord lorsque la Lunch se décide de sortir enfin son nez de ses propres orifices pour observer la faune, les sans-abris qui sont tous des univers à part entière. On retiendra surtout cette fin où à mi-chemin entre une prêtresse hippie en retard sur son temps et une sorcière new-age, la rousse diabolique finit par s’oublier et se retrouver à coup de rituels vaudous maison, dans une nouvelle Orléans qui même décrépie ne perd de son côté rien de son charme.

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Paradoxia, Lydia Lunch 18€ au Diable Vauvert.

A propos de l'auteur

Image de : Mélissandre L. est une touche à tout, et c'est sous prétexte de s'essayer à tous les genres littéraires (romans pour enfants, nouvelles pour adultes, SF, chansons voire recettes de cuisine et plus encore) qu'elle se crée des avatars à tour de bras. En ce moment, elle se passionne pour la cuisine vegan et le crowdfunding, elle ne désespère pas de relier un jour les deux. Profile Facebook panoptique : http://www.facebook.com/Mlle.MelissandreL / Envie de participer à son dernier projet ? http://www.kisskissbankbank.com/marmelade

2 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 9 novembre 2011
    Gabrielle Skanda a écrit :

    Au risque de me répéter….Lydia Lunch, c’est bien !
    Si si je le pense ! J’ai beaucoup apprécié lire ce roman qui ne tombe pas dans l’ambiance « teenager qui raconte sa crise ado de ses 13 à 15 ans ».
    Certes un peu rude et cash mais un bon moment et une bonne claque tout de même :)

  2. 2
    le Mercredi 9 novembre 2011
    Inoue a écrit :

    Une chronique qui donne envie de dévorer le livre.. ou de s’y plonger en étant complètement hight, afin de rester dans le thème !

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