Love Amongst Ruin

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Steve Hewitt, anciennement batteur d'un vague groupe de rock ayant rencontré quelques succès éphémères au cours de la dernière décennie, revient sur le devant de la scène avec sa propre formation au nom plus qu'évocateur.

Ayant débuté sa carrière derrière les fûts de diverses formations (Breed, Boo Radleys), il rencontra Brian Molko à l’âge de 20 ans. Après avoir participé de façon officieuse aux premières démos de Placebo, il rejoint officiellement le groupe en 96 en remplacement d’un certain Robert Shultzberg et participera à la première tournée du trio. Mais après avoir fait retentir ses toms et ses cymbales pendant près de 11 longues années, Steve quitte le groupe, victime de ces fameuses divergences musicales et personnelles, délicat euphémisme pour décrire le plus souvent des situations quasi intenables.

Trois ans après son départ, il retrouve le chemin des studios et de la scène avec Love Amongst Ruin, son nouveau projet, qui le voit endosser la lourde responsabilité d’auteur, compositeur et interprète. Outre une typographie très nine-inch-nailienne, le nom du groupe est une référence à peine voilée au célèbre poème de Browning, et plutôt que de ruminer indéfiniment sur les ruines d’un passé glorieux de rock-star, Hewitt a décidé de s’en détourner sans l’ombre d’un regret pour vivre pleinement son nouvel amour.

Rencontre avec un homme enfin libre.

Parle-nous un peu de ce nouveau projet ?

Image de Steve Hewitt - Love amongst Ruin Steve Hewitt : J’ai toujours composé et écris des textes par le passé, mais cela ne me suffisait plus. Mettre en place ce groupe m’a permis d’expérimenter de nouvelles choses et de garder la main sur la musique que je crée. Mais à aucun moment je ne me suis dit que ça allait être un projet solo. Cet album est bel et bien le résultat d’un groupe ! C’est avec cette idée en tête que je me suis lancé dans une phase d’écriture et d’enregistrement. J’ai commencé l’écriture avec Jon Thorne, qui était le bassiste de Lamb. En prenant mes idées de batterie rock, il me soutenait en jouant de la basse plus axée jazz, de telle sorte à avoir deux angles vraiment différents. C’est à partir de ce processus qu’on a pu commencer à réellement écrire. Étant donné qu’on avait déjà la batterie et la basse, on a pu y ajouter la guitare, les voix… Les textes ont réellement pris forme à partir de cette base. C’était également le moyen pour moi d’essayer quelque chose de différent. J’ai passé 20 ans derrière une batterie donc bon… (rires) Ma musique prend réellement vie dans ce projet, qui lui même prend vie dans cet album, qui a lui-même permis à ce groupe d’exister. Cela a été une construction assez progressive…L’album a d’abord été composé et le groupe s’est constitué par la suite.

As-tu été amené à jouer avec différentes personnes avant de choisir celles qui allaient faire partie de Love Amongst Ruin, ou est-ce que tout s’est fait plutôt naturellement ?

Non pas du tout. Cela s’est fait naturellement… J’ai choisi mon ingénieur du son, Paul Corckett, car je le connaissais déjà depuis l’enregistrement de Black Market Music (3e album de Placebo sorti en 2000, NDLR). Mon coproducteur était Donald Ross Skinner, il jouait avec Julian Cope. Ces gars sont vraiment très bons en studio, notamment en arrangement. J’avais quand même besoin de personnes capables de prendre du recul, qui puissent m’aider et me guider dans le travail. Jon est venu en studio pour jouer de la basse, et m’aider à mixer. Mon frangin m’a également aidé à placer mon jeu de guitare. On a travaillé ainsi, puis petit à petit, on s’est rendu compte que ça allait faire un bon album. Cela aurait été un peu bête de ne pas aller jusqu’au bout et de ne pas le jouer en live. Quand tu vois donc que ton travail aboutit à un résultat et que tu franchis une étape, tu continues, tu en franchis une autre, et ainsi de suite…

On a pu donc finir l’enregistrement et quand il a été question de choisir les membres du groupe Jon ne pouvait pas y participer Lamb s’étant reformé. Mon frère non plus. Il est plus âgé, et j’ai tout de suite perçu ce risque parfaitement illustré par les frères Gallagher qui passent leur temps à se disputer (rires). J’ai donc dû lui dire « Désolé Nick, mais tu ne viens pas avec nous »… Il était déçu bien entendu, mais un groupe doit fonctionner, ce qui ne peut être le cas si ses membres se disputent sans arrêt. Ça ne vaut pas le coup. Comme il ne restait plus que moi et Donald Ross Skinner à la guitare, j’ai donc commencé à choisir les musiciens, notamment Keith York pour la batterie. Avec Keith, on est ami depuis près de 20 ans, on a enseigné la batterie ensemble. Je l’ai choisi parce qu’il a un style de jeu assez proche du mien, et il était très emballé. Steve Hove à la guitare m’a été recommandé par Paul, mon ingénieur. Il est jeune, c’est un très bon guitariste. Il est venu nous écouter en studio, et a tout de suite accroché. Je n’ai pour ainsi dire pas fait d’audition. Vraiment. J’ai plutôt choisi les gens que je voulais, pour la qualité de leur musique. J’avais besoin d’être certain que la qualité qu’on attend soit présente, et que je puisse me concentrer sur ma guitare et sur mon chant. Il fallait aussi qu’on nous identifie rapidement.

D’ailleurs comment le nom du groupe a t’il été décidé ?

Image de Love amongst Ruin à la Flèche d'Or Je l’ai choisi, parce que selon moi c’était original… mais visiblement, ça ne l’est plus (rires). Cependant c’était un jeu de mots pour exprimer qu’un « Phœnix renait toujours de ses cendres ». Placebo pour moi fut assez anéantissant, j’ai donc dû me relever et passer à autre chose. J’ai donc pensé que Love Amongst Ruin était assez révélateur de l’état psychologique dans lequel j’étais à cette époque. Il y a trois ans, mon futur semblait vraiment sombre. À présent c’est tout le contraire. Les possibilités sont énormes. Ce sont les mots qui me sont venus à l’esprit. Originellement, cela allait être le nom de l’album, mais j’ai dû choisir un nom de groupe. En cherchant sur Google je me suis aperçu que certains noms sympa étaient déjà pris. Il a fallu décider, mon manager m’a imposé une deadline, et m’a demandé « Pourquoi ne pas tout simplement vous appeler Love Amongst Ruin » ? Je n’étais pas encore entièrement décidé, mais on n’avait plus trop le choix…

Ce nom a un sens à tes yeux, ce qui finalement est le plus important…

Oui, et puis cela a un coté très positif au final. On retient le mot « Love ». Lorsque tu traverses une crise, tu te tournes toujours vers tes proches et leur demande du soutien, et de l’amour, donc… Peu importe ce qui arrive, il y aura toujours l’amour (rires).

En passant du statut de batteur de Placebo à celui de chanteur guitariste de ton propre groupe, perçois-tu les choses de façon différente, notamment ton rapport avec la notoriété ?

(hésitations) Les choses ont peut-être changé effectivement… Peut-être que c’est un peu tôt pour juger de ça… De toute évidence, je vais encore être longtemps connu pour avoir été le batteur de Placebo, surtout en France, où le groupe a toujours eu une reconnaissance énorme. Mais ça ne me dérange pas d’être reconnu comme tel (rires). Je pense que je vais donc toucher une partie des anciens fans de Placebo, mais également une nouvelle audience. Il est encore un peu tôt pour juger de la façon dont les choses vont tourner. Pour comparer les choses : Brian a toujours eu un égo assez développé. En revanche j’ai toujours eu les pieds sur terre. Nous sommes deux animaux très différents. J’apprécie les choses à leur juste valeur. Je suis très reconnaissant pour des gestes simples tels que l’achat de notre album. Je suis encore en train de m’habituer à cette nouvelle place, de recevoir des compliments de personnes qui disent « j’adore ta voix » ou ce genre de chose. J’essaye encore de m’améliorer pour devenir meilleur au chant, car je n’ai pas encore cette « connexion ». Je pense que c’est un travail constant néanmoins. Il faudra encore attendre quelque temps avant qu’on soit réellement rodés. Du point de vue de la notoriété en tant que telle, les gens semblent adopter l’album, donc c’est plutôt bon signe.

Mais c’est sûr que cela doit être bizarre de me voir en devant de scène lorsqu’on m’a vue derrière la batterie pendant un certain temps. Nous verrons ce qu’il en est. Dans un sens, la notoriété, c’est la notoriété, tu ne peux pas la toucher, cela ne reste que la perspective de toi à travers les yeux de quelqu’un d’autre… Donc je ne peux pas réellement en parler. J’essaie de me concentrer sur le plaisir de partager de la musique.

Votre album est sorti il y a quelques semaines maintenant, es-tu content du résultat ?

Image de Love Amongst Ruin Oui ! Pour citer la France, encore une fois, le public a eu une réaction très positive et rapide à sa sortie. C’est une étape très importante, notamment pour moi, car passer du statut de batteur à celui de chanteur n’est pas forcément facile. Les choses auraient très bien pu mal se passer, et les gens auraient pu très vite se débarrasser de cet album. Heureusement c’est l’inverse qui se produit. En tous cas aujourd’hui c’est notre premier show en France, mais on sera de retour bientôt, et il sera alors agréable de voir comment les choses vont évoluer. Car j’adore la France. Vraiment. C’est un pays où les fans sont magiques et ont toujours été très « loyaux ». C’est vraiment très agréable d’y être. À l’instar de l’Italie… Beaucoup mieux que l’Allemagne (rires).

Dans le premier single, qui a sa vidéo également (So Sad), de qui parles-tu ?

D’une façon générale, cette chanson évoque la façon dont certaines personnes peuvent être amenées à changer, et que d’être le témoin ce qu’ils sont en train de devenir n’est pas toujours une chose très facile à accepter. Tu continues à les apprécier, mais c’est dur de se rendre compte que vos vies se séparent… C’est ce que j’essaye avec « So sad to see you fade from me« . Tu ne veux pas que cela se produise, mais c’est inéluctable. C’est un titre profondément universel.

Es-tu toujours nerveux à l’idée de monter sur scène ?

Oui, toujours pas mal le trac (rires) ! Mais en même temps j’apprends. Et je suis beaucoup plus communicatif avec le public que Placebo ne l’a été donc… Il y a toujours un échange avec un public, et ça, je l’apprécie énormément. C’est fantastique de pouvoir s’en imprégner. Mais oui sinon j’ai toujours pas mal le trac 5 minutes avant le show. Mais une fois la première chanson passée tout est tellement bon.

Quel est votre meilleur concert depuis le début de votre tournée ?

On a été assez constant et bon tous les soirs. Ce fut vraiment intense, mais d’un point de vue communication avec le public, Hambourg fut excellent, car le concert avait lieu dans le cadre du Reeperbahn Festival. Il y avait à peu près 900 000 Festivaliers là bas. C’est géant, vraiment, on a passé un excellent moment. Et sans doute Zürich, également, où on a donné un très bon concert, avec une superbe foule. On s’est beaucoup amusé sur scène. Mais avec un peu de chance, vous serez les meilleurs (rires).

Un dernier mot avant de monter sur scène ?

J’espère que le public aimera encore plus Love Amongst Ruin que Placebo (rires). Je pense sincèrement que notre album est bon, donc n’hésitez pas à vous procurer et vous faire votre idée… En tous cas c’est vraiment sympa d’être de retour en France. Merci !

L’épreuve du feu

C’est dans une Flèche d’Or pourtant peu remplie que Steve Hewitt a ravi son auditoire, peu habitué à le voir de si près. Après deux chansons assez laborieuses perturbées par quelques soucis techniques, et malgré un départ des plus rock’n roll sur Blood & Earth, les choses ne mettront pas longtemps à s’arranger et la flèche d’or se réveillera enfin.

Grâce à sa diversité instrumentale, le groupe offre un son rock teinté de jazz, porté par des claviers et un violoncelle impeccable. Le public se laisse prendre aux sonorités planantes du combo ainsi qu’à la voix aérienne de son frontman (Heaven & Hell). Plus décontracté, Steve prendra alors plaisir à discuter avec le public, s’habituant visiblement sans peine à cette nouvelle place, qu’il occupe remarquablement bien. Le groupe montrera sans doute le mieux ses capacités à travers Truth. Steve, cigarette à la main, livre un chant très calme qui se mêle vite à un jeu puissant de guitares lancinantes et d’une batterie insistante. L’audience est alors portée dans un univers proche du songe, les yeux fermés, enveloppée par les sonorités envoûtantes et les rythmes de Keith York. Acclamations lorsque So Sad se fait entendre, leur premier single révélateur de la fougue du groupe.

C’est sur Home que nos Anglais quitteront le plateau. Steve nous ayant rappelé avec humour qu’il n’y aurait pas de chanson de Placebo ce soir. Cependant sur la persistance des rappels, la bande revient nous interpréter un dernier titre (Bring me Down) et ainsi clôturer un set, qui, bien qu’assez court, laissera une flèche d’or ravie, et démontrera que la carrière de Steve Hewitt est décidément bien loin d’être finie.

Crédits photo : Phil Abdou

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A propos de l'auteur

Image de : Photographe et chroniqueur, parfois ! www.philippeabdou.fr

1 commentaire

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  1. 1
    le Lundi 1 novembre 2010
    Domino a écrit :

    Pour tout ceux qui penseraient que je critique tout le temps, je dois souligner que cet article est très bon.

    Très bien mené, très bien écrit, intéressant et donnant envie de tout lire, voila qui est enthousiasmant.

    C’est au moins aussi bon que l’album de Steve d’ailleurs

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