Los Angeles, scène 1 – Warpaint

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Premier volet de notre dossier sur Los Angeles : les anges de Warpaint assurent la bande-son du périple californien.

Los Angeles fascine. Hollywood, Venice Beach, Sunset Boulevard… on connaît si bien sa toponymie qu’on pourra presque dessiner la carte de la deuxième agglomération urbaine des États-Unis sans y avoir jamais mis les pieds. De la création des studios de cinéma à l’éclosion de la surf music, le grand creuset de la culture populaire américaine côté ouest a fait et défait les mythes à la vitesse de la lumière. Mais le star-system ne serait pas le star-system si tout le monde pouvait y accéder. Les histoires de rêves californiens déchus font légion dans la littérature, et le côté superficiel de la ville transparaissait déjà en 1949 dans les histoires sordides de Boulevard du crépuscule, un film de Billy Wilder.

Cette série d’articles sur Los Angeles commence avec une histoire à succès.

Nos héroïnes sont Theresa, Emily, Stella et Jenny. Premier épisode : les musiciennes de Los Angeles sortent un EP nommé Exquisite Corpse (ou cadavre exquis). Les titres sont « étoile », éléphants », « Billie Holiday », « Bourgogne » et « scarabées ». A nous de trouver le sens. Les guitares sont incisives, l’ambiance enveloppante, sensuelle et sombre. Nous sommes sur la promenade de Venice Beach quand le soleil s’est enfin couché, les lumières s’allument et les doutes surgissent. Rencontre avec Stella Mozgawa, la batteuse du groupe Warpaint.

Comment le groupe a-t-il démarré et comment vous êtes-vous rencontrées ?

J’ai rejoint le groupe récemment, à la fin de l’année dernière. Mais concernant l’histoire du groupe, ça a commencé il y a six ans, le jour de la St Valentin 2004. Emily et Theresa se connaissent depuis qu’elles ont 11 ans, elles étaient dans la même chorale à l’école. Elles ont grandi en Oregon ensemble puis elles ont rencontré Jenny, dont la soeur Shannon était la batteuse originelle du groupe. Elles ont commencé à écrire ensemble et beaucoup de ce matériel est ce qui figure sur Exquisite Corpse.

Il y a six chansons sur cet EP…

Oui, dont l’une est une sorte de piste cachée.

Certaines figureront-elles sur votre premier album à paraître, The Fool ?

Non, on pense que peut-être l’une d’elles sera réenregistrée pour l’album mais nous avons beaucoup de chansons déjà prêtes donc ce seront de nouvelles compositions.

Est-ce qu’on y retrouvera la même atmosphère ?

Ce sera similaire mais je pense qu’on a une connaissance plus complète de nos instruments, et il représentera bien la période de quelques mois durant lesquels tout a été écrit et enregistré. On a tourné un certain temps avec Akron Family au début de l’année, c’était la première tournée que je faisais avec les filles. Nous avions enregistré quelques chansons avant ça, maintenant nous venons de finir de mixer. Il reste encore de la post-production à faire.

Vous l’avez enregistré à Los Angeles ?

Oui, à l’origine ça devait être à Portland mais nous avons décidé d’enregistrer à la maison et dans quelques studios. Mais oui, tout a été fait à Los Angeles.

Los Angeles est une ville qui vous inspire particulièrement ?

Je ne pense pas que le groupe soit très réactif à une ville comme LA en particulier, je pense que n’importe quelle ville crée une inspiration. On a besoin de prendre en compte notre environnement en écrivant, car c’est notre vie de tous les jours : faire du jogging, prendre l’air, prendre la voiture… mais ce n’est pas nécessairement tout ce sur lequel nous écrivons. On peut considérer par exemple que les Beach Boys sont très californiens, ils ont un son californien qu’ils ont nourri. Il s’agit juste d’être réactif de façon naturelle à son environnement.

Des séries comme Californication montrent le cynisme ambiant derrière les paillettes…qu’en penses-tu ?

Il y a un aspect noir dans chaque ville. Mais la Californie est très intéressante à ce sujet, notamment à LA et Hollywood car les activités y sont très concentrées. Les acteurs, les musiciens, se sont installés là et ont des jobs alimentaires. C’est un environnement artistique concentré donc c’est très différent d’une ville dans laquelle les gens ont grandi et ont trouvé un job. Cette atmosphère la rend très intéressante. Mais il y a également beaucoup de rêves brisés.

As-tu vu Dead Man avec Johnny Deep ? Quand je l’ai vu je me suis dit « merde, c’est exactement la situation qu’ont vécu la plupart des gens que je connais à Los Angeles ». Ils sont venus à LA car on leur a offert un job par exemple, ils ont passé sans cesse des auditions, ont essayé de rejoindre des groupes de musique, avaient beaucoup de rêves et sont restés coincés dans cette routine longtemps. On peut rechercher ça pendant des années, se sentir misérable et ne jamais vivre finalement. C’est une métropole mais la façon de vivre est vraiment concentrée sur les buts des gens…leurs rêves d’enfance…et ensuite ça te revient d’une façon positive ou négative.

Il y a une chanson nommée Billie Holiday sur l’EP, est-ce un hommage ?

Il faudrait plutôt demander à Theresa ou Emily mais je ne pense pas que ce soit un hommage, elles avaient un poster de Billie Holiday dans leur studio de répétition quand elles écrivaient. Elles avaient envie d’un mantra, et ont donc épelé les lettres de son nom. On adore toutes Billie Holiday, ce n’est pas vraiment du hasard, mais c’est plus du respect qu’un véritable hommage.

Quand et comment as-tu décidé de rejoindre le groupe, après le départ de l’ancienne batteuse Shannon ?

Avant ça, j’étais plus une « band slut », je jouais avec plein de gens en même temps sans m’investir dans une chose. Mais c’est le premier groupe dans lequel je me sens aussi à l’aise, et je concentre mon énergie dessus. J’étais fan d’elles avant de rejoindre le groupe. C’était une décision très naturelle, cette opportunité s’est présentée, et c’est la nature de la vie parfois : une porte se clot et une autre s’ouvre, c’était un peu la situation du groupe.

Comment ressens-tu la scène ?

C’est l’une de mes choses préférées au monde. C’est meilleure que la bouffe. On s’entend très bien sur scène et c’est un élément important du groupe, c’est notre vie en ce moment. C’est la meilleure partie pour nous et on est heureuses de jouer les nouvelles chansons en dehors du studio. On a fait l’arrangement assez rapidement pour l’album donc les jouer en tournée a été un vrai processus créatif.

Vous avez joué au SXSW au printemps dernier…

Oui, on a fait beaucoup de concerts ! J’y avais déjà été trois fois avant et ça avait toujours été très chargé mais jamais autant que cette année…On a dit « oui » à tout ce qu’on nous a proposé et on s’est retrouvées à jouer trois-quatre concerts par jour. SXSW est une opportunité pour faire la fête, un peu trop, on retrouve plein d’autres groupes. C’était incroyable, c’était comme une mini-tournée sur trois ou quatre jours. On avait pas fait vraiment de tournée avant ça, avec l’enregistrement de l’album.

Crédits photo : Mia Kirby

A venir dans le dossier Los Angeles : Bret Easton Ellis et Imperial Bedrooms, Le festival America, et une série de photos d’Eva E. Davier.

En savoir +

Sortie de l’album The Fool (Rough Trade / Beggars) le 26 octobre 2010.

Dates de la tournée française : La Cigale, Paris – Festival Les Inrocks le 6 novembre, L’Olympic, Nantes – Festival Les Inrocks le 7 novembre, Théâtre Barbey, Bordeaux le 8 novembre, Le Bikini, Toulouse – Festival Les Inrocks le 9 novembre.

Site officiel : http://www.warpaintwarpaint.com/

Myspace : http://www.myspace.com/worldwartour

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: Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

5 commentaires

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  1. 1
    le Vendredi 24 septembre 2010
    Sam a écrit :

    J’AIME. On sent déjà le soleil de L.A. nous chauffer la nuque.

  2. 2
    le Vendredi 24 septembre 2010
    Eymeric a écrit :

    Excellente idée que cette série d’articles et très bonne interview qui m’a du coup fait découvrir les Warpaint. C’est étrange parce que leur musique a quelquechose de très lumineux d’apparence mais avec une bonne dose d’étrangeté et de mélancolie… Tout à fait LA!

  3. 3
    Domino
    le Vendredi 24 septembre 2010
    Domino a écrit :

    Superbe groupe! Je conseille définitivement leur 1er EP qui est une merveille! En esperant que l’album suive…

  4. 4
    le Samedi 25 septembre 2010
    Sam a écrit :

    D’ailleurs je suis vraiment heureux qu’elles ne gardent aucune pièce du EP, celui-ci est magnifique mais ça montre qu’elles ne recyclent pas. Tant mieux pour nous! Plus que quelques semaines à patienter…

  5. 5
    le Dimanche 26 septembre 2010
    Julia a écrit :

    Merci pour vos commentaires, je trouve effectivement ce côté mélancolique mais lumineux (notamment sur scène) représentatif de [ce que je sais de] Los Angeles.

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