Lord Of War

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"Il y a plus de 550 millions d'armes en circulations dans le monde. Une personne sur douze en possède une. La seule question qui se pose c'est comment armer les onze autres."

lordwarC’est par ces mots prononcés par Victor Orlov ( Nicolas Cage ) que s’ouvre le troisième film du néo-zélandais Andrew Niccol . À travers cette success story d’un banal petit trafiquant d’armes, le réalisateur de Bienvenue à Gattaca, se livre à une violente diatribe sociale emprunt d’une audace et d’un mordant à toutes épreuves.

« Je n’ai jamais rien vendu à Ben Laden. Pas pour des raisons morales, mais parce qu’il faisait des chèques en bois . »

Humour noir, scènes chocs et phrases assassines en voix off. Lord of War est un véritable petit chef d’oeuvre de cynisme et d’anti-politiquement correct. Entre hôtels de luxe et scènes de massacres collectifs, entre dictateurs psychopathes et paisible vie de famille, Orlov va vous emmener pour 2h00 d’un trip aux confins du sordide et de l’inhumain.

Essentiellement centré sur le personnage d’Orlov, le film fait également la part belle à des seconds rôles de grande classe. Mention spéciale à Jared Leto, toujours aussi bon ainsi qu’à Ethan Hawke, excellent en inspecteur idéaliste pourchassant les trafiquants d’armes aux quatre coins du globe.

Marchand de mort, Orlov ne redoute qu’une seule chose: la paix. Le chaos et la guerre représentent son fond de commerce. Il vends des armes comme d’autres vendraient des voitures. Il le dira d’ailleurs lui même: c’est la seule chose qu’il sache faire. Profondément immoral, Orlov n’en est pas moins attachant et l’on suit avec fascination sa lente et lucide descente aux enfers. Pleinement conscient de son rôle et des conséquences de ses actes, il fait preuve d’un sang froid et d’une décontraction qui glace le sang.

Se défendant pourtant d’incarner le mal absolu, Orlov se décrit volontiers comme n’étant au final qu’un mal nécessaire, ne faisant que palier à une demande sans cesse grandissante d’une humanité qui n’aura jamais déployée autant d’acharnement à se détruire elle même. C’est donc avec cynisme et réalisme qu’il résumera parfaitement la situation: « Vous savez qui héritera du monde ? Les trafiquants d’armes. Car les autres seront beaucoup trop occupés à s’entre-tuer. »

À travers ce personnage, inspiré de 5 authentiques trafiquants, c’est tout le système qui est visé avec en premier lieu l’hypocrisie des grandes puissances, premières pourvoyeuses en armes au monde avec les États-Unis, la France et la Grande Bretagne en tête de wagon. Lord of War est donc avant tout un film engagé et Andrew Nicoll se la jouerait presque Michael Moore, en misant sur la dérision, l’humour noir et l’absurde pour renforcer l’horreur des situations décrites.

Un film intelligent et audacieux dont il serait dommage de passer à côté.

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Image de : Fondateur de Discordance.

1 commentaire

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    Stedim
    le Mercredi 27 juin 2007
    Stedim a écrit :

    Chouette chronique !
    Complètement d’accord !

    Film revu récemment avec grand plaisir.

    J’aime beaucoup quand l’effort de dénonciation tente le discours cynique pour forcer l’impact.

    Dans une moindre mesure, je me dis aussi que ce film présente un autre intérêt : Un spectateur complètement hermétique à toute tentative de moralisation pourrait même simplement fort bien se satisfaire des scènes d’action ! ;)

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