Looking for Mister Castang

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Arrivée au Théâtre Marigny. Du vin chaud est servi à l'entrée pour les addicts de la cigarette ou les malheureux attendant leur rendez-vous. Le Hall se remplie d'une audience en manteaux de fourrure qui se déverse doucement dans la fosse à orchestre aux fauteuils de velours rouge.

shapeimage_11Quelle est donc la pièce qui fait salle comble d’un public bien plus bourgeois que bohème ? Une grande tragédie classique ou peut-être une oeuvre expérimentale des plus contemporaines ? Un peu des deux et bien plus encore, car c’est Looking For Mister Castang, la dernière création d’ Edouard Baer qui amène tout ce beau monde ce soir.

Mesdames accrochez-vous à vos chignons et messieurs à vos cravates, car les règles sont ici délibérément oubliées, voire complètement dénigrées. Pour commencer le rideau s’ouvre sur la troupe en train de saluer son audience et un Edouard Baer tremblant qui vient remercier son public. Bien, et la suite ? La trame est simple : Monsieur Castang, célèbre et mystérieux producteur d’Hollywood, souhaite donner un premier rôle à Luigi ( Edouard Baer ). S’en suit alors deux heures de péripéties complètement délurées à la recherche de Monsieur Castang, entre la Silicon Valley et la forêt Amazonienne, entre cirque et danse, entre théâtre et comédie musicale. Car chez monsieur Baer on ne fait pas les choses à moitié et les personnages croisés en chemin seront aussi colorés que talentueux.

Nous auront donc droit à une démonstration de fouet par Indiana Monique, l’ultime héritière du réputé Indiana Jones ou à un concert de Hard Rock royalement mauvais. Mélange de punk excité et d’ados baragouinant un yaourt anglophone tout en secouant sa guitare plus qu’il ne gratte les cordes, la prestation est à mourir de rire. Sauf peut-être pour la pauvre dame du deuxième rang qui se retrouve maltraitée par notre hard-rockeur qui non seulement décide d’escalader le public, mais en profite également pour attraper par les cheveux la dame en question, la secouant dans une pulsion bestiale digne d’un homme de Cro-Magnon. Et oui, n’est pas star du rock qui veut ! Passons le sorcier Africain et son sbire papou, bien que leurs rôles soient de la plus grande importance pour notre pauvre Luigi, ainsi qu’un rival inattendu en la personne d’un yorkshire et de son maitre, bien décidés à conquérir Hollywood.

Mais Looking For Mister Castang ne serait pas une création d’ Edouard Baer si les ancestrales frontières du théâtre à l’italienne n’étaient pas un peu dépassées. Des danseurs brésilien aux joueurs de banjo mexicains, le public aura droit à son lot d’hurluberlus débarquant de tous les côtés pour mettre un peu de vie dans cette foule trop sage. C’est d’ailleurs de ces interventions que se détache une nouvelle protagoniste, discrètement infiltrée parmi le public. Petite brunette incroyablement sobre au milieu de tout ces fous à paillettes et à plumes, la demoiselle est en fait le véritable fil rouge de la pièce, bien plus que la recherche de Mister Castang qui finit par s’oublier tant elle embarque Luigi dans des situations complètement incongrues.

C’est finalement un thème déjà traité maintes fois que nous présente avec tant de génie Edouard Baer : le parcours initiatique, le voyage pour se découvrir et prendre conscience d’un ordre des valeurs qui n’était peut-être pas ce que l’on aurait imaginé. Si la fin un peu trop mielleuse peut faire sourire, elle ne plombe en rien la direction complètement paranormale que prend la pièce durant ses deux heures. Un moment drôle, surprenant, intelligent et juste, à savourer au plus vite au Théâtre Marigny. Attention elle n’est présentée que jusqu’au 10 janvier !

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A propos de l'auteur

Image de : J'ai atterri à Paris à mes 18 ans pour ma licence en art du spectacle chorégraphique. La danse, ou plutôt les danses sont en effet ma passion, aussi bien dans la pratique que sous leur aspect théorique. J'aime observer, analyser, comparer et essayer de comprendre, mais étant danseuse et comédienne avant tout, je sais aussi qu'il n'y a aucune vérité de jugement au niveau de l'art, il n'y a que des points de vue. Je reviens juste d'une année sabbatique qui m'a conduit entre San Francisco et Los Angeles et je m'apprête donc à continuer mes études avec un master en études théâtrales (le but étant d'intégrer un master pro en journalisme culturel l'année prochaine).

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