Looking for Eric – Ken Loach

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Un ovni à Cannes, qui atterrit directement dans nos salles : Looking for Eric . Ken Loach, Palme d'or il n'y a pas si longtemps avec Le vent se lève, nous propose ici un film drôle, qui parle de foot, starring Eric Cantona de surcroît : cela a de quoi surprendre plus d'un cinéphile. C'est donc avec un mélange de curiosité, de défiance et d'incrédulité qu'on s'assoit dans son siège.

eric_logo_image01Pour nous, bons français que nous sommes, Cantona c’est l’accent du Sud, des films pas très glorieux ( Mookie, Le Bonheur est dans le pré ), et un bon joueur de foot, dont on se souvient vaguement qu’il a joué pour l’OM. Pour les fans de Manchester United, c’est King Eric, un Dieu vivant, une star du ballon rond, qui a amené les mancuniens vers la victoire plus d’une fois ! C’est à croire qu’on ne sait rien de notre Canto national.

L’homonyme d’ Eric Cantona, c’est Eric Bishop ( Steve Evets, impressionnant), facteur dans une petite ville anglaise, qui enchaine les malheurs : deux ados en crise à charge, job pourri, quitté par la femme de sa vie, bref, un Eric aux prises avec l’inconditionnelle sensation d’avoir raté sa vie. Alors qu’il médite justement sur ça, il s’adresse à son poster de Cantona : « How is your self-esteem Eric ? Do you ever think about killing yourself ? ». suite à ça, le vrai Eric Cantona lui répond. !

Les troubles psychologiques d’ Eric, mêlés aux généreux pétards qu’il s’enfile, nous laissent un peu dans le doute : alors, ce Cantona, est-il vraiment là ? C’est tout le bonheur de film, on ne sait pas, mais au fond, ça n’a pas beaucoup d’importance. Eric Cantona, sa carrure, son accent, ses proverbes, son parlé franglais, sont autant de détails qui soulignent l’absurdité de la situation, et confirment qu’il serait inutile d’aller plus loin dans la tentative d’analyse. Le décalage entre la situation et le personnage font qu’il est absolument impossible de prendre la présence du footballer au sérieux, alors mieux vaut en rire !

Ken Loach a beau s’essayer au comique, il n’en oublie pourtant pas les thèmes de ses films antérieurs (notamment It’s a Free world .) : la réalité morose d’un prolétariat en crise. La violence, le vol et la misère sont l’apanage des fils d’ Eric, tandis que ce dernier qui ne sait plus quoi faire pour les sortir de là, s’enfonce lui aussi, à grands coups d’insultes, dans ce marasme. Dénonciation qui atteint son paroxysme lors de l’arrestation à leur domicile de la famille par des policiers plus qu’hostiles.

Pourtant, malgré tout ça, restent deux choses : le foot et les potes. Comme le dit le pilier de bar « you can change your wife, change your politics, change your religion but never, never can you change your favourite football team » ! Le foot permet de se lâcher, de crier, de pleurer, de ne faire qu’un avec une masse humaine et de se défouler : le football, élément fédérateur, permet de moins penser à la monotonie du quotidien.

eric_logo_imageC’est un peu ça le message du film : c’est en s’appropriant les choses qui nous tiennent à coeur qu’on peut au mieux les apprécier… Ce n’est pas parce que Cantona est français que les mancuniens ne scandent pas son nom sur l’air de la Marseillaise ! L’unité, par le foot et pour l’amitié : Ken Loach nous délivre finalement une morale un peu banale mais sans prétentions, qu’on apprécie justement pour ces raisons. on ne s’étonnera pas par la suite qu’il n’ait rien eu à Cannes !

Le final de Looking for Eric, l’ Opération Cantona, est une merveille absolue, qui prend le spectateur complètement par surprise et réveille l’intrigue (un peu) endormie, achevant par là même de nous convaincre de ne pas regretter d’être allé voir ce film. Même si Ken Loach nous livre un film qui oscille entre le dramatique et le comique, ce format hybride est novateur.

Terminons cette chronique sur les mots de Cantona, qui, avouons-le, joue mieux au foot qu’il ne fait de la philosophie, mais nous fait bien rire : « When the seagulls follow the trawler, it’s because they think sardines will be thrown into the sea ».

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Looking for Eric, de Ken Loach
Dans les salles depuis le 27 Mai 2009
Avec : Eric Cantona, Steve Evets, Stephanie Bishop…
1h59min
Britannique, français, italien, belge, 2008

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=136219.html‘>Fiche AlloCiné
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18886107&cfilm=136219.html‘>Bande-Annonce
http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18886107&cfilm=136219.html‘>Interview

A propos de l'auteur

Image de : Virgile n’a pas écrit Les Bucoliques, ni L’Enéide. Il n’est pas poète, encore moins latin et surtout pas mort. D’ailleurs, il n’est même pas un il. Reniant ses héritages classiques, Virgile connaît toutes les répliques d'Indiana Jones et la Dernière Croisade, loupe son arrêt si elle a le dernier Margaret Atwood entre les mains, et a déjà survécu sur des sandwiches cornichons-moutarde. Elle va avoir tendance à considérer la publicité comme une forme d’art, se transformant en audio guide dans les couloirs du métro, les salles de cinéma et même devant du mobilier urbain qui n'en demandait pas tant. Outré, Virgile le poète s’en retourne aux Enfers pendant que Virgile l'anachronisme rêve d'embarquer pour un aller simple destination Osaka. Pour plus d'info: http://www.twitter.com/_Virgile

1 commentaire

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  1. 1
    le Mardi 16 juin 2009
    guillaume a écrit :

    Entièrement d’accord avec ta chronique.
    Ce qui m’a beaucoup marqué, c’est cette désillusion qu’il y a par rapport aux deux derniers lieux de socialisation populaires, le pub et le stade. Je trouve qu’on ressent dans le film une nostalgie et une peur de voir ces lieux perdre leurs âmes, si ce n’est déjà une constatation. J’ai beaucoup aimé le débat au pub avec le supporter du fc united. Faut-il supporter une équipe jusqu’au bout même si elle a perdu toute son essence comme manchester united?
    J’ai vu beaucoup de nostalgie dans ce film pour une certaine époque que l’on ne peut que partager quand on aime le football comme moi.

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