Lolita – Nabokov

par Elsa|
Il est difficile de cerner Nabokov… Ecrivain d’origine russe, naturalisé américain, mondialement connu car auteur d’une quarantaine d’ouvrages hétéroclites, il a beaucoup étonné et parfois choqué.

Et c’est le cas pour son roman Lolita.

lolitaNon seulement Lolita doit être considéré comme un chef d’oeuvre de la littérature du 20ème siècle mais, de plus, même vieux de plusieurs décennies, l’ouvrage continue à scandaliser. Dès sa parution (il a été refusé par tous les grands éditeurs de l’époque) mais, encore aujourd’hui, il prête à polémique.

Il n’est d’ailleurs guère surprenant que Kubrick ait choisi de porter le livre à l’écran.

Surprenant encore, l’avant propos, partie intégrante du roman, qui apprend au lecteur qu’il a sous les yeux le manuscrit de Humbert Humbert, le personnage principal. L’oeuvre aurait été publiée après sa mort, par un médecin.

Ainsi naît un sentiment étrange : le lecteur se sent voyeur lorsqu’il découvre le journal intime d’un tel personnage. Le fait qu’il s’adresse toujours directement à lui renforce ce sentiment.

« Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. »
Cette phrase, qui sert d’ouverture au journal, donne le ton. Une prose alambiquée qui se lit comme un poème tant chaque phrase semble avoir été pensée avec soin avant d’être écrite.

Le lecteur est tout de suite mis face à l’obsession de Humbert Humbert, un Européen quadragénaire, envers Lolita, une « nymphette » américaine de 12 ans. Toute l’oeuvre est construite sur des oppositions : l’adulte face à l’enfant, la culture et l’éloquence de l’Européen confrontées au côté populaire voire vulgaire de la jeune Américaine.

Après moultes péripéties dont je ne vous ferai pas le récit afin que vous, lecteurs avides, ayez la curiosité de (re)lire ce livre, la nymphette et Humbert Humbert se lance dans un road trip de plusieurs mois. Les paysages sont décrits au lecteur qui se retrouve plongé dans cette Amérique des années 50.

Ainsi, au delà du sujet sulfureux abordé, Nabokov nous a offert un bijou littéraire. Par bien des côtés, il fait penser à American Psycho de Bret Easton Ellis . Le lecteur se retrouve propulsé aux côtés du « méchant ». Malgré lui, il finit par trouver le personnage de Humbert Humbert ou de Pat Bateman, sympathique. Leur culture et leur humour cynique ravissent. Comme le meurtrier fou, le pédophile nous fascine.
Dans les deux cas, il s’agit de deux hommes intégrés dans la société qui renvoient une image d’eux séduisante mais qui cachent sous l’enveloppe extérieure les aspects humains les plus sombres.

Dans le cas de Bret Easton Ellis, les fans ont eu dès 2005 le plaisir de lire Glamorama . Pour Nabokov, il ne nous reste plus qu’à découvrir son immense oeuvre, d’ Ada ou l’ ardeur à Mademoiselle O ou Pnine, des heures de lecture en perspective.

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3 commentaires

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  1. 1
    le Lundi 7 avril 2008
    LSARAH a écrit :

    ABSOLUMENT D ACCORD/JE L AI CITE DANS MES LIVRES(site myspace) AUX COTES DE PESSOA ET CERVANTES…Je citerai un film ou j ai ressenti la même émotion / UN ADULTE QUI « TOMBE » pour et en amour avec « une idée de l amour » ou « une idée de la beauté » en donnant à ces deux mots leur sens le plus total, et au delà, de ce qui peut parfois paraitre anecdotique/ MORT A VENISE » Un film donc, mais ou la relation: Adulte/Enfant ou ado, est mise en abîme…A refléchir…SARAH

  2. 2
    le Samedi 19 avril 2008
    Dahlia a écrit :

    Je ne veux pas jouer les trouble-fête mais là, le rapport avec American Psycho, faut VRAIMENT le chercher loin! Ce sont quand même deux livres qui n’ont strictement rien à voir que ça soit dans l’époque, le style, le caractère du personnage principal… Et puis Patrick bateman est quand même un crétin un peu inculte là où Humbert Humert est prof d’université… Ceci dit, si tu souhaites en savoir plus sur l’univers très riche de Lolita, je te conseille la lecture de ce très bon petit livre qui est une bonne étude critique:
    http://www.amazon.fr/Lolita-e-Couturier-Maurice/dp/2862608300/ref=sr_1_6?ie=UTF8&s=books&qid=1208559066&sr=8-6

  3. 3
    le Dimanche 20 avril 2008
    Elsa a écrit :

    Tu as raison de dire que les deux livres n’ont rien à voir et que l’on ne peut pas comparer la prose recherchée de Nabokov au style concis de Ellis, ni le personnage de Bateman a H.H… Pourtant, ce sont deux protagonistes à double facette, qui s’adressent directement à nous, lecteurs, pour nous décrire leur quotidien, deux personnages qui se rendent plus ou moins bien compte de leur dérives… enfin, personnellement, je trouve que l’approche de la narration dans les deux oeuvres est similaire sur bien des points.

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