Loin de la Terre brûlée

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Comme tout bon Arriaga qui se respecte, le scénario de Loin de la Terre brûlée nous entraîne dans une histoire chorale de 3 femmes, où l’on attend le déclic qui nous fait remettre les pièces du puzzle dans le bon ordre, afin d’en comprendre le sens. Malheureusement, le déclic arrivé et le film fini, on attend toujours le message ou même la morale, n’importe quoi pour éclairer ne serait-ce qu’un petit peu cet imbroglio. Raté.

terre_brulee_logo_premiere_pageTrois femmes, ou plus précisément, une femme, une jeune femme et une adolescente. Trois femmes qui, chacune de leur côté, vont vivre des drames. Des drames familiaux, sociaux, imprévus. Le film suit les aléas de ces vies et de leur confrontation progressive, avec leurs peurs et leurs doutes, leurs vérités et leurs mensonges.

Le poids des cicatrices

Arriaga essaye de filmer l’introspection que chacune de ces femmes effectue sur elle-même, et ainsi, toutes les trois nous montrent leur intimité et nous dévoilent la façon dont elles se sont forgées en gardant leurs cicatrices. La première, Kim Basinger, troublante d’émotion en femme-trophée, cache celle de l’ablation de son sein avec honte. La seconde, Charlize Theron, femme blasée qui crie au secours en silence, s’inflige elle-même des blessures à l’insu de tous. Mariana ( Jennifer Lawrence ), elle, se brûle le bras au briquet pour ne pas oublier ce moment avec un certain Santiago.

Ces trois façons d’arborer (ou de dissimuler) des cicatrices correspondent en quelque sorte à trois visions de la vie et les confrontations avec ses propres sentiments que chacune implique. Pourtant, toutes autant qu’elles sont, elles essayent désespérément tout au long du film de ressentir à nouveau, de surmonter le drame de ces marques du passé.

Le paradis perdu

À la croisée des chemins entre ces femmes, une histoire, celle d’une caravane qui a explosé, dans le désert, loin, entre ici et nulle part. Cette caravane, c’est un peu le paradis perdu, où l’on réapprend à vivre et à sentir. Mais ce paradis, on le brûle parce qu’on a peur de trop y croire.

On le brûle aussi parce que quand on est là-bas, on manque au monde extérieur. Et Loin de la Terre brûlée est aussi un film sur l’absence des êtres chers, comme c’est le cas pour Mariana et sa mère ou pour Maria et son père. En ça, le titre français qui rajoute le « loin » au titre anglais « The Burning Plain » a fait une surtraduction qui tombe juste (pour une fois.).

Relation(s)

Ce film va même au-delà de l’analyse de l’absence et tente de dépecer les relations dans leur entièreté, en particulier celles entre mères et filles, mais aussi celles au sein d’un couple. Malheureusement, c’est dans cette tentative de dissection des relations que le film se perd. Le méli-mélo si incroyable dans lequel on se retrouvait dans 21 grammes, passe ici à un niveau générationnel et sentimental, et franchement, on n’y comprend vraiment rien. Les enfants imitent leurs parents, d’accord. L’inverse, ok. On sent que ces entrelacs veulent nous dire quelque chose, mais quoi exactement, on ne sait pas, et c’est vraiment dommage.

Le deuxième problème de ce film a un nom : Charlize Thero n. Dans ce rôle étriqué et difficile à jouer de la belle ténébreuse frigide, le rôle de Sylvia a du mal à convaincre. Pourtant, on passe outre cette petite erreur de casting, car elle est sublimée par le reste des actrices : Kim Basinger étant absolument formidable, de la racine de ses cheveux à son sourire crispé, et la révélation du film, Jennifer Lawrence étant à couper le souffle.

Le dernier constat décevant se situe à un niveau technique : l’absence de la caméra d’ Iñáritu se fait cruellement sentir. Certes, on ne juge pas un film avec des « si » mais les lourdeurs de la musique qui démarre toujours au mauvais moment et de certains montages (surtout le final) font qu’on décroche par intervalles. On espère seulement revoir le duo Iñáritu et Arriaga pour un prochain film et en attendant, on se repasse 21 grammes, Amours chiennes et Babel .

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A propos de l'auteur

Image de : Virgile n’a pas écrit Les Bucoliques, ni L’Enéide. Il n’est pas poète, encore moins latin et surtout pas mort. D’ailleurs, il n’est même pas un il. Reniant ses héritages classiques, Virgile connaît toutes les répliques d'Indiana Jones et la Dernière Croisade, loupe son arrêt si elle a le dernier Margaret Atwood entre les mains, et a déjà survécu sur des sandwiches cornichons-moutarde. Elle va avoir tendance à considérer la publicité comme une forme d’art, se transformant en audio guide dans les couloirs du métro, les salles de cinéma et même devant du mobilier urbain qui n'en demandait pas tant. Outré, Virgile le poète s’en retourne aux Enfers pendant que Virgile l'anachronisme rêve d'embarquer pour un aller simple destination Osaka. Pour plus d'info: http://www.twitter.com/_Virgile

2 commentaires

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  1. 1
    Trots
    le Lundi 23 mars 2009
    Trots a écrit :

    Idem, j’ai attendu, attendu ce moment où j’allais être transportée, et il n’est jamais venu… Malgré tout, j’en retiendrai une très belle photo et une extraordinaire Kim Basinger.

  2. 2
    le Lundi 13 avril 2009
    Nessie a écrit :

    Je ne comprend pas les critiques sur Charlize Theron. Je l’ai trouvé phénoménal dans ce rôle! Dès le début on pouvait sentir qu’elle regrettait quelque chose, même ses yeux étaient triste. J’ai vraiment ressenti les choses et je n’ai pas décroché une seule seconde, si ce n’est pour le montage de la fin. C’est un très bon film, peut être un peu compliqué à suivre à cause du « méli-mélo », mais les 3 actrices étaient extraordinaire.

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