Loic Swiny

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Personnalité exubérante et flamboyante, Loïc Swiny également connu sous le nom de Mr SweeeN réalise ses photos comme il s'exprime : avec panache et beaucoup de passion. Aussi à l'aise dans une fosse de concert qu'en studio, il cultive le goût des extrêmes en jouant tantôt sur une esthétique très plastique et fétichisée, tantôt sur la captation de l'intensité de moments de fièvre nocturnes complètement roots .

portrait-sweeen-_n_b__photo Loïc Swiny serait une incarnation de la chanson Champagne de Jacques Higelin : l’ode à la beauté de la nuit, la fantasmatique des icônes féminines, les fulgurances de la fête et de ses plaisirs. Un mélange aussi enivrant que séduisant, à découvrir maintenant.

Tes premières interactions avec l’image, ce n’était pas du tout la photographie, mais. La peinture. Quel a été le déclic, ou l’envie qui fait que tu es passé de l’un à l’autre ?

Le fait d’avoir grandi – et de vivre – à Nice crée une proximité immédiate entre les personnes impliquées dans la création artistique, et cette « exception culturelle » typique à la ville. Sur ce point, « L’école de Nice » et ses mouvements connexes ( Fluxus ) on réussi à créer un terrain réellement fertile dans la région. C’est donc assez naturellement qu’au début des années 90, poussé par le besoin et cherchant un premier terrain d’expression que j’ai découvert l’univers de la « Figuration Libre ». Sa facilité d’approche et la richesse symbolique proposée par ses représentants les plus emblématiques ( Haring, Combas, Di Rosa .) m’ont immédiatement séduit et c’est dans ce domaine que j’ai choisi d’entreprendre mes premières recherches et propositions. Le « déclic » ou plutôt la nécessité d’un changement de support est arrivée bien plus tard : il aura fallu que par le biais de mon activité professionnelle la plus récurrente, la direction artistique multimédia, je découvre les joies de la création assistée par ordinateur et ses multiples évolutions pour que l’évidence photo numérique vienne s’imposer.

Donc le webdesign et webmastering, c’est seulement pour manger ou malgré tout quelque chose qui t’éclate ?

Globalement, étant considéré aujourd’hui comme un « dinosaure » de la profession, je préfère utiliser le terme d’infographiste, c’est moins réducteur. Même si elles ont pris un virage résolument multimédia depuis 1996 mes implications professionnelles ne se sont heureusement jamais restreintes à un champ d’expression aussi partiel. L’expérience aidant, mes fonctions de Directeur Artistique m’ont justement permis de me libérer de cette segmentation professionnelle assez castratrice pour toute personne créative.

Pour répondre à ta question, bien sûr qu’il s’agit d’un domaine où « je m’éclate ». et heureusement ! Pour l’avoir subi dans de nombreuses périodes de vaches maigres, je ne pense pas que je serai capable de passer plus de six mois à bosser dans un domaine où je ne pourrais m’épanouir complètement.
C’est une position qui pourrait paraître quelque peu arrogante au vu de notre situation sociale actuelle, mais il s’agit d’un choix qui se paie au prix fort tous les jours. La position d’un infographiste indépendant en 2008 est loin d’être commode ; les écueils, qu’ils soient administratifs, financiers ou même tout simplement humains sont nombreux et il faut avoir la passion du métier bien accrochée pour ne pas se sentir quotidiennement découragé. et puis, comme je le dis souvent sans aucune forme de fatalisme : « De toute façon je ne sais rien faire d’autre ».

Comment naît un projet tel que « Vierges de cuir » ? Un besoin de se réapproprier cette imagerie du milieu et de la musique goth que tu aimes, et dans laquelle tu baignes depuis plusieurs années ?

loic_swiny_vierges_de_cuirphoto-2Houlala l’amalgame !!! (rires) Que nenni ma chère Dahlia, que nenni !

Même s’il est exact que ma curiosité musicale m’a porté depuis quelques années à venir frayer du coté obscur du rock, je marque une différenciation des plus circonspecte entre cette implication culturelle des plus enrichissante et mon implication artistique en tant que photographe/plasticien, cette dernière étant en premier lieu plus axée sur un champ d’expression fétichiste (surtout concernant les « vierges »).

Que la plupart de mes modèles soient issus de la tribu urbaine Goth/Dark/Indus’ n’est que le résultat d’une factualité vestimentaire dont je ne fais que tirer un lâche avantage. (sourire)

Concernant la genèse des Vierges c’est une toute autre histoire. Dans le courant de l’année 2005 et suite à l’une de ces nombreuses rencontres que l’on peut faire sur Internet, j’ai sympathisé avec une charmante personne qui se trouvait être une Maîtresse Domina des plus délicieuse. Le temps de quelques échanges et proximité aidant, nous avons rapidement convenus d’une séance photo assez informelle. L’univers BDSM ne m’étant à l’époque que peu familier il ne m’en fallait pas plus pour que ma curiosité se réjouisse d’une rencontre aussi potentiellement enrichissante. Dans la même période, le hasard faisant bien les choses, je me suis retrouvé à héberger le temps de quelques semaines une autre charmante personne, chanteuse lyrique de son état, qui m’avait été recommandée par un ami… c’était pour dépanner.

Pour faire simple, une « Maîtresse », une « Diva », un « Artiste » réunis en un même lieu. alchimie dangereuse ; il n’en a pas fallu bien plus pour que rapidement naisse une vision fondatrice mêlant une forme de grâce absolue, presque religieuse, et esthétique fétichiste. C’était la première « Vierge ». que nous avons immédiatement mis en boite tous les trois ; par la suite le reste du projet fût un développement logique de cette première vision.

« Vierges de cuir » a même fait l’objet d’une exposition. Il me semble d’ailleurs que tu as été confronté à une censure insidieuse qu’on voulait faire subir à tes images.

Pas exactement « censure », assurément « insidieuse ». Disons en substance que certaines formes d’expression ont plus de mal à « s’exposer » que d’autres, surtout lorsqu’il s’agit de thématiques mêlant l’esthétique d’une sexualité encore très alternative (pour ne pas dire tabou) à une imagerie ouvertement religieuse ; si tu ajoutes à l’ensemble un conflit évident entre une expression artistique pure et les nécessités d’un marché vendeur, tu obtiendras une idée assez claire de la difficulté que peut représenter la recherche d’un partenaire de diffusion.
Paradoxalement et en terme d’ouverture d’esprit, j’en ai rencontrés certains qui faisaient parfois preuve d’une suffisance assez crasse en la matière.

Avec « PandoreS » tu es passé à la vitesse supérieure, tant dans la mise en scène des codes fétichistes, que la façon dont tu as pensé la (future) mise en situation de tes photos.

loic_swiny_pandoresphoto« PandoreS » est un projet visant à l’objectivation de la femme fétiche qui se présente comme une réponse aux « Vierges » qui traitait de sa sacralisation.
Dans ce cadre, une présentation au format « objet » à taille réelle est une décision qui est apparue comme une évidence lorsque j’ai décidé de mettre en place ce second projet.
Il y a tout d’abord eu l’envie de ne plus calibrer ces recherches pour un support de présentation classique ne rendant, à mon goût, que peu hommage à la force symbolique recherchée et, en second lieu, une volonté de maturation du rendu dans le but de préciser un positionnement concret en tant que plasticien plus qu’en tant que photographe. La mise en scène plus adéquate des codes fétichistes n’est quand à elle que le résultat d’une implication de plus en plus personnelle dans cet univers. (sourire)

A l’opposé du goth, tu adores l’univers des rappeurs bling-bling américains et le côté outrancier du funk. Et pourtant – pour l’instant du moins – tu l’as à peine exploité dans tes photos !

C’est là tout l’avantage d’un certain éclectisme autant musical que culturel. D’une manière générale la perspective de pouvoir m’enfermer dans une quelconque « chapelle » d’expression artistique m’est désagréable ; à ce titre je n’omets donc jamais de garder mes yeux et mes goûts ouverts à toute proposition qualitative (c’est une déformation professionnelle courante chez les graphistes). et il est vrai, puisque tu le souligne, que l’on retrouve dans les cultures funk et hip hop nombre d’aspects très réjouissant.

Je suis fan du travail de Prince depuis ses débuts jusqu’en 1987, je prends les armes avec Public Enemy quand ils m’instiguent à « Fight the power back », je suis aussi crétin que Snoop lorsqu’un joint à la bouche, la main fesseuse en ballade, je joue les pimps de canapé en charmante compagnie. mais il n’y a pas que ça ! (rires) Il y’a aussi le Jazz de Coltrane, l’Indie des Smashing Pumpkins, le Punk des Stooges, le génie de Gainsbourg et j’en passe.
Si, bien que largement envisageable (et envisagé, mais chut), aucune de ces approches culturelles n’est encore apparue dans mes projets studios c’est, derechef, parce que je ne veux pas faire d’amalgame entre cette passion pour la musique et mes recherches actuelles qui sont pour l’instant axées sur un univers bien précis. Dans l’immédiat, je préfère garder ce potentiel d’expression cross culture pour les opportunités qui peuvent se présenter lorsque je fais de la photo de scène.

Pour beaucoup, la photo de concert c’est interchangeable d’une personne à l’autre. Qu’est-ce qui te botte dans le fait d’aller dans ce genre déjà largement exploité ?

loic_swiny_alivephotoComme je viens de l’indiquer, cela fait plus de vingt ans maintenant que je voue une passion irrévérencieuse pour toute forme de musique qualitative. sans jamais avoir reçu le moindre don musical (juré, j’ai essayé, rien à faire). C’est un paradoxe des plus frustrants.
Lorsqu’en 2005, au détour d’une opportunité de copinage de réseau, j’ai eu la possibilité de pouvoir couvrir mon premier concert en tant que photographe de fosse (Merci Vincent !) j’ai pris l’une des plus grosse claque de ma vie.

Bon ok, c’était un concert de Punish Yourself, et quand ces zozos là montent sur une scène y’a pas que des courants d’air. Mais tout de même; la furie du groupe d’un coté, les punks de l’autre, les godets de bières par-dessus, un son écrasant sur les cotés, moi au milieu tel le poilu de 14 qui sort de sa tranchée des que possible pour envoyer sa rafale. le rush ! Depuis cette expérience, j’avoue, je suis devenu accro. Je ne rate pas une occasion de pouvoir aller couvrir un concert, le plus souvent pour la bonne cause, avec en ligne de mire le plaisir de pouvoir ramener du bon matériel à traiter, à partager. et bien entendu, le fait que la meilleure énergie scénique émane de la scène « dark » n’a rien a voir dans mes choix. (sourire)

Blague à part, je ne fais pas ça dans le but d’exploiter un genre ; je le fais de la même manière qu’un accro au sports extrêmes aura besoin d’aller chercher sa dose d’adrénaline quotidienne. La satisfaction d’apporter une humble contribution à l’édifice « rock » en plus.

Il nous faut bien sûr évoquer « Zone Rouge » qui est ton projet le plus personnel. Et sans doute pour cette raison, le plus audacieux. Peux-tu nous raconter dans les grandes lignes l’aventure de cette (possible et espérée !) publication ?

C’est un projet qui aura mit presque dix ans pour arriver à maturation. En fait tout est parti d’un constat fait à la suite d’une formidable nuit de débauche de pouvoir consigner sur pellicule ces instants magiques de « glissement » qui peuvent apparaître dans le cours d’une soirée. Avec le temps, et la découverte des travaux de Jurgen Teller et Jim Jocoy qui m’ont énormément influencé, ce travail d’archive a quitté sa dimension personnelle pour acquérir une dimension plus globale. Un constat d’évidence à la perspective que c’était toute une société qui pouvait se reconnaître dans ces instants d’abandons aussi outranciers que familiers.
Le reste de l’histoire se situe dans le regroupement et la construction cohérente, presque scénarisée, de presque dix ans d’une agitation nocturne aussi bien témoignée que vécue, avec ses accélérations, ses dérapages et ses moments de grâce.

Concernant la diffusion, même si par la magie de l’édition multimédia l’ouvrage est disponible en téléchargement sur mon site, la recherche éditoriale est l’objet d’un tout autre problème. C’est une cruelle réalité ; à défaut d’être quelque peu reconnu il est définitivement peu aisé de mettre la main sur un éditeur à la ligne suffisamment souple pour que ce genre de proposition puisse trouver sa place ; mais je ne désespère pas, les perles rares le sont car difficiles à trouver. (sourire)

Pour finir (et comme je sais que tu adores cette phrase), c’est quoi ton actu ? Immédiate et à venir tant qu’à faire !

Hé bien après la présentation des « Vierges », entre la préparation des « PandoreS » au format expo, la recherche d’un éditeur pour « Zone Rouge » et mon travail quotidien, je suis actuellement en train de regrouper une première sélection de photos de scènes dans un ouvrage. Ce dernier devrait s’appeler « aLIVE » et s’apprête être diffusé sur mon site, très prochainement (idéalement avant la fin de l’année).

L’année 2009 quant à elle, sera dédiée à la mise en place de deux nouveaux projets studios, encore au stade de conception, qui exploreront de nouveaux territoires d’expression… moins fétichistes, pas moins dérangeants.

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En savoir +

Le site de Loïc Swiny permet de découvrir son travail d’infographiste (pastille rose en page d’accueil) et de photographe (pastille bleue également sur la page d’accueil). Vous avez la possibilité de télécharger l’intégralité des photos évoquées dans cette interview en allant dans les onglets « Downloads » de la partie photographie et en suivant le bouton « Télécharger le fichier zip. » :

Site officiel: http://www.sweeen.com/
Loïc Swiny sur MySpace : http://www.myspace.com/mrsweeen

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

2 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 19 mars 2009
    olav' a écrit :

    YESSSSS!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    Mr SweeeN rules…!!!!!!!!!!!!

  2. 2
    le Vendredi 30 octobre 2009
    Mme de Merteuil. a écrit :

    cher enfant, allez réciter trois avé et quatre pasters ça vous calmera ou alors allez travailler un peu dans les champs ça calmera vos ardeurs et dérives. Bien à vous. Mme de Merteuil.

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