Lofofora | Val d’Ajol | 12.02.2012

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Coincé somewhere between heaven and hell, entre Lure et Remiremont, au beau milieu de nulle part, le Val d'Ajol est une aimable petite bourgade vosgienne qui, si l'on en croit Wikipedia, est la plus vaste commune de la Lorraine.

Mais, malgré cette remarquable particularité, il n’y a que très peu d’indices qui laisseraient deviner que dans l’arrière-cour d’un petit bistro de campagne, se cache depuis des décennies l’un des lieux les plus prestigieux de la scène rock alternative de ce pays.

Chez Narcisse il n’y a qu’une poignée de concerts par an. Et que le dimanche soir. La sélection est rude, et pour avoir l’honneur de se produire au Val d’Ajol il faut s’être taillé une sacrée réputation sur les scènes de l’Hexagone. Organisé par des passionnés, l’idée est avant tout de se faire plaisir et il n’est pas étonnant que les concerts là-bas aient toujours ce petit truc en plus. Chez Narcisse, l’ambiance est familiale et conviviale. Les groupes sont accueillis comme des rois, les concerts commencent tôt et les musiciens ont le temps de profiter de leur set et du gueuleton qui suit.

Les murs de la salle sont recouverts des affiches des dizaines de groupes qui s’y sont produits, et l’inventaire à la Prévert est impressionnant :

— Les légendes passées (Les Sheriffs, les Cadavres exquis, Molodoi) côtoient celles qui vont bientôt le devenir (la Ruda, Marcel et son Orchestre).

— Les grands noms d’autrefois (Dolly, One Eyed Jack, Oberkampf) alternent avec ceux toujours en activité (Mass Hysteria, No one is innocent, les Wampas, Tagada Jones, Black Bomb A).

— Sur les affiches les plus vieilles, comme celle de Parabellum, le numéro de téléphone du tourneur est encore à 8 chiffres.

— En contemplant celle de Didier Super, on imagine sans peine à quel point celui-ci a dû s’en donner à cœur joie si près de la Vologne.

— Celle du Bal des Enragés renvoie encore aux échos d’un show dantesque de plus de deux heures.

— Et les nombreux posters de Lofofora confirmeront que le groupe sera ce soir en terrain plus que conquis.

Juste de retour des choses après deux décennies passées à arpenter la scène avec la même conviction. D’ailleurs le nouveau sigle du groupe, clin d’oeil au fameux artwork de Motörhead, rappelle avec justesse qu’à l’instar de ses glorieux ainés, Reuno est devenue l’une des figures les plus emblématiques et respectées de la scène alternative.

Et cela avant tout grâce à des concerts comme celui de ce soir.

« J’espère que comme nous, vous préférez ce qu’on est à ce qu’on a été »

Une phrase de Reuno qui résume à elle seule toute l’évolution de Lofofora : de la fusion un brin simpliste de leur premier album éponyme aux textes ciselés de leur dernier opus.

Si à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, c’est avec une prise de risque maximum que le groupe sera venu défendre son dernier album, en se payant le luxe de le jouer quasiment en intégralité tout en l’intégrant dans une setlist d’une redoutable intelligence. Car contrairement à d’autres groupes ayant utilisé un procédé similaire par le passé (Iron Maiden, pour ne citer qu’eux), le choix des anciennes chansons n’a rien du simple excipient destiné à faire passer la pilule des nouveaux titres à des fans hardcore venus scander le refrain de Vive le feu.

L’entame du concert avec le doublé Au secours / Les Gens donne le ton. Constats misanthropes sur une humanité au bord du précipice. De mémoire de singes / Macho blues / Dur comme fer enfoncent le clou en restant dans un registre similaire.

Une mise en bouche sombre avant de débuter la longue ballade au pays des monstres ordinaires. Très loin d’avoir dit leurs derniers mots, c’est avec un grand sourire aux lèvres que le groupe tout entier exulte sur la scène du Val d’Ajol. Voix claire, regard hypnotique et réparties cinglantes, comme toujours le charisme de Reuno est impressionnant et sa folie contagieuse.

Accrochée aux étoiles, tentant d’échapper aux funestes conséquences de la médiocrité humaine (Le Visiteur, Les conquérants, Cannibales), la course est effrénée et s’achèvera sur La Beauté et la Bête dans une ultime tentative de faire jaillir la lumière de l’obscurité. Une lumière qui se transformera en brasier punk pour le rappel avec de quoi ravir les fans de la première heure (L’oeuf, Justice pour Tous) et lancer un dernier circle pit exutoire pour la route (Le Pire).

Toujours debout, en autopilote depuis plus de vingt ans, Lofofora n’aura cessé d’avancer et continue de le faire de la plus belle des manières. Une dernière potacherie punk (Buvez du cul) pour finir sur une note légère et des oreilles qui sifflent de bonheur pour longtemps.

Crédits photo : Lofofora à la Laiterie de Strabourg (26.02.2012) by Ludo Pics Troy

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