Lives au Pont – Jour 2 : Birdy Nam Nam, Selah Sue, De La Soul assurent le show | 13.07.2012

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Après un premier soir qui a rameuté plus de 10 000 personnes sur le site du Pont-du-Gard, ce vendredi risque (aussi) d'attirer la foule. Au programme ce soir, c'est encore une flopée de pointures qui vont se succéder sur les planches de Lives au Pont : Emilie Chick, De La Soul, Selah Sue, Breakbot et Birdy Nam Nam. Éclectique à souhait, bourré de vitamines, Lives au Pont peut se féliciter du succès de cette 2e édition. Et même si les inquiétudes sont un temps venues du ciel, tout était réuni pour faire une immense fête. Et personne n'y aura dérogé.

Site bien aménagé, cadre idyllique, programmation alléchante, le festival Lives au Pont a frappé un grand coup cette année. La mayonnaise est en train de prendre, c’est certain. En réalité, elle prend presque à tous les coups. Le Pont-du-Gard c’est un peu comme les arènes de Nîmes : l’expérience est unique, que l’on se place du point de vue du festivalier ou bien entendu celui de l’artiste.

Bouillant d’impatience vu la claque de la veille, ce vendredi soir semble parti du même pied : malgré les accès aux deux rives, il y a décidément autant de bouchons que 24h auparavant d’autant plus que les afflux de personnes avec le fameux week-end du 14 juillet ne facilitent pas la tâche. Conséquence directe ? Exit Emilie Chick. Arrivée quasiment en fin de set, juste le temps de comprendre que l’on a déjà raté quelque chose. Le mélange est ingénieux : rock, jazz, soul, funk et hip hop s’entrechoquent à la croisée des chemins. C’est précis et à la fois très groovy, la franco-américaine a convaincu. Pour preuve, il y a déjà un public intéressant à cette heure peu avancée de la soirée. Dommage de ne pas pouvoir en dire plus.

De La Soul : hip hop oldschool et prestation de haute volée

Pensant que De La Soul passerait plus tard dans la soirée, nous voilà toutefois à l’heure pour assister au show du trio new-yorkais. La foule est massive, c’est une véritable ovation adressée au groupe dès son entrée sur scène. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça claque ! Dès le premier morceau, les mains se lèvent, il faut souligner que les américains sont plutôt communicatifs.

Pluie de beats, scratchs tapageurs, De La Soul fait partie de la vieille école du rap et ça s’entend. Entre de vieux samples poissards plutôt jazzy et la prestance des deux MC’s, le public suivra le crew dans tous ses retranchements. Avec un son d’une rare qualité dans un festival en plein air, l’immersion a été totale : il y avait des initiés mais aussi des festivaliers pas forcément amateurs de hip hop sur les rives du Gardon ; beaucoup se sont progressivement levés pour aller au plus près de l’action. Et plus De La Soul acérait Lives au Pont, plus il en demandait ! Surtout quand de vieux classiques finissent par débouler : un retentissant Ring Ring Ring (1991) qui a fait chanter tout le Pont-du-Gard avec sa basse démoniaque ou avec des compos plus fraîches mais tout aussi démentes. Impossible de ne pas souligner la performance collective sur le track Rock Co. Kane Flow (2004) avec une effusion de machines ou le ragga dévastateur de Oooh (2000).

Et s’il est vrai que le groupe a fortement été décrié lors de ces dernières années à cause de leurs précédents albums, on ne peut pas leur enlever leur prestation sur scène et leur perpétuelle envie de se démarquer du rap aseptisé d’aujourd’hui. Véritable référence du hip hop des 90′s, De La Soul est toujours aussi populaire : un All Good, hit devenu planétaire avec notamment le featuring avec Shaka Khan, a fait déferler une onde soul toujours aussi bonifiante avant que d’autres brûlots enchantent le public (comme le son crasseux Myself and I sorti en 1989). Histoire de rappeler aussi que De La Soul c’est des hits à la pelle mais aussi des featuring sur des morceaux tout aussi célèbres qu’eux : un petit Feel Good Inc. de Gorillaz avant de partir et De La Soul fait encore mouche.

Selah Sue à contre-courant

Selah Sue à l’affiche de Lives au Pont, c’est avec un œil particulièrement attentif que nous nous massons dans la fosse. Presque amoureux de la belle flamande, il y a beaucoup d’appréhension avant cette grande première.

En tous cas, Selah Sue a choisi de conserver ses traditionnelles entrées en matière avec sa guitare acoustique sous les bras pour lancer les hostilités (Mommy, Summertime). Et même lorsqu’elle n’est accompagnée que de sa gratte, une immense chaleur s’échappe de son timbre de voix. Elle s’accapare tous les genres et jongle avec les styles avec une certaine malice.

Après avoir commencé un show finalement plutôt calme, les autres musiciens finissent par prendre place. Là où beaucoup pensaient que Selah Sue allait enfin s’attaquer au dur, là-voilà partie à l’assaut de Just Because I Do presque trip hop. D’une douceur incroyablement maîtrisée, la voix soul de Selah Sue n’a pas encore permis au public de s’exprimer. Pas forcément amateur du genre (programmation plutôt électro/hip hop en ce vendredi), les festivaliers ne se montrent pas d’une réactivité très expressive. D’autant plus que Selah Sue en a profité pour présenter quelques tracks tout frais en vue de la sortie de son prochain album. Du coup le public, un peu perdu, s’est vu ronger son frein une paire de minutes supplémentaires. Pas forcément enclin à danser, il a fallu attendre une bonne vingtaine de minutes pour voir ses premiers soubresauts :  les interprétations de This World et de Crazy Vibes mettent enfin un peu de couleurs dans une fosse cruellement attentive.

Si artistiquement il n’y a rien à reprocher à Selah Sue (c’est musicalement bien ficelé, elle occupe la scène, essaie de prendre la parole en français, etc), il y a un grain de sable dans cette machine. L’ambiance est trop fluctuante : alors il est vrai que les interprétations de Black part Love avec son rythme irrésistiblement addictif  en jette (comme les embardées hip hop de Peace of Mind), mais il manque un truc. Et plus les morceaux passent, plus il saute aux yeux : le manque de folie. Les morceaux sont interprétés quasiment tels quels. Un Raggamuffin est démoniaque, flirt entre le ragga et la soul, mais la chanteuse, sur cette grande scène en plein air, ne provoque pas la même sensation que dans une salle close. Moins proche, moins intime, moins puissant, le talent de Selah Sue n’est pas à remettre en question… mais il règne un drôle de sentiment. La déception.

Breakbot : en mode french house

La thèse qui confirme que le public est un aficionado d’électro ne tardera pas à être prouvée : jeudi, c’étaient les dj’s marseillais de la Dame Noire qui assuraient les changements de plateau. En ce vendredi, c’est Dj Soulist qui est aux manettes. Balançant un son typiquement dans la lignée du groupe précédent depuis le début de soirées, Dj Soulist a fait une exception après Selah Sue : afin de chauffer le public avant le mix de Breakbot, une vague dancefloor s’est emparée de Lives au Pont. A croire que les festivaliers n’attendaient que ça pour se réveiller, 3h de sons électroniques se profilaient à l’horizon.

Mais avant le feu sacré des Birdy Nam Nam en début de nuit, les amateurs de musiques électroniques peuvent d’abord se délecter d’un dj assez atypique : Breakbot. Look dégaine, chemise à fleur type années 80, cheveux longs, platine originale, Breakbot a la tâche rude. Un an après l’avoir vu à l’œuvre au Kolorz Festival de Carpentras, on ne peut pas dire que le Dj ait été irréprochable. Mix soporifique, cruellement long… des a priori à la pelle qui ne jouent pas forcément en sa faveur. Rassurez-vous ! Avec la sortie de son tout premier album en 2012, « By Your Side » et un petit coup de promo par Canal+ avec One Out Of Two au Grand Journal durant le festival de Cannes, sa notoriété s’est subitement accrue.

Breakbot a donc joué de son petit dernier, mais pas seulement : le début a été poussif, où, en tous cas, il fallait être un adepte du genre ! French house au programme, touch de l’âge d’or à la fin des 90′s, les ingés lumières s’en sont donnés à cœur joie avec leurs faisceaux jaunâtres (sic !). Le Pont-du-Gard transformé en une gigantesque piste de danse, dérives résolument disco durant une grosse première partie de set, l’effet est immédiat. D’une réactivité sans faille, le public fut aux anges : bordel général sur l’excellent medley Birdy Nam Nam/Daft Punk ou la belle version de Extraball de Yuksek… avant un ennui presque général sur le remix de A Thing For Me de Metronomy en version très (trop) ralentie.

Retombant dans ses travers dans le dernier tiers de set, la foule s’est peu à peu éparpillée. En appelant son pote Irfane pour poser sa voix aux mix à deux reprises, l’intensité a alors baissé d’un cran. Ceux qui étaient venus pour danser se seront éclatés, pour les plus réfractaires comme nous, il était temps que ça cesse…

Birdy Nam Nam : de l’électro à la techno, la rupture

Birdy Nam Nam. Trois albums atypiques. Trois tendances musicales bien marquées pour des fans qui, selon les périodes, se sentent plus ou moins lâchés. « Defiant Order », dernier album en date (2011), est résolument techno. De quoi susciter quelques remous parmi les critiques, sachant que le début de tournée l’année passée n’était pas forcément encore bien rodée (leur flop aux Eurockéennes en 2011 est encore dans toutes les têtes).

En un an, Birdy Nam Nam a eu le temps de peaufiner son set. De le varier, de l’intensifier. Et Birdy  a tombé le masque. Le groupe a retrouvé sa place, au sommet de sa forme : celui d’un agitateur de salle qui a le don de soulever les foules, de transformer n’importe quel lieu en une débauche en tous genres. Et le groupe y met les moyens : faisceaux rotatifs sur et hors la scène, flashs à tout va, gigantesque toile de fond à l’éphigie du dernier skeud, platines sombres et métalliques… La seule chose que l’on peut regretter est le manque d’écrans. Exceptés ceux installés le long de l’ossature de la scène bien entendu.

Le son, lui, est d’une lourdeur surprenante : terminée les influences de Yuksek que l’on a pu entendre sur le second opus, terminée également cette électro/acoustique qui était, un temps, la marque de fabrique du quatuor parisien. Ce temps est révolu. En 2012, Birdy Nam Nam représente le chaos. Un son brut, même s’il dénature sûrement un peu trop les compositions, qui martèle l’auditoire. Ça fracasse, ça retourne, ça scratche (même s’il y en a beaucoup moins qu’avant, dommage), ça tabasse.

A première vue, voilà le ressenti. En club, Birdy Nam Nam fait des ravages. Pas étonnant. Ensuite, l’intensité et le rythme ont pris le pas sur le reste. La technique est toujours là, c’est indéniable. Mais, en 2012, sommes-nous en droit de nous poser comme question « que reste-il de l’héritage de Birdy Nam Nam ? ». Avoir différentes tendances musicales, c’est bien. Virer du tout au tout, ça laisse un goût amer.  Certes un Jaded Future est incisif, certes un Parache montre toute la maîtrise et les performances de haute volée que sont capables (encore) de réaliser Pone et les autres… Mais quitte à ressentir du Modesektor sur Goi’in autant écouter l’original… ou alors se caler sur Ed Banger pour The Golden Era of El Cobra Discoteca.

Entre un hommage à Dj Medhi avec Gare du Nord de Carte Blanche et divers remix, Birdy renvoie l’image d’un groupe à la musique désormais plus acide, moins samplée et davantage techno. Toutefois, Birdy n’oubliera pas ses classiques comme l’incontournable Abesses et son déluge scratchs jazzy qui combleront les puristes, avant d’assurer le show : « retournez-vous ! »  en direction de la foule. Le Pont-du-Gard, équipé de faisceaux, s’illumine à présent au rythme des beats ! En fonction de l’intensité, les lumières s’emballent, ralentissent, provoquant l’hystérie. Et même durant le rappel, le public n’attend qu’une chose, repartir à l’assaut de la piste qui n’est qu’un nuage de poussière. Au programme : une version hallucinante de The Parachute Ending, surboostée. Déflagrations par à coups avant une gigantesque explosion saturée à la limite de la transe, Birdy Nam Nam a fait son taf. Même si on se serait passé des« Ici, c’est Paris ! » (en soutien au PSG), revenus à plusieurs reprises, qui auront eu le don de récolter des vagues de sifflets en retour.

Quoiqu’il en soit, Birdy Nam Nam, en 2012, fracasse le dancefloor, et le Pont-du-Gard n’a pas dérogé à la règle. Par contre, pour les « anciens », il va falloir probablement se faire une raison : le Birdy que l’on a connu ne reviendra certainement plus. RIP.

Crédits photos : Olivier Audouy

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A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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