Avignon 2010 en quelques mots…

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La ville d'Avignon s'est transformée pendant trois semaines en un théâtre géant, accueillant quelque 800 troupes qui présentaient pas moins de 1092 spectacles. Le calcul est simple 1092 spectacles que divisent 24 jours de festival, cela ferait une moyenne de 45 spectacles à voir par jour !

Chaque festivalier se retrouve devant une montagne de représentations et son premier challenge est de faire des choix. Pour cela, plusieurs techniques sont possibles.

Le bouche à oreille : « J’ai entendu que ce spectacle est à voir absolument ! »

Les pièces classiques : Shakespeare, Beckett ou Molière, au moins on connait, ou alors, c’est la bonne occasion de réviser ses classiques.

Les pièces à succès avant Avignon : elles n’ont pas attendu Avignon pour faire salle comble. Et il faut s’armer de patience, car ici aussi, tout le monde veut les voir ! Réservation conseillée, ou alors, il reste les célèbres listes d’attente, mais il faut être dans le top 5 pour avoir une chance de pénétrer dans la salle de spectacle. On citera notamment Monologues voilés et Oh Boy !

L’étude de l’offre : « Après avoir lu et analysé le catalogue de l’off, j’ai fait une liste des spectacles que je veux aller voir. 4 par jour, c’est jouable, non ? »

Les célébrités : qu’elles soient du cinéma ou de la radio, le fait de voir des noms connus peut être une motivation comme une autre. Eve Angeli, Vincent Moscato, Trinidad, Vincent Roca, François Rollin, Sophia Aram, Romane Bohringer, Alexandre Pesle ou Olivier Sitruk pour ne citer qu’eux.

Le copinage : « J’ai eu une invitation du metteur en scène… »

L’offre de grande surface : c’est une technique pratiquée par de nombreuses troupes cette année pour remplir les salles « Pour une entrée achetée, une entrée offerte !

Les comédiens sont mignons : « Regarde ce flyer, la pièce à l’air chouette, et puis le comédien qui tractait était vraiment trop chou ». Une méthode plutôt bancale au demeurant…
Quoi qu’il en soit, voici un aperçu des vingt et un spectacles vus, assortis de quelques commentaires personnels.

1/ J’ai plus pied : le plus contemporain
C’est l’histoire de Claire qui cherche comment occuper sa vie, et de sa mère qui ne la laisse pas respirer. Claire grandit, devient à son tour maman et a à son tour du mal à couper le cordon ombilical. Et c’est peu dire, puisqu’elle est reliée à un cordon géant à sa fille qui grandit et devient une jeune femme. Des personnages un peu frappés, des réunions de famille où personne ne s’écoute, et des conversations sans queue ni tête. Même s’il est difficile de rentrer dans cet univers incohérent. Elsa Granat souhaitait proposer une pièce contemporaine accessible à tous, et c’est réussi.
L’envers des Corps.

2/ BreakO : le plus délire
Du mime, de la danse, du théâtre à la japonaise. BreakO est un art sans règles qui se veut dynamique et coloré. Des références aux mangas et à la culture japonaise raviront petits et grands.
Compagnie to R mansion
Chronique et interview sur Discordance : http://www.discordance.fr/interview-to-r-mansion-presente-breako-18464

3/ Psycholove : le plus cliché
Un gars, une fille, et un psy. Pour sauver leur couple, Marie et Simon vont être suivis par William chez qui ils laissent éclater le malaise qui plane sur leur union. Étant donné son fort succès en 2009, cette pièce était à nouveau à l’affiche cette année. Un sujet dans l’air du temps qui montre que la rupture n’est pas toujours la meilleure solution.
Elle fait parler d’elle

4/ Les Présidentes : le plus trash
« Le théâtre est une sorte de déchetterie supérieure » disait Werner Schwab. Trois femmes hideuses gouvernent leur petit monde pour ne pas voir la médiocrité de leurs vies minables. Une pièce qui privilégie les monologues à rallonge. Pour l’action, il faudra attendre la fin où le rebondissement réveillera les moins attentifs. Sexe, religion et scatophilie. Âmes sensibles s’abstenir.
Théâtre de la Bardane
Chronique sur Discordance : http://www.discordance.fr/les-presidentes-2-18297

5/ Le chalet de l’horreur de la trouille qui fait peur : le plus banal
Ils se retrouvent dans un chalet isolé en pleine montagne. Un journaliste, une nymphomane, une illuminée, un homme politique et son bras droit. Des tentatives de meurtre commencent à semer le doute entre tous ces personnages. Mais qui joue un double jeu, et pourquoi ? Une comédie policière drôle même si elle ne fait pas vraiment dans l’originalité.
ACTA

6/ Cahier d’un retour au pays natal : le plus inaccessible
Un monologue vers plus de liberté et plus de Justice d’Aimé Césaire interprété par Ruddy Sylaire. Le rythme est donné par Laurent Phoenis qui fabrique des instruments en bambou. Un récit élitiste et qu’il est difficile d’apprécier à sa juste valeur.
Wabuza Compagnie

7/ Squash : le plus macho
Un portrait des hommes du 21e siècle tiraillés entre la raison et leur instinct masculin. Leur séance de squash du mercredi soir tourne rapidement au tourbillon de la trahison. Même si le sujet est un peu cliché (l’infidélité des hommes et les femmes qui restent à la maison pour élever leurs enfants), on passe un bon moment dans les vestiaires en compagnie de Clément Manuel et Charlie Dupont.
Chicken Impact

8/ Mâ Ravan : le plus spirituel
Un spectacle de danse autour de la Ravane, ce tambour rond commun aux îles de l’Océan Indien. Quatre danseurs musiciens réveillent avec puissance la mémoire de leur corps. Ils offrent au public un voyage envoûtant entre le Ciel et la Terre.
Théâtre Tallipot
Chronique sur Discordance : http://www.discordance.fr/ma-ravan-de-philippe-pelen-baldini-17965

9/ Moby Dick, ou le chant du monstre : le plus féérique
Jonathan Kerr a choisi de revisiter en théâtre musical la célèbre histoire de la baleine traquée par le capitaine Achab. Des mélodies nostalgiques qui traduisent le désespoir d’Achab perdu dans sa quête de l’amour.
Le bateleur théâtre
Déjà sur Discordance : http://www.discordance.fr/moby-dick-ou-le-chant-du-monstre-de-jonathan-kerr-17914

10/ Vite, rien ne presse : le plus impressionnant
Vincent Roca, auteur, comédien et chroniqueur aux côtés de Stéphane Bern sur France Inter a décidé de chatouiller Monsieur Le Temps au théâtre des Béliers. Les secondes s’écoulent comme des gouttes dans une bassine et nous voici suspendus à ses lèvres, souriant à chaque jeu de mots qui s’enchaîne à toute allure. Un très beau on man show qui sort des cadrans battus.
Grégoire Furrer/Productions Illimitées

11/ Attila, reine des Belges : le plus original
Marie-Élisabeth Cornet fait un dédoublement de personnalité dans ce spectacle autobiographique. Elle interprète à elle toute seule une vingtaine de personnages pour raconter son histoire. Celle d’une personne à la recherche de ses parents biologiques. Jacqueline est enceinte de deux ans et demi et ne parvient pas à accoucher. Le médecin désespéré fait appel à Carole, une chamane new-age qui va tenter de l’aider en remontant dans le temps pour lui conter son propre récit. Un sujet spirituel traité avec beaucoup d’humour et de joie de vivre.
La grande échelle

12/ Rhinocéros : le plus moderne
La rhinocérite est un mal qui touche tous les êtres humains; notre premier ennemi, c’est nous même. Voilà le sujet très finement remis au goût du jour par Alain Timar, qui a choisi une troupe coréenne pour l’interprétation. Un très beau spectacle qui fait réfléchir sur la société moderne.
Théâtre des Halles/Seoul Performing Arts Festival
Chronique sur Discordance : http://www.discordance.fr/rhinoceros-18100

13/ Les loupiotes de la ville : le plus magique
Deux jeunes hommes se rencontrent sur un banc dans la nuit. Ils vont devenir inséparables et vivre d’incroyables aventures. Ce spectacle de mime est doux et drôle. Une prestation réalisée avec une grande précision par Kamel Isker et Antoine Guiraud, le tout dans une ambiance lumineuse et musicale magique.
Ptite Peste Productions/L2C/TH Prod/Toucanlouche

14/ Les monologues voilés : le plus authentique
Les monologues voilés rencontrent un succès phénoménal depuis sa création en janvier 2008 au Théâtre de Poche à Bruxelles. Dans la même lignée que Les Monologues du Vagin, il s’agit de douze témoignages de femmes musulmanes vivant aux Pays-Bas. Loin des préjugés, on y découvre d’authentiques histoires entre tradition et émancipation. L’ accompagnement musical et la joie de vivre des cinq comédiennes font de ce spectacle un vrai petit bijou.
Théâtre de poche Bruxelles

15/ Album de famille : le plus émouvant
Encore un spectacle musical (décidément, Avignon 2010 est placé sous le signe du théâtre musical !). Cette fois-ci, il s’agit de vingt et une chansons francophones reprises par quatre comédiens/chanteurs/musiciens qui racontent l’histoire chronologique d’une famille. Des moments de vie décrits avec une grande justesse. Album de Famille agit comme un véritable miroir, et fait ressurgir de nombreux souvenirs qui déclenchant sourires et yeux pétillants sur les visages du public.
Compagnie du sans-souci
Chronique et interview sur Discordance : http://www.discordance.fr/interview-album-de-famille-18575

16/ Où sont les hommes… : le plus amusant
Carlos Goncalves incarne le sauveur des femmes du 21e siècle leur promettant de retrouver du plaisir sexuel. Il est simulateur d’orgasme professionnel. Ce one man show traite les relations hommes/femmes avec un humour décapant, un humour macho à prendre au 10e degré sinon vous risquez de quitter la salle avant la fin de spectacle.
Sodade Productions

17/ Le cabaret de Brecht : le plus décalé
Un ouvrier et un physicien, exilés en temps de guerre se rencontrent au bistrot de la gare d’Helsinki. Ils débattent de sujets politiques et refont le monde en faisant participer le public. Les personnages évoluent dans un univers absurde. Le cabaret de Brecht est un spectacle décalé qui sort des sentiers battus, mais qui réussit à rendre le travail de Bertolt Brecht accessible au plus grand nombre.
Compagnie Le fil de l’araignée
Chronique sur Discordance : http://www.discordance.fr/le-cabaret-de-brecht-dapres-bertolt-brecht-18169

18/ Drôle malgré moi : le moins drôle
Pure curiosité. Ève Angeli fait son come-back sur les planches avec un one woman show censé être comique (cf titre du spectacle). Eh bien non, ce n’était pas drôle. Des blagues sous la ceinture, avec une auto-dérision à faire pleurer, sans oublier l’imitation cassante de ses chanteurs francophones contemporains. Pascal Obispo, Céline Dion et Christophe Maé en prennent pour leur grade. Un spectacle bête et méchant.

19/ La dernière bande : le plus court
Samuel Beckett explore le thème de l’échec au travers de Krapp un personnage qui jette un regard aigri sur sa vie. Une ambiance terne et pesante, où le silence a une place de choix. Un face à face de quarante minutes entre Jacques Boudet et son passé.
Chronique sur Discordance : http://www.discordance.fr/la-derniere-bande-18162

20/ Moi, j’dis ça, j’dis rien : le plus interactif
Christophe Delort joue à domicile. Il est issu du monde de l’improvisation et a joué dans de nombreux théâtres parisiens comme le Casino de Paris, au théâtre du Petit Gymnase et au théâtre des Blancs-Manteaux. Demi-finaliste des Tremplins du Rire 2010 et des Printemps du Rire 2009, il emporte le public dans sa compréhension absurde du notre société. Il se pose de nombreuses questions sur les histoires de prince charmant, la libération des sapins désodorisants ou encore sur Francis, mais qui est Francis ?

21/ Erendira : le plus beau
Et voici le coup de cœur de cette édition 2010. Erendira est l’incroyable histoire de la candide Erendira et de sa grand-mère diabolique. La jeune fille de quatorze ans est élevée par sa grand-mère. Une nuit elle oublie d’éteindre la chandelle et se réveillera au milieu des cendres. Pour la rembourser, elle va devoir se prostituer. Les hommes viennent de loin pour rencontrer cette merveilleuse jeune fille. Un spectacle entre rêve et poésie. Cette fable est adaptée au théâtre avec une précision troublante.
Compagnie Premier Acte

Le Festival d’Avignon déchaîne les passions. Les déchets générés durant le festival sont impressionnants. 20.000 affiches placardées dans les rues de la cité. Des centaines de milliers de flyers distribués qui finiront eux aussi à la poubelle. Avec 6.000 artistes et un million de visiteurs, la ville a vu sa production de déchets ménagers multipliée jusqu’à quatre pendant le mois de juillet.
Autre sujet de débat, les conditions de travail de certaines troupes dans l’off qui sont à la limite de l’acceptable. Certaines salles ont fait parler d’elles en raison de l’accueil de piètre qualité réservé aux artistes (Collège de la Salle ou le Théâtre de la porte Saint Lazar). Les compagnies jouent le jeu et acceptent tout cela dans le seul but d’être repérées par des programmateurs. L’appât du gain des organisateurs se fait au détriment du bien-être et des bourses des artistes, et même des festivaliers.

À quand un festival à une échelle plus humaine où l’on privilégiera la qualité plutôt que la quantité ?

Crédits photo : Anne Laure sauf Erendira (www.erendira.fr)

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A propos de l'auteur

Image de : Après une courte et intense carrière dans le monde du marketing, Anne-Laure s'est lancé dans la grande aventure! En 2009, elle intègre l'Institut des Métiers de la Communication Audiovisuelle en Avignon, et sait à présent manier avec dextérité caméras, appareils photos, microphones et bancs de montage en tous genres. Elle apporte son soutien journalistique à la rédaction de radio Raje en Avignon en réalisant interviews et chroniques. Discordance, elle l'a vu naître et grandir, faire ses premiers pas sur la toile, et participe de manière épisodique à son contenu rédactionnel. Bref, vous l'aurez compris, Anne-Laure touche à tout, l'image, le son, l'écriture, mais elle aime aussi les éclairs au café, qu'on lui raconte des histoires d'amour, le Japon, l'accordéon, les abricots, les sorties en raquettes, les jeux de société, les voyages (pas organisés), les apéros entre amis, le clafoutis aux cerises et le bon vin.

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