Live à la Cigale – Chinese Man (CD+DVD)

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Cela fait plus de deux ans que Chinese Man travaille pied au plancher : "Racing With The Sun" en 2011, "Remix With The Sun" début 2012, tournée monstre en France mais aussi plusieurs escales à l'étranger, l'homme chinois va prendre des vacances en 2013 afin de préparer son nouvel album. Entre temps, il nous laisse entre de bonnes mains avec son petit dernier, le "Live à la Cigale".

Il fallait bien qu’ils s’y penchent sérieusement. Et c’est en cette fin novembre que Chinese Man nous le dévoile: toujours stérile d’une galette live (on laisse des côtes les brides de live présentes sur le DVD docu « The Groove Sessions » sorti précédemment), les Marseillais ont donc pris le temps afin de proposer un produit qui a franchement de la gueule. Une double galette fichtrement bien présentée avec d’une part le cd live et de l’autre le DVD, un petit dépliant avec une mosaïque de photos et, comme si vous y étiez, une place de concert numérotée correspondant à la date d’enregistrement du show, le 10 avril dernier. Le tout orné d’une pochette très réussie, toujours dans l’esprit de celle de « Racing With The Sun », où l’influence asiatique se mêle au doux monde métissé qu’est celui du Chinese Man. Figé, presque à l’état de poussière, il reste au temps, à présent, de faire son chemin.

Le live atteint une nouvelle dimension

Sur la tournée de « Racing With The Sun », la variable « temps » a constitué, de loin, l’image que nous nous sommes représentés de Chinese Man aujourd’hui. Concrètement, nous sommes allés à l’encontre de l’homme chinois lors de sa seconde date officielle après la sortie de leur troisième album, c’était au Rockstore de Montpellier, alors dans une configuration classique (à quatre). Quelques mois plus tard, nous avons encore croisé leur route, cette fois à Marseille, lors du festival Marsatac, mais pour présenter les grandes lignes de « Remix With The Sun », accompagnés des différents MC’s. Malheureusement, l’ensemble paraissait un peu trop décousu pour considérer Chinese Man comme tel. Enfin, en juillet dernier, direction les Escales du Cargo, à Arles, afin de voir le résultat final de ces deux ans de projets croisés : Chinese Man, en 2012, c’est en réalité le Chinese Man que l’on connait, mais agrémenté de différents featuring avec leurs potes Taïwan, Tumi, Youthstar pour le flow, sans oublier Mr Raf, au cuivre. Un Chinese Man qui s’est ouvert musicalement en diversifiant ses shows… tout en ne dénaturant pas son univers. En limitant les featuring et en évitant qu’ils ne deviennent trop envahissants, il a fallu trouver un équilibre, un équilibre juste. Au fil des dates et de la tournée, la balance s’est rééquilibrée. Fin 2012, elle est plus que jamais stabilisée.

Car en tant qu’artiste, la notion de créativité est une nécessité. S’il est devenu aujourd’hui très difficile de créer des choses nouvelles, on peut cependant souligner l’originalité d’un groupe, de sa musique, du décor qu’il veut mettre en place. Sur ces 12 titres live, il n’y a pas de révolution dans la musique de l’homme chinois, mais il y a de la fraîcheur, du mélange, une continuité en somme. On retrouve toujours cette patate, cette énergie, cette faculté à faire bouger les foules.

Avec des morceaux particulièrement attendus provoquant, quoiqu’il arrive, l’hystérie dans la foule, cette dernière ne sait jamais comment elle va être mangée. Skank in The Air, déjà dub à souhait, peut basculer en mode rub a dub’s style sous l’impulsion d’un Taiwan, capable aussi de transformer progressivement un Miss Chang en un champ de bataille ragga ! Ce côté roots va d’ailleurs se retrouver tout au long de cette galette : One Past, en guise d’ouverture, est peut être un peu stone, mais le voyage commence au crépuscule, beigné dans une ambiance reggae/dub flirtant même avec le dub UK. Là où les notions de lumière et de temporalité sont en ligne de mire, nous voilà plongés sans état d’âme dans une véritable course-poursuite avec le soleil, effrenante, quasi digitale sur la fin.

En perpétuelle mutation sonore, les valeurs sûres colorées et pour le coup customisées (comme Artichaut où la présence de Mr Raf booste la cadence sur fond jazzy), on sent bien que Chinese Man ne veut pas laisser l’intensité prendre le pas. Un Ta Bom est par exemple davantage vocal que musical pendant qu’un If You Groove rappelle les envolées indiennes des précédentes groove sessions.

Mais comme si le goût et les saveurs n’avaient pas assez explosé en bouche, trois nouveaux brûlots prendront de court l’auditoire : In My Room pour sa décadence assumée, où Taiwan et Youthstar plongent dans une cascade de drum’n'bass et dubstep, mais aussi  sur I’ve Got That Tune. On l’a entendu et réentendu, donc il ne devrait plus nous surprendre. Pourtant, avec la totalité des invités présents sur scène (Tumi, Youthstar, Taïwan, Mr Raf) et Chinese Man, le tout se termine dans un joyeux bordel et de solos. Enfin, si dans les nouvelles compos une est à retenir, ce serait sans hésiter Get Up. Ce track atteint des proportions démesurées en live : ballots, banjo… et flow dévastateur de Tumi qui s’approprie le morceau avec une aisance implacable. Changement de rythme et petit interlude hip hop oldschool tout droit sorti des Beastie Boys, grosse claque.

Un live ça se vit, c’est incontestable. Et Chinese Man voyage toujours autant, le public aussi. Seul ou accompagné, il s’approprie les normes, les codes. Pour les façonner à son image.

DVD : « Les majors ? Ce n’est pas possible. Ce serait avoir un problème d’éthique et de morale »

On ne va pas s’étendre autant sur le DVD… laissons la part belle aux surprises pour les acquéreurs. Comptez en tous cas plus de 2h30 de visionnage, alors que le CD dure environ une heure et quart. Ce que nous pouvons dire, c’est que vous aurez la chance de retrouver, en plus du set du cd, le fameux Pudding à l’Arsenic, Washington Square, le morceau inédit Worldwide ainsi que le monstrueux remix de Miss Chang, par leurs potes de Tha Trickaz. Agrémentés de divers bonus (minis reportages, séquences photos, clips…), on peut faire un coup de projecteur sur l’excellent documentaire du DVD, « Racing With Chinese Man ». Du choix des samples à la sortie de l’album « Racing With The Sun » puis au premier concert de la nouvelle tournée, Chinese Man met en relief les différentes étapes de création d’un album en indépendant. Rencontre avec les acteurs, justifications des décisions, création des clips et des différentes images, tout y passe…

Enfin, c’est l’occasion aussi pour Chinese Man de s’exprimer sur l’une des grandes plaies du moment, les majors, entrainant la mort de la musique indépendante. Reconnaissant que les questions financières et le rapport à l’argent existent, en tant qu’intermittents, les Chinese n’imaginent pas comment ils pourraient signer sur une major, ne cautionnant pas ce système.

Ratissant de nombreux domaines qui les tiennent à coeur, les Chinese Man ne se contentent pas de montrer les coulisses de son univers. On y voit ses voyages, ses influences, son entourage professionnel, tout en dégageant une image simple et sincère. Avec leur label, Chinese Man Records, et une notoriété qui n’est plus à prouver, Chinese Man est sur de bons rails. Leur recette doit bien fonctionner : « pour être zen, mangez des nems ! ».

« Live à la Cigale », double CD/DVD, par Chinese Man. Sorti le 12 novembre 2012.

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A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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