Lisa Portelli : Le Régal

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Les artistes ont beau avoir horreur des comparaisons ou en appeler d'autres de leurs vœux (ici Jeff Buckley ou Bashung), ceux qui ne pourront décidément jamais y échapper feraient mieux de se faire une raison.

Image de Lisa Portelli, le Régal Le nom de Vanessa Paradis, par exemple, s’imposera probablement longtemps à Lisa Portelli (on lui demande bien pardon), et ce d’autant plus que la ressemblance est double. Physique, en premier lieu, pas seulement pour les évidentes « dents de la chance » mais aussi pour la grâce dont seules les stars naturelles sont dotées. Vocale ensuite ; pour le joli grain un peu voilé, sans pour autant qu’on puisse lui reprocher ce côté un peu insipide dont on a longtemps (mais surtout injustement) accusé la plus américaine de nos étoiles françaises. Il y a pire, assurément.

Le plus éloigné possible du chuchotement, le titre Animal K est ainsi chargé d’éviter la comparaison, porteur d’une caution « rock » un peu trop forcée pour être tout à fait convaincante. Pas forcément le plus réussi de l’album, il a pour lui une mélodie qui reste indéniablement en tête sans le rendre pour autant aimable — dans le sens premier du terme — sans doute parce qu’il semble bien plus loin d’elle que le reste de l’album.
On aurait tort pourtant de s’arrêter à cette première impression, tant on le trouve peu représentatif de ce que la belle Lisa a à offrir et qui s’avère infiniment plus joli.

Sur des arrangements minimalistes (on sent que sa guitare électrique est sa meilleure amie et qu’elle suffirait à la combler tout à fait), la jeune femme propose en effet quelques morceaux d’une rare finesse sur lesquelles sa voix d’une pureté parfois toute cristalline pourrait bien se faire aussi irrésistible qu’on le dirait d’une sirène. Dans ce registre, Les chiens dorment, malgré l’étrangeté du titre, est un véritable petit bijou de délicatesse où la voix de Lisa, accompagnée d’un gimmick de guitare qui marque la chanson d’une rythmique structurante, enchante dans les aigus et envoûte dans les graves. Dans l’air, également, se passe quasiment d’instruments autres que sa voix, à peine secondée d’une guitare évanescente qui accentue la finesse de la chanson, aussi légère qu’une plume. Même impression d’apesanteur pour L’échelle dont la voix traîne avec elle des accents nostalgiques qui lui vont à ravir, sans jamais tomber dans la guimauve.

Si la caution Animal K nous a déplu, plus convaincus par les morceaux aériens donc, loin de nous pourtant l’idée de dénigrer à Lisa Portelli toute velléité rock. On pourrait tergiverser sans fin sur ce qu’est le rock, une seule certitude : Lisa ne veut pas dire lisse. Il suffit d’écouter la moiteur électrique de Derrière le mur, les râles sulfureux de son Régal (vous avez dit « sexe n rock roll » ?), les intonations déterminées de son Horizon ou la force de son Orage pour s’en persuader. Finalement, cette Lisa-là est aussi flamboyante que sa chevelure blond-roux.

L’arbre en peine semble réconcilier ange et démon, pont entre deux styles comme un rite de passage : de la femme-enfant à l’adulte désormais assumée, de l’artiste en devenir à l’artiste reconnu. « Plus vite que jamais courir dans la plaine, plus que jamais sur le vent » chante la nouvelle séductrice rock de la chanson « en français ».

Si vite, et dotée d’un charme aussi intense, qu’on ne voit vraiment pas ce qui pourrait l’arrêter…

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En concert le 14 juillet aux Francofolies de la Rochelle, le 10 novembre an Nouveau Casino, et un peu partout en France entre les deux (toutes les dates sur http://www.myspace.com/lisaportelli)

A propos de l'auteur

Image de : Isatagada a une fâcheuse tendance à en faire trop tout le temps : s’investir pour de nouveaux artistes, photographier, parler, filmer, s’indigner, lire, se faire de nouveaux amis et écrire, écrire, écrire... L'essentiel étant de galoper, pas de manger des fraises. Du coup, elle se couche tard et se lève tôt ; rêve de téléportation et de quelques vies supplémentaires. Et de servir à quelque chose quelque part, en fait. Blog / Flickr

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