Life on Loop, le journal – Partie 4

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L’installation Life On Loop a investit la galerie PYO à Los Angeles le 23 octobre dernier, entre art vidéo et performance sonore. Tout juste rentré, Oan du groupe Film Noir nous livre des extraits de son journal et des photos.

Lire la partie 1, la partie 2 et la partie 3.

Le jour du vernissage arrive comme l’impression d’essayer de faire voler un avion pour la première fois. Toute l’équipe est sur le pied de guerre. Dans l’urgence de la finition, les lignes asservissantes de la division du travail s’estompent, on vit pendant quelques heures une utopie collectiviste réalisée. Le collègue devient un ami, chacun aide le «copain» à installer un câble, tirer une nappe, vérifier une connexion, à ajuster une affiche.
Les gens commencent à arriver, font rapidement le tour de la galerie avant de se poster près des chips et du vin. Une faune variée, parmi laquelle on identifie quelques sous-groupes: les collectionneurs, les hipsters, les bourgeoises en goguette, quelques amis.

Et c’est alors qu’enfin, et in extremis, tout est en place et qu’on va  pouvoir commencer, c’est à ce moment-là, comme si c’était écrit quelque part, que toute l’électricité saute. Les projecteurs s’arrêtent, les lumières s’éteignent, les diodes sur les instruments s’éteignent aussi. La panique n’est pas encore lisible sur les visages, ça arrive tout le temps les plombs qui sautent après tout. Sauf que tous les fusibles sont d’aplomb. Je constate immédiatement la beauté objective dans l’enchaînement des difficultés qui se sont dressées sur notre chemin jour après jour et qui semblaient mener inévitablement à ce dernier et plus formidable obstacle.
Finalement, une prise débranchée et rebranchée ailleurs suffira, mais on a quand même eu droit à notre petite émotion, et un quart d’heure de sourires forcés.
La performance se déroule très bien, presque comme dans un rêve, avec une sensation de fluidité contrastant avec la mise en place laborieuse des semaines précédentes.

Tout est parti d’une vidéo qu’a filmée Jungwan à Guam: un vieil homme qui marche dans une piscine pendant des heures. On en a fait une méditation sur le temps qui passe, la jeunesse et la vieillesse, l’ambition et l’acceptation, la volonté et la compulsion, résumée par cette phrase: Time is on your side, until it’s not anymore. C’est sans doute lié à notre âge à nous, celui de la fin de la jeunesse.

A la fin, Michael le stagiaire de Long Beach à la tête de poupon dans un corps de camionneur canadien, me félicite en montrant toutes ses dents. On me parle aussi d’un guitariste malien célèbre, je ne sais plus pourquoi. La fin de soirée est de toute façon moins claire dans mon souvenir. On m’a nourri au space-brownie puissant, et on a été à une fête dans une penthouse downtown appartenant à un acteur de télé, dont on m’a répété plusieurs fois qu’il était «pretty famous» comme un reproche qu’on m’adressait. Bref, tout ça s’est fini dans les vapeurs d’alcool à une heure oubliée, chez Roscoe’s, un fast-food au concept aussi improbable que populaire, qui a presque valeur de manifeste : poulet et gaufres. Poulet et gaufres ? Poulet et gaufres.

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En savoir +

Jungwan Bae et le collectif Friih : http://www.friih.com/

Film Noir : http://www.myspace.com/wearefilmnoir

PYO Gallery L.A. : http://www.pyogalleryla.com/

A propos de l'auteur

Image de : Oan Kim est un musicien et photographe basé à Paris. il est le leader du groupe Film Noir dont la réputation grandissante s'est étendue au-delà de la scène parisienne underground. Leur premier album I had a very happy childhood est sorti en 2009. Sa carrière internationale en tant que photographe l'a conduit à réaliser une douzaine d'expositions en France, en Corée ou en Chine. Il travaille également avec la vidéo et collabore régulièrement avec Jungwan Bae sur des projets multimédia.

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