Life on Loop, le journal – Partie 3

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L’installation Life On Loop a investit la galerie PYO à Los Angeles le 23 octobre dernier, entre art vidéo et performance sonore. Tout juste rentré, Oan du groupe Film Noir nous livre des extraits de son journal et des photos, avant la publication en exclusivité d’une vidéo de la performance.

Lire la partie 1 et la partie 2

Coucher de soleil sur les silhouettes de palmiers et d’avions qui décollent. Quand je vois glisser dans l’escalator un slim noir se finissant par une paire de baskets blanches je sais que Benoît est arrivé. L’uniforme indie parisien n’est pas aussi courant à L.A.

Contraintes logistiques et choix artistiques ont fait que finalement seuls moi et Benoît (bassiste chez Film Noir, guitariste par ailleurs et pour ce projet en particulier) sont de l’aventure du côté de Film Noir. Lui et moi avons passé une partie de l’été à préparer une musique pour Life On Loop qui alterne chansons et passages instrumentaux expérimentaux ou ambiants. L’idée était que l’image et la musique passent au premier plan à tour de rôle. Le format permet aussi plus de liberté musicale, moins contrainte par les règles du genre combo-rock. J’y réactive du coup un peu mon passé dans la musique contemporaine: beaucoup de textures sonores bruitistes, dans un feuilleté de couches superposées. Benoît explorait déjà ça dans son projet solo Factotum, du coup notre entente est assez naturelle.

Sur le chemin de la galerie Benoît me raconte la tristesse des longs voyages, quand dans les interstices de l’excitation, on ne sait pas ce qu’on va trouver là où on va, ce qu’on va bien pouvoir y foutre, et qu’on se demande pourquoi on a quitté sa famille pour s’enfermer dans un avion pendant des heures.

Le matin même Jinbok, le copain d’Ari, est arrivé de Séoul. L’appartement vire au squat de luxe, ce que Heidi -la galeriste- ne voit pas d’un très bon oeil.
Un peu plus tard, quand elle entend résonner à plein volume la musique qui va tourner en boucle pendant toute la durée de l’expo, elle a cette réaction d’une touchante spontanéité : “are you fucking kidding me!?”.

Les relations sont tendues, particulièrement entre Heidi et Jungwan, la bourgeoise et le hobo. L’installation de l’exposition est longue et coûteuse, et les négociations nombreuses sur qui aura quoi à sa charge. Heidi a un fonctionnement on/off : elle est gentille et conciliante jusqu’au moment où elle se transforme en petit chef autoritaire. Jungwan lui, est plus plastique, pratiquant constamment et avec tout le monde l’art de la persuasion soft. Ces différences de style contribuent en partie à l’ambiance d’antagonisme qui règne dans la galerie, mais ce sont surtout les motivations très différentes, et si représentatives du monde culturel, qui en sont responsables. L’Artiste veut avant tout réaliser son oeuvre le mieux possible, et milite pour y mettre tous les moyens, alors que l’Agent Culturel qui a charge de présenter et vendre l’oeuvre en question pense d’abord à l’équilibre de sa petite entreprise, cherche avant tout à minimiser les risques et maximiser le profit. A part peut-être dans les milieux associatifs, c’est toujours la même histoire.

Les jours suivants amènent leur lot de problèmes et de rebondissements, qui impliquent parfois un ouvrier coréen récalcitrant, un clandestin sud-américain appelé en remplacement, une engueulade sonore entre Jungwan et Ari, la police qui vient voir ce qui se passe, une structure qui s’affaisse, 3 jours de travail réduits à néant, des cables trop courts, un projecteur faiblard, un mal de dos, une gueule de bois, une bière renversée sur un ordinateur. Rien de bien méchant, juste assez pour avoir l’impression qu’il se passe des choses et oublier qu’on ne fait que travailler.

A suivre…

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En savoir +

Jungwan Bae et le collectif Friih : http://www.friih.com/

Film Noir : http://www.myspace.com/wearefilmnoir

PYO Gallery L.A. : http://www.pyogalleryla.com/

A propos de l'auteur

Image de : Oan Kim est un musicien et photographe basé à Paris. il est le leader du groupe Film Noir dont la réputation grandissante s'est étendue au-delà de la scène parisienne underground. Leur premier album I had a very happy childhood est sorti en 2009. Sa carrière internationale en tant que photographe l'a conduit à réaliser une douzaine d'expositions en France, en Corée ou en Chine. Il travaille également avec la vidéo et collabore régulièrement avec Jungwan Bae sur des projets multimédia.

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