Liars à la Machine du Moulin Rouge

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Alliant humeurs enfantines et débauche joyeuse, les New-Yorkais de Liars, fervents revendicateurs de la scène underground américaine, ont passé la dernière décennie à composer les albums de noise punk et de rock expérimental les plus lumineux.

Reconnaissable par ses dissonances et ses rejets des conventions stylistiques, le son qui émane du groupe est toujours un subtil mélange de controverse et de lascivité. Leur dernier opus Sisterworld sorti en mars 2010 est une preuve tangible de ce don pour créer des morceaux concupiscents, crédibles et complaisants. Leur présence à la Machine du Moulin Rouge était donc immanquable d’autant plus que cette salle, anciennement Locomotive, a été refaite de toute part pour accueillir désormais des concerts de qualité.

Team Ghost ouvre ainsi les hostilités dans la petite salle de la Chaufferie. Trop de monde dans une salle trop petite où le son laisse à désirer associé à un post-punk hasardeux ne paraît pas être la combinaison idéale. S’il excellait dans son ancien groupe M83, il est fortement dommage que Nicolas Fromageau, se soit arpenté sur les chemins scabreux d’un shoegaze mal expérimenté et inaudible. C’est donc après une bonne demi-heure qu’ils ont laissé place à l’instrumentaliste John Wiese. La surprise du public fut de taille, car rares sont les amateurs de musique drone. À invité unique, set list unique. John Wiese nous fait donc cadeau — empoisonné — d’un morceau long d’une bonne vingtaine de minutes. Les amateurs de Sun O))) sont aux anges, les autres écument leurs verres histoire de passer le temps.

Le temps d’un changement de scène et les troupes sont déjà sur le pied de guerre devant la Centrale. Les membres de Liars ne sont pas venus seuls et lorsqu’ils nous confiaient lors de leur précédente interview vouloir autant de musiciens qu’ils pouvaient se payer, l’on constate que ce n’était pas des paroles en l’air. C’est ainsi que quatre musiciens additionnels et There’s Always Room on The Broom plus tard que nous avons pu constater l’ampleur du talent d’Aaron, Angus et Julian. Faisant fit des apparences, l’axe majeur est recadré sur l’excellence musicale et c’est sur les notes de Scarecrows On A Killer Slant et l’intelligible No Barrier Fun que Sisterworld est présenté aux profanes. Le public est ultra réceptif et sauf erreur de jugement il semblerait que l’assemblée ici présente n’est autre qu’une horde de fans aux cheveux hirsutes!

Image de Liars à la Machine Rappel nostalgique ou hommage affectueux, Loose Nuts On The Veladrome, extrait de leur tout premier album They Threw Us All in a Trench and Stuck a Monument on Top, permet de raviver l’inclinaison du public, digne du Manège Enchanté, pour la dance-punk. Poursuivant leur set avec l’exubérant It Fit When I Was A Kid — la pochette avait fait scandale lors de sa sortie single, car elle affichait les trois membres de Liars dans des positions dignes d‘un film X — et l’incontournable Clear Island, le groupe ne perd pas de sa vitalité. Au contraire, il en profite pour assurer la promotion de Sisterworld en surenchérissant avec d’autres titres tels que I Still Can See An Outside World et l’intrigant Scissor. Arrive ensuite la chanson bonus de la soirée, celle qui remplaça tant bien que mal le très sensuel Houseclouds. Nous parlons ici de By Your Side, extrait des bonus tracks de leur troisième album Drum’s Not Dead. La surprise était appréciable, mais c’est la fraicheur de Proud Evolution et l’aisance sonore de Sailing To Byzantium qui ont véritablement été les atouts principaux de ce live.

Concluant sur Plaster Casts Of Everything, le break était plus que nécessaire. Tant d’émotions concentrées sur un si court laps de temps mérite au moins une pause cigarette, chocolat, soft-drink ou alcool pour les plus décadents et verre d’eau pour les autres. Quelques minutes plus tard, le groupe se replace tranquillement pour conclure leur show sur les sémillants Too Much, Too Much et The Garden Was Crowded And Outside.

Reproduisant, presque à la perfection, l’effet transcendant de leurs albums en live, il est évident que l’ingéniosité et la sensualité sont les leitmotivs du groupe. Ce concert n’est qu’une simple démonstration, leur talent n’a d’égal que leur folie. À la limite du revival, les membres de Liars sont passés maître dans l’art de la musique post punk. Se plaçant en icônes décadentes de la scène underground actuelle, ils cultivent une nonchalance baudelairienne dont le spleen est à savourer avec délectation.

SETLIST : There’s Always Room on the Broom / Scarecrows on a Killer Slant / No Barrier Fun / Loose Nuts on the Veladrome / It Fit When I Was A Kid / Clear Island / I Still Can See An Outside World / Scissor / By Your Side (Bonus Track) / LA 11- Proud Evolution / Sailing To Byzantium / Plaster Casts Of Everything
Encore : Too Much, Too Much / The Garden Was Crowded And Outside

Crédits photo : Phil A

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A propos de l'auteur

Image de : Mes passions ont toujours été dévorantes et poussées à leur paroxysme. Les mots sont un exutoire idéal et mon admiration est totale envers des écrivains tels que Robert Heinlein, Hubert Selby Jr., Bret Easton Ellis, Franz Kafka ou encore Albert Camus. http://www.tasteyourmusic.wordpress.com

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