Léz’Arts Scéniques – Jour 3 : De l’amour à la française à une déferlante de bonnes vibrations….

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De la chanson française à l'électro en passant par le reggae, la dernière journée du festival a été la plus diverse et la plus fréquentée.  Séquences émotion avec les adieux de la Ruda et les balades de Jimmy Cliff qui font regretter l'enfance

Ils ont 14 ans, portent des habits très colorés, ont les cheveux bouclés et se lancent dans la musique. Elements 4, troisième gagnant du tremplin Léz’Arts Scéniques, ne se sont pas laissés démonter et ont ouvert la dernière journée chanson française / reggae du festival. À l’aise sur scène, spontanée pendant la séance de dédicaces, la fratrie livre quelques compositions pop abouties. Leur premier album Our dimension est dans les bacs depuis peu.

Lyre le temps, groupe électro/hip-hop aux inspirations infinies, a pris le relais en assénant les premiers jumps de l’après-midi. Leurs morceaux About the trauma drum, Hit the road Jack au clavier, et leur nouveau single, Swing machine avec le groupe de hip-hop Art District font mouche. On en a d’ailleurs profité pour rencontrer les trois copains strasbourgeois, en début de soirée, pour évoquer avec eux la scène, leurs héros, le skateboard et la manière dont ils comptent aborder la suite d’une carrière prometteuse, pour un portrait à venir très vite.

Programmé à l’heure du goûter, le Grand Orchestre de la Ruda n’aura pourtant pas ménagé sa peine pour distiller son art de la joie et des petites histoires à un public déjà un peu nostalgique de la fin d’une époque. À quelques mois de rejoindre le panthéon du rock alternatif aux côtés de ses nobles prédécesseurs, la Mano et les Sheriffs en tête, et en attendant cet ultime Grand Soir angevin, Pierrot et sa bande auront rebranché les amplis pour un dernier baroud d’honneur électrique. Malgré un horaire définitivement indigne de leur statut, ils auront parcouru leurs 20 ans de carrière pour 60 minutes pieds au plancher.

D’un Bruit du Bang lâché dès les premières minutes, en passant du côté de chez Léon, nous rappelant le Prix du Silence, sabrant le Champagne pour la mort de son Daddy, l’Instinct du meilleur chevillé au corps, Pierrot aura eu beau nous asséner que Tout va bien, on le sent ému lors des ultimes remerciements. Une fin forcément abrupte, et la promesse de ne pas en rester là. De ne pas se quitter ainsi, coincé entre deux concerts par un dimanche après-midi de festival. Mais de faire les choses bien et de célébrer le sabordage du groupe comme il se doit, entre amis du Bruit et de la Sueur, lors d’une dernière tournée automnale explosive.

Passons du côté sombre de l’humour avec les Fatals Picards, petits foufous de la chanson rock. Le chanteur Paul Léger entame les festivités avec une version très rock du Combat ordinaire. Carré, le groupe envoie la sauce, et chaque intermède sera l’occasion d’une petite saynète, souvent très réussie, où se retrouvent les têtes de Turc habituelles du groupe, la chanteuse de Superbus en tête de gondole. Ca dénonce (Coming Out, Les Princes du Parc), ça déconne (Punk à chiens) et l’inventaire à la Prévert parait sans fin entre les hippies, les Enfoirés, Alizée, la chanteuse de Superbus (encore et toujours) et bien sûr Bernard Lavilliers.

Après une version très réussie de Mon père était tellement de gauche par le batteur du groupe, qui pensait jusqu’à peu que « Giscard était l’avenir de la France », c’est le très dispensable L’Amour à la française qui a bien failli clôturer le set. Mais ce sera sur un medley en forme d’hommage à Noir Désir, aux Bérus et à la Mano Negra (Noirs), que le groupe prendra finalement congé du public…

Debout sur le zinc, les gentils saltimbanques de la chanson française, ont été le moment douceur de l’après-midi. Les Moutons, Elle, Ma déclaration, Les mots d’amour, les chansons sont plutôt belles, mais définitivement pas assez pêchues pour une scène de festival, surtout quand les transitions virent vers une caricature de mièvrerie difficilement supportable après le doublé la Ruda / Les Fatals Picards.

Alors que les lumières vert-jaune-rouge s’allument sur scène et éclairent les visages des festivaliers, c’est la partie reggae de ces trois jours qui débute par le concert de l’Ivoirien Tiken Jah Fakoly. Une dizaine de musiciens et de danseuses, des appels au partage, à la tolérance, à la révolte (Africa, Plus rien ne m’étonne). De jolies intentions et des bonnes vibrations qui n’arrivent pas à masquer le caractère atrocement répétitif de chacun des titres joués.

Avec l’arrivée de Jimmy Cliff, le Patron à la soixantaine leste, dont la présence était attendue par des milliers de personnes venues lever les mains pour cette messe du reggae grand public, les bonnes vibrations citées plus haut ont encore monté d’un cran. Sur Hakuna Matata, cette joyeuse chanson qui règle tous tes soucis (dixit Pumba), on reste un peu déçus par l’absence d’animaux de la jungle sur scène. Pour ce qui est de la caution-mignon, il aura fallu se contenter de trois enfants bougeant de façon tout à fait attendrissante, leurs petits bras suivant le rythme de Papi Jimmy.

La voix claire et la démarche chaloupée, notre bon Docteur a l’air de bien se porter et danse sur Many rivers to cross, puis lève les mains vers le ciel sur son tube qui fout la banane I can see clearly now, la reprise de Johnny Nash. Après l’inévitable Reggae Night, les percussionnistes s’alignent et, voix à l’unisson, entonnent Rivers of Babylon. Pour le rappel, le groupe jamaïcain offre son nouveau single One more, issu de son nouvel album ReBirth produit par Tim Amstrong, le chanteur de Rancid. Et finit sur Wonderful world (with beautiful people). C’est beau, on y croirait presque.

En avançant vers le bon gros show électro de Birdy Nam Nam, on croise le chanteur des Fatals Picards se dandinant dans le public : « Je ne sais pas si ça me plaît parce que je suis déchiré ou si ça me plaît vraiment, mais ça me plaît« . Si certains regrettent les improvisations de scratch sur vinyle qui les ont fait connaître, la plupart des fans n’ont pas boudé leur plaisir sur les remix du quatuor français, qui s’est offert Skrillex et les Foreign Beggars sur son nouvel EP.

Doctor P clôture le festival devant un parterre de festivaliers dignes des derniers des Mohicans. « C’est bon, j’ai mis un soutif de sport, je peux aller m’éclater » annonce Julie, qui se console d’être le Sam de la soirée en se jetant dans la foule.

Une dernière salve de dubstep pour achever cette édition 2012 d’un festival, à l’esprit DIY parfaitement réjouissant et pas vraiment comme les autres. En espérant que les suivantes seront nombreuses et tout aussi réussies.

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: Journaliste free-lance presse écrite / web - Sur Discordance dans les rubriques Musique/Médias/Société - Tente de s'intégrer mais c'est pas évident. @LaureSiegel

1 commentaire

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  1. 1
    Melissandre L.
    le Vendredi 3 août 2012
    Melissandre L. a écrit :

    Les photos sont vraiment chouettes

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