Léz’Arts Scéniques jour 2 : En robe Jean-Paul Gaultier ou au crâne tatoué, le réveil des punks

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Harmonica autour du cou, chemise de bûcheron et barbe noire, notre Bob Dylan local -au moins- a ouvert la journée rock avec brio.

Belle énergie dans la voix et présence scénique sans fioritures, Thomas Schoeffler Jr est une des révélations de la scène locale. Même s’il passerait mieux dans un saloon, l’album de blues country du cow-boy « Daddy’s not going home » a été accueilli sous les applaudissements. Un chouette aperçu de son univers avec le clip de Whatever you do.

« Oulà tranquille 18 chansons de deux minutes en une heure, on a vachement le temps ! Si vous voulez que ça aille plus vite, faites votre groupe, faces de con ! » Mesdames et messieurs, Guerilla Poubelle, chantres de la culture caniveau, pour leur dernier concert avec leur batteur Alex. Pancarte Free female orgasm, visages peinturlurés, bataille de paille dans ta face : le public des punk-rockeurs parisiens s’est royalement mis à niveau. La révolution pour les lâches, Un plan de carrière avec un flingue sur la tempe, Sur le trottoir, Till dégaine ses morceaux en se marrant, court comme un dératé sur scène, balance sa guitare, et insulte le public, encore. À l’instar de certains T-shirts Guerilla Poubelle, c’était mieux avant, titre de leur dernier album-compilation, certains festivaliers le pensent vraiment. « Ils sont un peu périmés les GxP non ? À part le chanteur, ils ne sont pas très fun les autres, c’est un peu moins punk comme concert » estime Julie, qui se jette pourtant l’instant d’après dans le pogo de Demain il pleut.

L’ambiance nawak retombe avec le concert pépère d’Everlast. Les fans ne s’attendaient pas forcément à une version acoustique des morceaux de l’Américain Eric Schrody: « Pas de samples, pas de mix, juste deux guitares. Merde, j’ai failli m’endormir ! » s’étonne Steph, des tatouages plein le visage. Pendant cette heure de rock nostalgie plutôt agréable passée dans l’herbe au soleil, l’association Pelpass, qui assurait l’atelier jeux de hippies, a tenté de rebooster les festivaliers au mégaphone : « On cherche trois personnes pour une tournante ! ».

Tout le monde s’est relevé pour les Toy Dolls, introduits par la valse de Strauss Le beau Danube bleu. Les fringants punks à lunettes de soleil sont déjà passés par Sélestat il y a quatre ans et ont réoffert la même tranche de rigolade aux festivaliers. Des garçons qui se collent des gobelets recyclables sur les tétons et se touchent la crête, les filles qui s’écrivent des messages obscènes sur le ventre, c’est ambiance sale gosse dans la fosse. Éternelles victimes, les agents de sécurité se prennent des ballots de paille dans la face et doivent en plus porter des slameurs tout transpirants de sueur et d’alcool. Avec le sourire s’il vous plaît.

Très bons clients pour les photographes, enchaînant les sauts de chat qui font swinguer leur petite cravate jaune, les deux chanteurs-guitaristes jouent leurs tubes avec frénésie dans une grande fête folklorique punk. Ils débouchent la bouteille de lambrusco lance-paillettes rituelle, ça les fait toujours autant rire. Puis ils remercient le public dans toutes les langues, qui entonne en choeur Nellie the elephant en se prenant par le bras et qui vient toujours les voir avec enthousiasme depuis plus de 30 ans maintenant. Les Toy Dolls adorent leurs fans et mettent un point d’honneur à garder une relation personnelle avec eux via leur site.

Moment de grâce avec l’arrivée de Catherine Ringer, dans une robe à franges vertes audacieuse signée Jean-Paul Gaultier, son partenaire mode pour le clip de Punk 103, un des titres phares de son dernier album Ring n’ roll. Elle livre ses morceaux solos Prends-moi ou Got it sweet, avec autant de vigueur que les tubes de Rita Mitsouko qui ne prennent pas une ride. Rayonnante, rouge à lèvres carmin, elle donne tout sur Ding ding dong, Andy, La sorcière et l’inquisiteur, Le petit train. La diva achève Les histoires d’amour finissent toujours mal à genoux, implorant le ciel, les mains sur les yeux. Arborant le bonnet d’un festivalier – qui peut mourir désormais- Catherine Ringer balance un rappel de feu sur C’est comme ça. Un tambourin dans la main, elle admire son fils Raoul Chichin faire son show, la guitare derrière la tête. Elle s’en va ovationnée, offrant un bisou coquin au public. Trop une copine cette Catherine.

« ACAB ! » Rancid démarre les hostilités devant un public conquis, venu pour eux. Crâne tatoué, guitare fatiguée, le chanteur au chapeau Tim Amstrong en fait plus rêver plus d’une : « Lui, c’est mon futur mari » assure Stéphanie sous le regard affecté de son copain. Depuis ses 15 ans, elle arbore le patch de Rancid sur son sac Eastpak, alors elle veut savourer sa première fois. C’est d’ailleurs une première pour une grande partie des festivaliers, Rancid ne s’étant plus produit en France près de dix ans. La fille du public montée sur scène pour chanter avec le groupe, non sans talent, s’en souviendra aussi. Le concert est à la hauteur de l’attente avec une heure et demie de bonheur et d’hymnes fédérateurs (Time Bomb, Fall back down, Out of control, Let’s Go) pour les amateurs de street punk mâtiné de ska. Les spectateurs ressortent sonnés de ce show massif, la tête à l’envers et les pieds frappant le vent. Les milliers de mains en l’air en redemandent. Si vous voulez à nouveau fêter les 20 ans du groupe californien en France, rendez-vous au Trianon à Paris ce jeudi…

Surprise avec la prestation de Mr Magnetix, moitié du Catcheur et la Pute en projet solo, avec son Cabaret Freaks composé de créatures toutes plus troublantes les unes que les autres. Deux silhouettes en combinaison intégrale rouge et verte se frôlant outrageusement, un cyberpunk maître du laser, une jeune bonne soeur à la découverte de ses sens et de la fessée, une strip-teaseuse en patins à roulettes, une grosse araignée-bulle, une catwoman dominatrice, un policier jedi et un curé tentant de moraliser cette anarchie. Tout ça sur des remix de Prodigy, des Rolling Stones, de Marylin Manson et de System of a down. BAM. La claque visuelle s’achève sur une valse réunissant tous les freaks de ce show extravagant et un Ave maria blasphématoire.

Sous la pluie, la machine Bloody Beetroots prend le relais pour un set d’électro pur, les deux DJ italiens étant perchés sur leur promontoire. Déception pour les derniers survivants de la journée, le concert ayant été écourté d’une demi-heure.

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: Journaliste free-lance presse écrite / web - Sur Discordance dans les rubriques Musique/Médias/Société - Tente de s'intégrer mais c'est pas évident. @LaureSiegel

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