Léz’Arts Scéniques jour 1 : Le métal c’est comme les MILFs…

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Température caniculaire et longue file de chevelus dérivant lentement vers le théâtre des opérations pour ce premier jour du festival Léz'Arts Scéniques de Sélestat...

… Tu connais Peter Pan Speedrock ?…
… On ne sait plus comment s’habiller, une fois il fait chaud, le lendemain on se les gèle…
… J’ai déclenché une bagarre générale, j’ai pris 9 points de suture ! …
… Salut mademoiselle, tu aurais un peu de monnaie pour qu’on s’achète des entrées avec mon pote ?…

Le chemin qui mène au festival Léz’Arts Scéniques, balade bucolique le long de la rivière, est propice à la conversation de comptoir.

French Touch puta madre

On arrive donc de bonne humeur pour ce premier jour estampillé métal, sur les riffs de Black Bomb A. Tous les musiciens sont torses nus, arborant leurs tatouages-poils, hurlant à tour de rôle les paroles dans un gros cocktail énergisant. En short de plage, un des chanteurs parle un peu anglais, un peu espagnol, mais revient vite au français pour exiger du public une bonne vieille baston droite-gauche (Ici une version extrême du wall of death au Wacken métal festival en 2010).

Mathieu écoute poliment ce bon concert de copains qui descendent dire merci au public après leur prestation, après s’être éclaté sur Municipal Waste : « C’est le seul groupe que je voulais vraiment écouter aujourd’hui, je ne les avais encore jamais vus. Des vieux trashos bien dégueu. C’était trop cool, ils sont tarés. »

Les fans attendaient aussi de pied ferme Lofofora et son chanteur Reuno, à la voix et à la trogne reconnaissables entre toutes. Le punk est un habitué de Sélestat : il s’y sent tellement chez lui qu’il ira jusqu’à prendre les platines à la fin de la soirée pour un rock set à la cool chez les VIPs. Mais il aura surtout bien pris soin des festivaliers, entre vieux classiques et nouveaux titres de Monstre ordinaire, tous introduits par un speech bien senti. « Y en a qui se droguent, y en a qui fument, y en a qui baisent comme des lapins, ou qui passent les trois quarts de leur vie sur un réseau social pour exister. Mais je ne juge pas : chacun son élixir d’indifférence. C’est pour survivre c’est tout ! ». Suivront Justice pour tous, La merde en tube, Cannibales, Le fond et la forme, Utopiste… C’est vrai et ça fait du bien de le dire, même si ça ne change pas grand chose.

Le groupe finit sur une dédicace à la salle de concert Chez Narcisse, dans le Val d’Ajol, célèbre repaire de loubards où le groupe ne manque jamais de passer à chaque tournée.

Achtung Sie kommen…

Destruction, ce sont des têtes de mort sur les micros, des blousons en cuir clouté, des piercings entre les deux yeux et des cheveux longs devant. Le choc visuel est marrant cinq minutes, mais le jeu de scène n’est pas incroyable, ni le flot de paroles, incompréhensibles. Mais est-ce bien là l’essentiel ? Selon l’étude bien connue, les fans de heavy métal seraient des génies incompris, qui trouveraient dans cette musique de l’enfer un défouloir bienvenu.

Le public hurle d’approbation à l’arrivée de Sodom et de son chanteur, affublé d’un T-shirt « Oktoberfest Munich-Beer revolution ». What else ? Les joyeux papis s’éclatent sur scène, beuglant Sodomie à chaque début de chanson. Et ça plaît, les métalleux des premiers rangs sont ravis, jugeant le concert comme l’un des meilleurs de la soirée. Un Allemand de Kehl nous confie qu’aucun nouveau groupe (comprendre par là, ayant moins de 15 ans d’existence) n’arrive à le faire vibrer. Avec son fils, groupie de Slayer du haut de ses dix ans, il attend avec impatience Kreator, les patrons.

Laurent et Justine sont également en première ligne : « Lofofora ça passe, mais Black Bomb A c’est du métal de minette. Nous on est là pour le Big 3 du trash métal allemand, Testament, Sodom et Kreator. Ils auraient encore mis Tankard sur l’affiche et ça aurait été parfait. » Mais Laurent, pourquoi ce goût pour les groupes teutons tout droit sortis des années 1980 ? « Tu sais, le métal c’est comme les MILF. Plus c’est des vieux, plus c’est mieux ».

Testament ayant annulé sa venue à Sélestat, le Big Three du trash teuton se sera donc transformé en Grosse Zwei, mais cela n’a pas eu l’air d’entamer l’enthousiasme d’un public où la langue de Goethe côtoie allègrement celle de Molière, répondant comme un seul homme lorsque le groupe apparaît dans un décor de goule. L’apocalypse commence et durera 70 minutes avec leurs hymnes les plus aboutis (Hordes oh Chaos, Phobia), un drapeau (Flag of hate) hissé bien haut par un chanteur à la voix remarquablement bien conservée et un fond qui n’est pas sans rappeler le Metallica des premières heures.

À un moment, Finntroll se sera fait une place dans cette furie. Longue traînée noire peinte du visage jusqu’au torse, les Finlandais, sérieux comme des papes darks, ont plaqué leurs hurlements pagan sur des mélodies folkloriques. L’occasion également d’admirer le plus beau Hairwall de la soirée, tous les musiciens secouant leur chevelure à un rythme impressionnant.

Suicidal for life…

Changement radical de style (et de continent) avec les gangstas à bandanas de Suicidal Tendencies. Mike Muir et sa bande, casquette à visières vissée sur le crâne, font le show et déroulent une setlist en forme de best of. Avec cette façon de bouger si caractéristique, Muir donne l’impression de ressentir physiquement chacune des notes sortant de la basse de Tim Rawbiz Williams.

Il nous refait également le coup du fameux nouvel album, devant sortir depuis plus de 10 ans, et d’une tournée française de plus de 25 dates pour l’année prochaine. Soit. Mais l’essentiel sera surtout dans cette ferveur à rejouer leurs meilleurs classiques pour une jolie réunion de famille (et d’amis) où les STs seront mimés et scandés en choeur.

Possessed to skate, You can’t bring me down, Institutionalized, Cyco Vision, We are family, War inside my head, le flow de Muir est impeccable et la leçon de batterie de Eric Moore, au style massif, est magistrale. Violent, funky, groovy. Le pied.

Papy fait de la résistance

Dire que le set de Ministry était attendu relève de l’euphémisme. Alors qu’on pensait le groupe éteint, Al Jourgensen vient de le faire renaitre et son Defibrillatour 2012 passe par Sélestat. À voir le bonhomme bouger et à l’entendre parler entre les morceaux, on se dit que la tournée aurait dû plutôt s’appeler Deambulatour et que de vider une bouteille de vin entre chaque titre n’est peut être plus très raisonnable la soixantaine approchante. Un sérieux coup de canif à cette icône de l’indus, dont il est difficile de cerner les intentions réelles en revenant ainsi sur le devant de la scène. Les diatribes anti-Bush commencent à dater et les vidéos projetées en arrière-plan sentent le recyclage des tournées de Rio Grande et de Last Sucker.

Oui, mais voilà, le backing band est irréprochable et quand Papy Al chante ça continue d’envoyer méchamment du lourd. A tel point que lorsqu’il termine son set avec un enchainement magique de N.W.O, Just one fix et Thieves on reste pantelant. Et les oreilles en sang à cause d’un volume sonore proprement sidérant.

Mais le Roi n’est pas infaillible : le lendemain de son passage à Léz’Arts Scéniques, Al Jourgensen s’est effondré sur la scène du Bataclan à Paris, victime de déshydratation et d’extrême fatigue. Le post Facebook du groupe revient plus en détails sur son état de santé.

De l’art de voir des étoiles dans un ciel orageux

Retour dans les champs sélestadiens où le maigre public resté devant New Model Army aura été joliment récompensé par un excellent concert d’un groupe culte (et trop rare) qui n’aura pas failli à son statut, entre énergie, passion et lyrisme. Joie visible du chanteur de clôturer la soirée. Petite dédicace aux banques en entame de Today is a good day écrite le jour de la chute de Lehmann Brothers. Et une version splendide d’I love the world pour finir le set. Plus de 30 ans de carrière et la confirmation de ce qu’on nous disait en début de soirée….

« Le métal c’est comme les MILFs… »

Crédits photo : Laure Siegel

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: Journaliste free-lance presse écrite / web - Sur Discordance dans les rubriques Musique/Médias/Société - Tente de s'intégrer mais c'est pas évident. @LaureSiegel

2 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 1 août 2012
    stef68 a écrit :

    steve brunner n’est plus le bassiste de suicidal tendencies depuis le début d’année , il a été remplacé par tim rawbiz williams

  2. 2
    le Jeudi 2 août 2012
    Taggi a écrit :

    Il sont sans doute bien gentils les Laurent et Justine cités dans l’article, mais un peu d’ouverture d’ésprit leur ferait sans doute du bien, parce que leur « Lofofora ça passe, mais Black Bomb A c’est du métal de minette. Nous on est là pour le Big 3 du trash métal allemand » Je trouve ca un peu limite… Chacun ses goûts, il suffit juste de réspecter ceux des autres.

    Sinon vraiment sympa l’article !

    Bons concerts à vous tous.

    Christophe, une des nombreuses minettes fan de bba.

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