Léz’arts Scéniques 2010

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Cohérence de l'affiche. Gros moyens techniques. Et accueil exemplaire. Voici ce qui pourrait résumer cette nouvelle formule, tel un mantra servant de ligne directrice à ses organisateurs, qui n'auront pas ménagé leurs efforts pour nous proposer leur vision à eux du festival idéal…

Exit les plafonds trop bas de la salle des Tanzmatten, Léz’arts Scéniques s’est affranchi de sa configuration « salle de mariage », pour prendre ses aises outdoor avec deux scènes, dont l’une sous chapiteau (celui du Hellfest, pour les connaisseurs) et une autre lui faisant face (celle de Décibulles, pour les puristes). Entre les deux : des stands de catering locaux et un gros market pour refaire sa garde-robe et sa collection de disques. Le festival fondé en 2001 par l’association Zone51 a visiblement franchi une étape, et même si les affiches ont toujours été d’un bon niveau, il s’agit bien là avec cette édition 2010 de jouer dans la cour des grands.

Condensé de ces 3 jours de fête qui auront enflammé le Grand Est à grands coups de métal, de rock’n roll et de bonnes vibrations. Car outre les différents styles musicaux, et une foule joliment éclectique, ce qui sautait aux yeux fût le grand bonheur de tout ce petit monde (public, artistes, bénévoles, organisateurs) à se retrouver ensemble pour faire la fête jusqu’au bout de la nuit.

Lemmy, Ultra Vomit et les autres…

La tête d’affiche incontestable de cette première journée fut sans aucun doute les légendaires métalleux d’Ultra Vomit. Set rôdé à la perfection, ne laissant aucune place à l’improvisation, ces virtuoses de leur art n’auront ménagé aucun effort pour en mettre plein les oreilles à un public rigolard qui se pressait en masse sous le chapiteau en cette fin d’après-midi. Les poses menaçantes à la Manowar succèdent aux solis de guitare enflammés et le batteur derrière ses fûts n’aura de cesse de démontrer son aisance à la double pédale, au blast beat et au jonglage de baguettes. Tour à tour revendicatif Pauvre connard, nostalgique Pour un mosh, Je Ne T’Es Jamais Autans Aime, menaçants Gremlins at the gate, Daryl Cowl Chamber ou plus léger Boulangerie Pâtisserie, Je possède un cousin) le groupe aura bien sûr garder son tube pour la fin et ce sera tout Sé-Lestat (le vampire) qui reprendra Je Collectionne Les Canards (Vivants) comme un seul Homme. Avant cela, les Tenacious D. français n’auront pas manqué de glisser de nombreux hommages à leurs contemporains (Calogero, Reel 2 Real, Captain Jack) et lorsque le générique de Motus résonne dans les amplis, le public est partagé entre la déception de savoir que le set touche à sa fin et la jubilation d’avoir pu assister à ce grand moment. D’ailleurs, la même phrase se retrouvera sur beaucoup de lèvres : « Qu’ils sont cons, mais qu’ils sont bons…. »

Difficile donc pour Gojira de passer après eux. Il aura fallu toute l’expérience internationale du groupe pour affronter la pression. Et nos Bayonnais sont plus impressionnants que jamais. Lizard Skin en intro pour ravir les fans de la première heure et une grande partie du show qui se concentrera sur les deux derniers albums en date : From Mars to Sirius (The Heaviest Matter of the Universe, Flying Whales, Backbone) et The Way of All Flesh (Oroborus, Vacuity, The Art of Dying). Lourde, compacte, profonde. Sur scène, la musique de Gojira prend littéralement vie, tel un Mastodon s’élevant lentement des profondeurs de l’océan. Porté par des projections vidéos collant parfaitement avec l’ambiance des morceaux, le métal si spécial du groupe, à la fois brutal et d’une fascinante richesse, est une belle baffe et un instant rare d’abandon.

Bien qu’après toutes ces années, il est possible de prédire à la seconde près le déroulement d’un concert de Motörhead, il n’empêche que ça fait toujours son petit frisson de voir débarquer le légendaire Lemmy et sa bande à quelques mètres de soi. Tous les passages obligés y étaient. Les premiers mots de Lemmy furent bien sûr « We are Motörhead and we play rock ‘n’ roll ! ». Comme sur toute la tournée Motörizer le solo de Phil Campbell (toujours aussi classe le bonhomme) a inévitablement déboulé juste entre One Night stand et The thousand names of god. Le son était plutôt moyen, la voix de Lemmy toujours aussi monocorde, et le rappel a été expédié sur Ace of spades et Overkill. Papy Lemmy a ses habitudes et hors de question de faire la révolution à Séléstat en modifiant quoi que ce soit à son show. Ce serait une grave erreur d’ailleurs, puisque c’est exactement cette intemporalité que beaucoup sont venus chercher. Décontraction, classe et rugosité. Un cocktail dopé à la testostérone et une ambiance familiale entre habitués de la première heure et curieux venus toucher du doigt le mythe. Toujours un très bon moment. Et une grosse pensée toute spéciale pour l’un de leur plus grand fan…

Des Helvètes qui font du folk métal celte. D’ailleurs Eluveitie signifierait Je suis Suisse en patois helevetico celte. Pas de grandes surprises donc à voir débouler nos 8 amis, cheveux au vent, toute cornemuse et violoncelle dehors. Sur scène ça se prends sévèrement très au sérieux, et mine de rien ça se laisse écouter avant d’attaquer l’un des morceaux de choix de la soirée avec la venue trop rare en France de Paradise Lost, les papes du gothic-metal. Plus de 20 ans de carrière, un line-up plutôt stable et un dernier album en date, Faith Divides us, Death Unites us qui se révèle être un petit bijou à la fois sombre, violent et mélodique, qui condense à lui seul les nombreuses évolutions musicales du groupe (période électro mise à part). Sur scène ça envoie du bois, et le son est massif. La setlist fera la part belle aux titres du dernier album, sans oublier le premier succès du groupe (As I Die), ni de fait un petit tour parmi les standards de leur période post-doom One second (One Second, Say just words), et Draconian Times (Enchentment). Pas de fantaisie, ni de grande théâtralité on stage, leur prestation reste très fidèle à leurs albums studio, et la beauté noire de leur musique la parfaite conclusion de cette première journée.

Just a punk rock day…

Les doyens du rock celtique sont de passage en Alsace. Et malgré l’horaire (17h30) et la météo (cagnard) la foule est nombreuse devant la scène open air, alors même que le concert des vétérans d’Undertones est en cours sous le chapiteau. C’est un signe, le public ne veut pas en rater une miette. Ovation à l’entrée de Gary et sa bande puis reprise en cœur du premier morceau Tirer des caisses. La scène se répétera d’ailleurs pendant tout le reste du concert : acclamations du public suivi de titres dont visiblement la foule connait l’ensemble des paroles par cœur (Survivre en ennemis, C’est un pays, Encore un rhum). Le hit, un poil anarchiste Juste une gigue en do, sera le point culminant de ce show et achèvera d’électriser une assemblée déjà bien motivée. Pour conclure une chanson que même les riverains du festival ont dû reprendre en chœur : Du rhum des femmes revue et corrigée façon rock n’ roll à l’occasion des 22 ans de l’album Première Bordée. Si l’on se fie à l’ambiance et à l’adhésion remportée par le groupe, Soldat Louis aura assuré l’une des performances les plus convaincantes de ce week-end.

Un bal populaire où la crème de la scène alternative française reprendrait les plus célèbres hymnes rock de ces 20 dernières années. Sorte de playlist idéale toute droite sortie de l’iPod des gens de goût. Et merveilleux prétexte pour faire la fête entre potes sur la scène et dans la fosse. Voici le concept du Bal des Enragés imaginé par Niko de Tagada Jones et qui réunit pour l’occasion des membres de Lofofora, Punish, Tagada Jones, Parabellum, la Phaze et Black Bomb A. Une sacrée bande et un joyeux bordel pour un medley de rêve. Avec en spécial guest Didier Wampas et Fétus d’Ultra Vomit. Si en temps normal le set fait dans les 2 h 30, configuration festival oblige, le show a été raccourci d’un bon tiers, mais quel plaisir de voir toute cette fine équipe s’en donner à cœur joie en reprenant Rammstein, Sex Pistols, Sick of it all, Rage Against the Machine, les Stooges, les Wampas, les Ramones avec en accompagnement les performances enflammées de Klodia et de Lolo le Fourb’. Vive les fous et vive le feu.

Institution du punk rock depuis plus de 30 ans, Bad Religion aura été de toutes les époques et a su conserver intacte sa fougue et son pouvoir contestataire. Le temps ne fait rien à l’affaire et le groupe est visiblement ravi de se retrouver ainsi en terrain conquis. Les brûlots punks se succèdent à toute vitesse. Aucun temps mort. Et pour cause avec près de 200 chansons en réserve, pas le temps de se perdre en de longs discours. D’ailleurs les textes, parmi les meilleurs du genre, se suffisent amplement à eux-mêmes. Just some punk rock songs ? Certes, mais mine de rien, c’est déjà beaucoup. Et comment bouder son plaisir avec des titres tel qu’American Jesus, Suffer, Infected, Sorrow ou 21st Century digital boy remplis de rage et de passion. Non décidément. Le temps ne fait rien à l’affaire.

Sous ses airs de punk bravache, Didier Wampas est un grand sentimental. D’ailleurs il sait parler aux filles comme personne. Surtout celles (nombreuses) des premiers rangs. Entre elles et lui, c’est de l’amour. Rien à voir avec une quelconque persistance rétinienne. Lorsqu’elles le regardent, c’est l’paradis. Lorsqu’il les touche, elles ferment les yeux. Et lorsqu’il y en a une qui monte sur scène pour obtenir l’insigne honneur de tenir le trop précieux micro de Sa Majesté, c’est Noël pour l’heureuse élue. Pour les impressionner, Didier n’hésitera pas à prendre tous les risques, allant même jusqu’à hurler sa déception de ne pas avoir eu de bottes rouges en cadeau, du haut d’une chaise portée par le public. Et à voir la marée de jeunes femmes en fleur qui ont envahi la scène à la fin du concert, elles étaient nombreuses à Sélestat à rêver de passer leur vie avec lui. Alors bien sûr, Didier chante faux (mais c’est fait exprès) et le voir se contorsionner pendant 10 minutes avec un micro dans le slip tout en imitant Rammstein ferait plutôt penser à son super homonyme, mais il reste incontestablement le roi du n’importe quoi joyeux et du faussement naïf. Et mine de rien il avait beaucoup plus sa place en compagnie du Bal des Enragés, des Undertones et des Buzzcocks que sur une scène de festival à minauder en compagnie d’Olivia Ruiz ou de Camille comme il a déjà pu le faire par le passé.

Tout comme Didier, mieux ne valait pas avoir peur des gros punks espagnols, car ils étaient plutôt nombreux à débouler sur la scène du chapiteau. Le grand cirque madrilène de Ska-P est dans la place et rien à redire, l’efficacité du set est imparable. Pour la subtilité, on repassera, puisque quasiment chaque titre aura droit à sa petite mise en scène, pour peu que quelqu’un ait encore eu un doute sur le thème de la chanson jouée : gros patron, CRS orang-outan, archevêque lubrique, etc. Un véritable inventaire à la Prévert. Les anti — Bad Religion en quelque sorte, pour une prestation dont le credo revendiqué, Fiesta et revolución, n’aura jamais aussi bien porté son nom. En mode ska-core, grosse section cuivre à l’appui, les titres s’enchainent dans la bonne humeur : Cannabis, a la mierda, Planeta Eskoria, Ni Fu Ni Fa, Seguimos en Pie ainsi qu’une version déchainée d’El vals del Obrero qui entrainera le public dans une danse déchainée avant de scander comme un seul homme resistencia. Fiesta et revolución ? Si senior ! Si senior ! La revolución !

Difficile donc pour Le Catcheur et la Pute de succéder à tout ce déferlement de grosses guitares et de refrains sing along. Pourtant ça commence fort avec un remix electro du Zero des Smashing Pumpkins. Wanna go for a ride ? Allez pourquoi pas, même s’il commence à se faire sacrément tard. Enchainant donc les hymnes rocks bootlégés et remixés à la sauce breakbeat, ce sera un véritable blind test pour tenter de retrouver les titres qui se succèderont pendant près de 70 minutes. Rammstein, Sham69, Blur, RATM VS Eminem, les Stones, Sepultura, Deftones, les Sex Pistols. La liste est interminable. Pourtant passés les premiers instants de surprise, tout cela ressemble quand même furieusement à un mix entre South Central, Pendulum et Bloody Beetroots. Rien de bien original, avec même de grosses longueurs en milieu de set. Heureusement que Klodia finira par faire son apparition pour un joli effeuillage burlesque au rythme des platines qui rompra l’assoupissement qui commençait à gagner le public.

Roots Rock Reggae et hip-hop

Le Cirque de Babylone idéalement placé sous le chapiteau a délivré un set on ne peut mieux ficelé, d’une grande énergie, que le public a largement apprécié. Un show construit comme à leur habitude en 2 mi temps qui aura laissé croire à une partie des non-initiés que le spectacle s’arrêtait à la pause pour le plus grand bonheur des recalés du fond qui se contentaient jusqu’à présent des deux écrans géants placés de part et d’autre de la scène. La caravane, France Ta Mère, Sista ont littéralement retourné la foule, et ce, en dépit d’une chaleur incroyable en cette fin d’après-midi. Mention spéciale au duo de chanteurs du Babylon Circus qui aura poussé le professionnalisme jusqu’au bout en conservant les costumes 3 pièces pendant une grande partie du show dans ce climat tropical.

Elmer Food Beat ou les revenants des années 80. Malgré une foule qui s’est fait priée, trop occupée à chercher un coin d’ombre sous le soleil de plomb de cette fin d’après-midi dominicale. Peu importe, Elmer attaque son show comme si de rien était, habillé d’un Marcel, d’un short et équipé d’une épuisette à coquillage en guise de guitare : l’auto dérision jusqu’au bout (il finira d’ailleurs le concert en slip kangourou). Le show ponctué régulièrement de « Merci les filles » convient parfaitement à la foule dont les premiers rangs, littéralement en transe, hurleront « crache moi dessus ! » chaque fois que leur idole portera une bouteille d’eau à la bouche, au grand effroi des photographes pris dans l’étau. Le public, devenu plus compacte au fur et à mesure du concert (certains partis manger auront peut-être fait demi-tour en découvrant l’ambiance) bouge au rythme des tubes des années 80 si bien que c’est littéralement l’explosion pour le hit final qu’est Daniela, joliment agrémenté de l’ensemble de la section cuivre des Babylon Circus. Enfin de la musique diront les mesquins.

L’heure du repas n’est jamais l’heure où il faudrait jouer dans un festival. C’est certainement ce qu’on dû se dire les membres de Sinsémilia en entamant leur concert. Beaucoup auront choisi d’écouter le concert sur la pelouse en ce début de soirée où le soleil commence enfin à baisser d’intensité. Peu importe, en 20 ans de carrière le groupe en a vu d’autres, le set démarre et fait immédiatement oublier les absents. Pendant 1 h 15 Sinsémilia alternera les hits énergiques (Au pays de l’illusion, Tout c’qu’on a, Douanier 007, Tout le bonheur du monde) et les morceaux plus posés en n’oubliant pas quelques piqures de rappel sur les évènements politiques actuels. Réconfortant d’ailleurs de voir que le public au fil du concert n’a cessé de se faire plus dense et qu’une fois de plus les Sinsés auront raflé la mise.

Et pour finir le WE en beauté, le doublé Toots and the Maytals/IAM. Ambiance roots rock reggae pour le premier et sûrement le plus gros acceuil de ces 3 jours pour les Marseillais au Micro d’Argent. L’Empire du côté obscur n’aura pas fait long feu devant les rimes acérées d’Akh et de ses sbires. Tels des samouraïs à la langue aussi affûtée que leur lame, ils auront retourné le public du premier au dernier rang, jumpant comme un seul homme au rythme d’un flow impeccable. Un accueil exemplaire qui aura surpris le groupe lui-même.

If the kids are united, we will never be divided

Difficile au bout de ces 3 jours de ne pas se repasser en boucle la célèbre antienne, tant l’unité de tout ce microcosme (de 16 500 personnes tout de même) est frappante. Si les remerciements aux organisateurs et au public sont quasiment devenus un passage obligé à la fin de chaque set, ils avaient ici des accents de sincérité indéniables. Les groupes avaient un réel plaisir à se retrouver et à partager la même affiche. Une cohésion totale, loin d’être de façade et la concrétisation en son et en image d’une jolie utopie. Celle de rassembler l’espace d’un week-end des milliers de personnes toutes différentes, vibrantes à l’unisson et dans les meilleures conditions possible. Un pari réussi sur tous les plans, et une grande impatience pour l’édition 2011, dont le premier nom vient déjà d’être annoncé. Un indice ? There’s whisky in the jar. Mush-a ring dum-a do dum-a da…

Crédits photo : Jo

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Image de : Fondateur de Discordance.

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