Lettre ouverte à Norman Palm

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A l’occasion de la sortie aujourd'hui du second album de Norman Palm, Shore To Shore, l’une de nos chroniqueuses adresse une lettre ouverte au chanteur-compositeur berlinois. Un témoignage poignant, en ces temps troubles pour le journalisme musical.

« Norman Palm, le gars d’à-côté » – Photo : Mary Scherpe

Norman Palm, tu as un pedigree impeccable. J’ai presque du mal à croire que ça ait été aussi facile, mais tu as traçé ton chemin dans ma liste de chroniques du mois de février, très naturellement. Pourtant, tu sais aussi bien que moi que les temps sont durs. On croit tomber sur le meilleur groupe inconnu de Brooklyn et voilà que la semaine suivante, il est publié sur des centaines de Tumblr avec un single d’un très mauvais goût.

Tu es signé chez les délicieux City Slang, tu as de super copines (Le Corps Mince de Françoise), de supers copains (le pianiste Stanislaus Kochanski). Tu es fan de DIY et de graphisme, tu es l’auteur d’un très joli premier album-livre sobrement intitulé Songs, puis d’un couple de reprises impeccables (Boys Don’t Cry / Girls Just Wanna Have Fun). Tu vis à Berlin dans un charmant appartement décoré avec goût. Je l’avoue, j’ai cherché l’erreur : un abus de ukulélé, une collaboration malencontreuse, mais rien de tout cela n’est ressorti des moteurs de recherche. A part peut-être le lancement de ton nouvel album Shore To Shore au Baron.

Image de normanpalm-songs Cher Norman Palm, comment ne pas être attirée par la candeur des titres de Songs, In The City et Floating Around en tête, ces morceaux printaniers que l’on écoute juché sur la terrasse d’un appartement surplombant une grande place, quadrillée de terrasses de cafés et de citadins heureux. Des chansons qui n’ont pas la prétention de révolutionner l’art du songwriting, mais qui touchent une petite zone du cerveau, près de celle où se créent les rêves.

J’ai imaginé te croiser dans la rue, sur ton vélo. Tu chantonnes « Everything is out of tune, as long as I won’t see you soon” sur Tonight, Today et je te trouve un petit air de famille avec Herman Düne. De toute façon, vous êtes tous cousins dans l’arbre généalogique folk du XXIème siècle.

Après ton premier album, tu t‘es offert une petite récréation. Dans un style minimaliste, tu as repris à ta sauce les paroles de tes ainés en les fondant dans une seule et même affirmation : les garçons ne pleurent pas et les filles veulent juste s’amuser. Le minimalisme des reprises est un contrepied parfait qui révéle finalement le kitsch des originaux.

Tu étais ma découverte de 2009, j’avais aimé ton duo avec Le Corps Mince de Françoise, et puis je t’avais un peu oublié, je l’avoue. Un nouveau clip réalisé par l’un de tes amis sur le morceau Easy a ravivé la flamme : un concept très simple mais qui collait totalement à ton univers, et un grief universel d’amour longue distance.

Image de normanpalm-shoretoshore Il y a quelques semaines, on a annoncé ton passage en France pour la sortie de ton nouvel album, Shore To Shore. Je savais que je ne pourrai pas assister au lancement de l’album au Baron et je ne l’avais pas encore reçu, alors j’ai ouvert ton press kit pour me consoler. Pas moins de trois pdf concoctés par ton nouveau label s’ouvraient devant mes yeux ébahis, emplis des superlatifs « touching », « awesome » , « infectious ». Je tentais alors d’inventer mon propre adjectif afin qu’il figure sur la pochette de l’album, le jour de sa sortie.

Reprenant ma lecture, j’étais de plus en plus dégoûtée : le document vantait ton passage du DIY au « vrai monde » (lequel ?), 200 000 vues sur Youtube, un album sold out. Il dévoilait même que Easy parlait d’une histoire d’amour entre Berlin et Mexico, alors que franchement, je préférais ne pas le savoir. Le communiqué se terminait en t’affublant d’une nouvelle étiquette gerbante : singer-songwriter-rave-pop.

Quelques jours plus tard, ton nouvel album se matérialisait enfin sous forme de mp3. Comme on se rassure toujours avec ce qu’on connaît, je n’ai prêté qu’une oreille distraite aux titres avant de tomber sur Easy. Toujours ce même plaisir. Je suis contente, parce que ça me fait un morceau pour mon top 2011. J’ai été un peu triste que tu sois si triste sur une chanson intitulée 20$ mais je crois que c’est ta version de Can’t Buy Me Love. Tu as choisi de quitter les formats très courts de Songs, qui leur donnait ces airs de « ritournelles », pour explorer des constructions plus complexes. Je suis revenue au début, et j’ai trouvé que l’intro jazzy Start / Stop te donnait vraiment des airs de Erlend Øye, cette fois. De toute façon, vous êtes tous cousins dans l’arbre généalogique pop du XXIème siècle. Cette facilité à créer des airs évidents et intimes, on la retrouve sur Sleeper, sur Landslide, sur Smile. Et me voilà rassurée : pas plus de rave que de heavy metal dans Shore To Shore. Seulement la vie, les années qui défilent, et nous au bord de l’eau, le regard vers le large.

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A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

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