Les Vieilles Charrues 2010

par |
Le géant de l'été a encore battu des records de fréquentation en enregistrant 240 000 entrées en 4 jours de concerts. Retour sur un évènement dont le succès populaire ne se dément pas.

Carhaix-Plouguer, une petite bourgade bretonne peuplée par 8 000 habitants. Pendant quatre jours d’un mois de juillet, ce nombre a explosé. 240 000 festivaliers ont foulé la plaine de Kerampuilh pour s’offrir le plus grand festival de France à tous les niveaux : fréquentation, programmation, taille, et ambiance.

Mais en sortant, on ne sait réellement s’il faut s’extasier devant un tel évènement. On pourrait user de superlatifs pour encenser une programmation qui s’est offerte Indochine, Muse, -M-, Phoenix, Jamiroquaï, Mika, Suprême NTM. Autant d’artistes capables de remplir les plus grandes salles de France, ou même des stades. En même temps on pourrait très bien dire que c’est trop, grandiloquent à souhait, exubérant comme jamais. Et dire que cette édition n’était sensée être qu’une transition entre la dix-huitième qui avait Bruce Springsteen en tête d’affiche, et la vingtième qui s’annonce encore plus forte.

Les Vieilles Charrues ce sont des chiffres qui font mal au crâne. Près de dix millions d’euros de budget tout compris, dont 3,1 pour le coin artistique et une soirée du jeudi qui en prend au moins un tiers. C’est aussi cinq scènes sur quatre jours et un flux continuel de concerts de 14 h a 3h du matin. Enfin, c’est également des centaines de kilomètres de saucisses, des litres et des litres de bière et bien plus encore.

Pour un festival exceptionnel, tentons l’expérience raconter ces quatre jours pas vraiment comme les autres…

Jeudi : Muse subit les foudres du ciel, mais résiste.

Quelle est alléchante la première affiche des Vieilles ! Muse pour ouvrir le bal, quoi de mieux que le meilleur groupe live au monde actuellement. Muse ne laisse pas indifférent, invite aux débats sur sa discographie et l’évolution du groupe. Mais quoiqu’il arrive, le public breton est au rendez-vous. Un pur hasard que ce choix de Muse ? Non, pas vraiment. En 2000, le trio britannique et les cheveux bleus de Matthew Bellamy lançaient les décibels sur Kerampuilh, sonnant l’heure de la révélation. En 2004 pour l’Absolution Tour, ils sont de nouveau à l’affiche et offrent un gros spectacle aux fans venu faire le déplacement et cette fois-ci, on coche la case de la confirmation. Six ans plus tard, Muse a bien changé, les Charrues ont vu grandir un groupe qui faisait partie des révélations de l’époque, et cette fois-ci, le trio du Devon est sur la scène Glenmor, en tête d’affiche suprême. C’est l’heure de la consécration.

Mais pour ouvrir gentiment le bal, c’est le groupe français Revolver qui a le défi de chauffer correctement la foule et casser la barrière de la voie sacrée. Ouvrir des Charrues n’a jamais été simple, d’autant que c’est le premier des 80 concerts qui vont se jouer. Revolver évolue sur scène sans difficulté, avec un certain rythme, mais qui ne prend réellement que sur Get Around Town (qui sera joué deux fois pour la peine). Pourtant Balulalow ou Leave Me Alone n’étaient pas si mauvaises.

Sur Kerouac, la scène qui fait face à Glenmor, c’est au tour du rock saturé des Raveonettes d’agir. Ça sonne déjà peut-être trop précis pour un public qui ne décollera pas. Peut-être attendent-ils aussi Jacques Dutronc. Effectivement, ça ne boxe pas dans la même catégorie. L’homme au cigare débarque sur scène, il a pris un sacré coup de vieux quand même. Mais ses tubes par contre n’ont pas pris une ride : Et moi et moi et moi, J’aime les filles (surtout de Carhaix), Les cactus ou encore Fais pas ci, fais pas ça.

Mais comme tout paraît trop beau, le crachin qui avait fait son apparition lors du set de Revolver prend de la puissance, se transformant en pluie, accompagné par un gros vent qui souffle vers Glenmor. Une scène complètement trempée, des rumeurs qui commencent à courir la venue de Muse, il faut bien dire que les conditions sont loin d’être optimales pour un concert de cette taille. Mais visiblement rien ne semble faire reculer les Britanniques qui pénètrent sur scène (Bellamy en imperméable fashion et avec un parapluie) et entament en ouverture Plug in Baby. Derrière la setlist est classique ou presque, avec les titres actuels (Undisclosed Desires, Uprising, Resistance, United States of Eurasia et même MK Ultra) et les plus anciens (Hysteria, Nishe, Supermassive Black Hole, Time is Running Out, New Born). La chanson surprise sera Citizen Erased, long morceau issu d’Origin of Symmetry mais tellement jouissif. Muse n’a joué que 16 titres, avec beaucoup de riffs, mais on n’a presque pas envie de se plaindre. Muse ne reviendra pas sur scène avant fin 2011…

Mr Oizo terminera la soirée dans la boue devant Kerouac avec ses beats électros et ses reprises de grands classiques de Daft Punk à Boys Noize. Le premier dancefloor de ce grand week-end.

Vendredi : Éclectisme quand tu nous tiens !

Les programmateurs (et même les festivaliers) aiment à vanter la plus grande qualité du festival : un esprit Vieilles Charrues et donc un éclectisme à faire pâlir les amateurs. Il faut dire que cette journée du vendredi en est un exemple fatal.

On retrouvait un peu tous les styles, à commencer par le hip-hop et ses deux têtes d’affiche de choix : Suprême NTM et Diam’s. Pour les premiers, c’est le retour des Enfers, notamment pour un Joey Starr omniprésent sur scène aux côtés d’un Kool Shen qui a pris la ride assez sévèrement et qui ne paraissait pas très net non plus. Mais le public était massé devant Glenmor pour saluer la prestation des rois du hip-hop français. C’est peut-être has been, mais ça marche toujours. Juste après sur la scène d’en face, c’est Diam’s, la princesse du rap, qui commence son set. Elle remporte la charrue de plomb du plus mauvais concert de l’édition 2010 avec un set ultra commercial, mou et peu convaincant, avec une chanteuse (enfin on va dire ça) très bavarde et répétitive. En bref, elle a montré ses limites.

La pop et le rock avaient aussi une part intéressante. Si Mika est bien la tête d’affiche du jour et offre une setlist qui contente les fans, mais pas forcément les autres, c’est le reste qui intéresse. On pense au duo belge The Black Box Revelation : ça a de la gueule en studio, mais ça déçoit un peu plus en live (peut-être la barre était-elle trop haute). On pense aussi aux Jeunes Charrues qui ouvrent la compétition et qui arrivent à convaincre. Leurs noms ? Lyse et Noïd. Un rock plus pêchu, mais qui ne laisse pas indifférent. Il y a également la voix de Sophie Hunger (mais pas de quoi transcender un public) ou le folk de Wovenhand (il faut accrocher). Enfin l’affiche électro se poursuivait avec Vitalic, celui que l’on désigne volontiers comme le pape de l’électro française.

Mais le coup de cœur se trouve sur une autre scène : Xavier Grall accueille une soirée pour ceux qui ont envie de se trémousser sous les décibels et riffs de guitares enivrants : l’Insomniac Noz. Elle démarre avec les vétérans de Tagada Jones et  DJ Kemicalkem fait les liens entre chaque formation. Débarque alors l’évènement de la journée : le hard-rock puissant des Australiens d’Airbourne ! Un mur d’ampli, une subite envie de pogoter, le tout orchestré par le chanteur Joel O’Keeffe qui s’improvise encore acrobate et lance ses riffs sur le sommet de la structure métallique qui domine la scène. Les frères O’Keeffe ont bien l’intention de se prendre pour les frères Young. C’est peut-être trop osé de le dire, mais ils en prennent le chemin. Derrière, Baroness et les Punish Yourself finiront le boulot.

Samedi : Carhaix a décroché la lune ou presque.

En ligne de mire de cette troisième, l’autre très grosse tête d’affiche du festival. Elle est française, vient de remplir un Stade de France et s’appelle Indochine.

Mais avant, Féfé et sa musique soleil, puis FM Belfast et son électro-pop made in Islande ont ouvert la journée. Là encore, pas de quoi crier à l’hystérie, mais pour une ouverture, il y aurait pu avoir pire.

Derrière, Gaëtan Roussel, Fanfarlo, Fortune ou Midlake se passent le témoin. Si Roussel semble bien tenir la route, le pseudo Arcade Fire de Fanfarlo (qui se dit ne pas avoir attendu ce dernier pour faire sa musique) n’ont pas tous les éléments pour une érection musicale, mais l’ensemble tient gentiment.

Image de Indochine à Bruxelles by Noesis Tout ça pour nous amener à Indochine, dont je ne suis pas le plus fervent admirateur, mais force est de constater encore aujourd’hui que c’est un groupe impressionnant sur scène. Il y a de la puissance et en même temps beaucoup de simplicité chez eux. Du Lac à Little Dolls pour les nouveaux tubes, jusqu’aux plus anciens comme l’Aventure ou Trois nuits par semaine, le set est classique et semble satisfaire aussi bien le public que Nicola Sirkis qui balance le soir même sur Twitter « Putain de festival putain de public putain de Bretagne ». C’est dit.

Derrière eux, c’est la relève de la touch française : Phoenix. Les versaillais n’avaient visiblement pas l’habitude de venir en Bretagne auparavant, tant ils avaient l’air surpris par l’ambiance devant Kerouac. Même si la musique semble répétitive au premier abord, c’est en plongeant dans les morceaux, le rythme, l’atmosphère qui s’en dégage, Phoenix devient vite un truc inévitable. Derrière les tubes Listzomania ou 1901, les Versaillais s’offrent une vraie standing ovation. C’est mérité !

Pendant Indochine, les Sexy Sushi tentent de faire de la concurrence avec leurs paroles acidulées et une bonne électro qui va avec, suivent derrière Boys Noize ou le meilleur de l’électro-house (voir rock parfois) allemand qui a réussi à faire effet sur le public, même à un horaire tardif (1 h 45 -3 h). Pendant ce temps, Gojira balançait son métal agressif et ténébreux sur Glenmor. Une première pour le métal français. Preuve que le style est loin d’être mort.

Dimanche : terminer en beauté.

Gush qui ouvre sur Glenmor après Contreo & L’orchestre de Bretagne, c’est la marque Vieilles Charrues qui frappe encore. Il faut dire que le quatuor parisien a de l’allure : fan de Beach Boys et de Stevie Wonder, ça se ressent dans une musique enjouée qui a séduit le public de Carhaix.

S’enchaîne derrière un autre groupe à la mode en France, Pony Pony Run Run et ses titres pop-électro qui fonctionnent à coup sûr. Alain Souchon a lui aussi lancé son opération séduction avec ses plus grands titres comme Foule sentimentale ou Les jupes des filles. Le public reprend en cœur et étonne presque. L’intrus Julian Casablancas était ensuite sur Kerouac, mais il est bien clair qu’on attend le retour des Strokes et non son set. -M- prend le relai pour un show communicatif et tout en rythme. Là encore si -M- n’est pas un artiste adulé de tous, il peut arriver à rassembler la masse devant un spectacle sympathique. On se prend au jeu et c’est l’ainsmbiance festival aussi.

Dernière tête d’affiche électro de ces Vieilles Charrues, Étienne de Crécy est venu à Carhaix pour présenter son spectacle original intitulé Beats n Cubes, qui consiste à projet sur un énorme cube des effets lumineux en perspective, le tout avec le son clinquant et électro du DJ français. Sur Xavier Grall avec l’Insomniac Noz, c’est la soirée Good Vibrations qui était censé offrir à son public une belle liste de groupe évoluant dans les alentours du reggae et de la soul. Ainsi, Bitty Mac Lean, Soul Stereo, Raggasonic et Toots and the Maytals étaient présents. Mais comme on ne peut pas tout voir…

Partager !

En savoir +

A propos de l'auteur

Image de : Christopher (ou Cine-emotions dans le sévère monde de la critique), encore étudiant en Histoire Culturelle et Sociale, prépare actuellement son mémoire sur le rock britannique. D'ailleurs il est un amateur de musique rock, le genre qui envoie et qui en même touche au plus profond, de Muse à Marilyn Manson en passant par Radiohead et bien d'autres. Son dada : le rock britannique dans toute sa splendeur. Sinon, Chris est aussi (et surtout) un amoureux du cinéma (du drame au film d'horreur en passant par le film historique), qui tente d'exposer son avis à travers ses critiques qu'il espère pertinentes. Son rêve : devenir journaliste, et si possible dans les deux domaines qu'il vient de citer. Sinon, Chris est aussi un amoureux de la vie, et il aime quand la curiosité vient frapper à sa porte. Il se fait actuellement les dents (ou les doigts) sur Discordance et sur son blog.

1 commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires
  1. 1
    le Vendredi 23 juillet 2010
    Dimitri a écrit :

    Bon compte rendu ! Pas de chance pour Muse qui n’a pas été gâté par le temps mais qui a visiblement joué le jeu de maintenir son show…

    Une 19e édition impressionnante par son monde, vivement la 20e qui semble inimaginable…

Réagissez à cet article