Les typographies émotives de Yayoi Kusama

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2012 se posant comme l’année des conspirations galopantes en tous genres, quoi de plus ton sur ton que de commencer par une rétrospective contagieuse, colorée et déjantée ? Revue point par point d’une artiste qui semble avoir toujours le dernier mot.


(The moment of regeneration)

Suspension


(I’m here but nothing)

Image de (Eyes of Mine) Ce devrait être le genre d’exposition qui buzz, qui fait bouger les blogs culturels et les masses de hipster en manque d’exotisme graphique. Et pourtant, l’expo de Yayoi Kusama se fait discrète, comme seules savent l’être les femmes japonaises, dans toute leur grâce et toute leur étrangeté. Le chemin commence dans l’intimité d’une salle à manger recouverte de pois fluorescents. Varicelle joyeuse qui compose des sourires et décompose les visages au moment où le spectateur s’aperçoit que la lumière noire révèle à l’autre tous ses secrets, de la poussière aux pellicules.

On n’imagine aisément le regard façon scanner de l’artiste qui dévoile, lors des repas de famille ce que chacun préfèrerait à sa place. Le lieu déteint sur ses habitants, le soi s’éteint et devient encombrant.

Exclamation

La fièvre augmente de salle en salle, à mesure que les motifs hypnotiques de cette grammaire maladive se font plus chatoyants, psychédéliques et épidémiques. Rien n’aura plus ressemblé à un cri visuel que les tentatives d’appel à l’autre de ses œuvres plastiques, de ses performances urbaines et de ses happenings hippies. Une artiste que Baubourg range sur l’étagère des inclassables et qui pourtant apparait dans la digne lignée des femmes artistes d’une fin de siècle clé. Sa quête de l’indépendance féminine dans le New York des années 60 n’est pas sans rappeler directement celle de certaines de ses collègues. Kusama construit son œuvre comme une Louise Bourgeois libérée et peint l’amour comme une Yoko Ono qui n’aurait appartenu à aucun homme.

Interrogation

Si le corps peut se détacher de ses tabous, c’est qui qu’il est à bout de cet individualisme dont on vante les mérites. Au fond, ce que Yayoi semble se demander, c’est ce qu’il reste encore à dire, maladie du vingtième siècle par excellence. Force est de constater que la femme ou l’homme, l’humain, reste un grain de sable, un petit point dans la grande machine du cosmos. On en revient aux installations en salles, et la visite prend des airs de voyages interstellaires.

Il n’y a plus de sol, plus de plafond, plus de repaire. La ligne se fait pointillée comme des tentacules, tout ce qui ne doit être dit peut être lu en diagonale, on se retrouve toujours piégé dans les mêmes limites. Petit pois coloré dans le noir de l’infini, mais petit pois tout de même.

Reste à tisser autour de soi un cocon de réconfort pour pallier à ces révélations. « Je suis arrivée à un moment de mon parcours artistique où il faut que je crée un art pour le repos de mon âme, un art qui tiendra compte de ce que signifie la mort, de la beauté de ses couleurs et de ses espaces, de la tranquillité de ses pas, du « Néant » qui vient après elle. »

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Jusqu’au 9 janvier 2012
11h00 – 21h00
Centre Pompidou Galerie sud

A propos de l'auteur

Image de : Mélissandre L. est une touche à tout, et c'est sous prétexte de s'essayer à tous les genres littéraires (romans pour enfants, nouvelles pour adultes, SF, chansons voire recettes de cuisine et plus encore) qu'elle se crée des avatars à tour de bras. En ce moment, elle se passionne pour la cuisine vegan et le crowdfunding, elle ne désespère pas de relier un jour les deux. Profile Facebook panoptique : http://www.facebook.com/Mlle.MelissandreL / Envie de participer à son dernier projet ? http://www.kisskissbankbank.com/marmelade

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