Les Têtes Raides ont fait lever le Cratère | 25.11.11

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Un concert des Têtes Raides, c’est un peu comme un grand repas de fête : on s’y retrouve entre amis et la famille vient aussi. Oui, les Têtes Raides ont traversé les âges et l’année prochaine le groupe soufflera ses 25 ans d’existence.

Il est si rare aujourd’hui de voir perdurer des groupes ayant pris une telle envergure que l’on en vacillerait presque : même si tout n’a pas été simple, les Têtes Raides, qui étaient au bord de l’implosion en 2008, ont finalement retrouvé les ressources nécessaires pour passer ce cap. Une reformation battante en 2011 pour la sortie de leur nouvel album, « L’an demain » et une nouvelle invitation au voyage, à mi-chemin entre la poésie et la chanson française.

Les Têtes Raides faisaient ainsi une halte au Cratère d’Alès, scène nationale. Si le lieu ne prêtait pas vraiment à ce type de festivité (théâtre de 800 places assises), les Têtes Raides avaient donc tout à prouver. Et la tâche s’annonçait rude. Dans un Cratère comble, le moteur du camion des Têtes Raides pouvait enfin démarrer…

Avec un « L’an demain » salué par la critique, le groupe entame donc son set sur des sonorités beaucoup plus rock qu’auparavant. L’excellent Fulgurance fait jaillir les riffs saturés et imprègne le Cratère de la voix chaude et rocailleuse de Christian Olivier avec « fulgurance, offre moi cette chance, envole-moi à m’en perdre les sens ». Dès les premiers morceaux, les Têtes Raides interpellent par leur polyvalence musicale : Angata flirte entre le reggae et le rock cuivré tout en donnant une leçon de vie sur l’immigration ; Emma, de son côté, initialement partagée avec Jeanne Moreau, offre un tango entraînant.

Baigné dans l’imaginaire des Têtes Raides, le public se laisse doucement bercer par l’inspiration de Christian Olivier. L’instant présent, la scène, ou la force d’un groupe qui se dégage à travers cet incroyable équilibre : si les musiciens s’en tiennent à leur place, le chanteur charismatique Christian Olivier n’hésite pas à aller chatouiller le public pour le réveiller. D’ailleurs, ce dernier commence à frémir : sur Gino, qui fait parti des incontournables du groupe, l’accordéon répond au violoncelle pour finir dans une explosion de sens. Là haut, du côté des balcons, ça commence à chanter…

Toujours aussi amateur des portraits, Gérard, le garagiste poète, finit par se joindre à la fête : martelé par un synthé et des jeux de mots fidèles à l’état d’esprit du groupe, les Têtes Raides ont bien conservé cette subtilité à manier la langue française. Appuyés par une mise en scène cohérente et surtout communicative, les Têtes Raides ont interprété leurs compositions en brio : toujours chaleureux et plein d’humanisme, ils se sont permis quelques délires musicaux au souvenir de leurs débuts comme sur So Free, en anglais, dans un registre cabaret punk.

Alternant différentes phases, la salle sera subitement plongée dans le noir lorsque Christian Olivier s’empare de ballades acoustiques comme sur le track L’an demain. Déchirés par les sauts d’humeur du violoncelle et de la contrebasse, « Ode à la nuit où tu t’enfuis, brûlé d’étoiles en plein, ode au matin il m’en souvient, que j’irai demain en l’an demain » laisse la part belle au voyage lyrique sur Pas à Pas, « il paraît que paraître que demain on va renaître… ».

Dans un univers où l’humour et le cirque ne sont jamais bien loin, les Têtes Raides ont ressorti des placards Prison, morceau issu de l’album « Mange Tes Morts » (1990) complètement déjanté ou le saturé J’m’en fous, type punk Souris Déglinguée avec un solo de batterie des plus ahurissant sur des objets en tous genres… Une mention spéciale peut être accordée au morceau Les artistes, sevré d’autodérision, qui donne un écho favorable à l’énervé Civili et ses « civili, civila, civilalisation, si la vie, si lisa, lisa avait raison ».

Décomplexé, le groupe enchaîne les pirouettes pour les enfants avec l’hilarante Allez les enfants et son refrain entêtant « allez les enfants, tuez vos parents ! » sur un fond rock’n’roll. Sur la pente raide, le Cratère finit par basculer : comme une grosse fanfare survoltée, Latuvu, emportée par un Christian Olivier très entreprenant, permet aux Têtes Raides de remporter leur pari. Ils ont réussi à faire lever la totalité du Cratère… et cela faisait très longtemps que ce n’était plus arrivé.

L’heure du rappel sonna, mais l’ovation du public ne s’y trompa pas : Fragile, extrait de l’album éponyme (2005) injecta de nouveaux riffs à un set déjà bien aiguisé avant de rendre hommage à un grand monsieur de la chanson française, Mano Solo, avec la reprise La vie, c’est pas du gâteau. La ferveur autour du groupe, palpable, ne retomba pas sur Ginette : à l’unisson, le Cratère pouvait entonner aux airs de l’accordéon et de la contrebasse les embardées « du funambule marchant sur son fil » pour un instant qui resta figé.

Le deuxième rappel n’y changera rien : le public n’a pu qu’apprécier l’interprétation et la prestance des Têtes Raides, bien décidées à ne pas quitter Alès sans jouer Hexagone, reprise saignante de Renaud ou encore militer avec le rock alternatif de L’identité. Quoi de mieux pour terminer la soirée qu’une dernière embardée poétique avec Saint Vincent, tâchons de nous en souvenir : « Saint Vincent, ça n’existe pas, mais la chanson va… ».

Crédits photos : Isabelle Jouve

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En savoir +

Les Têtes Raides, au théâtre du Cratère à Alès (Gard), le vendredi 25 Novembre 2011 (complet).

- Site officiel : http://www.tetesraides.fr/
- Myspace :  http://www.myspace.com/tetesraidesofficiel

A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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