Les Souliers Rouges au Théâtre des Deux Rêves.

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Entre poésie et conte enfantin, les Souliers Rouges nous emmènent sur le sillage de deux gamines, fuyant la vie des bidonvilles pour celle de leurs rêves.

souliersrouges-2Deux enfants dans un désert blanc. Si l’on ne sait d’où elles viennent, on sait où Mammadera veut aller : au Sud. Favilla, elle, a promis de venir seulement si Mammade lui offre les souliers rouges que sa mère lui a laissés juste avant de mourir. Enfin, avant de partir vers le Sud. Parce que ces souliers sont spéciales ; avec eux, plus de larme, on peut courir tout le jour et danser toute la nuit. Ils la rendaient belle. A tel point que Eux, les Anges Gardiens, se noyaient en la suivant lorsqu’elle courait jusqu’à la mer et que les souliers la faisaient marcher et tournoyer sur l’eau. Aller vers le Sud pour les fuir, Eux, et retrouver sa mère, afin de l’entendre de nouveau raconter ses histoires et murmurer des chansons jaunes.

D’un côté, il y a donc Mammadera, la fantasque, la rêveuse, bercée par les contes de sa mère. De l’autre, Favilla, plus réaliste, un brin violente, presque pragmatique. Elles se confrontent et se soutiennent, dans un monde où il est interdit de sortir de la zone, de rire, de vivre et de mourir, à cause d’ Eux . Armées d’un vieux vélo, d’un matelas en carton et de quelques babioles. Mammadera se réfugie dans le souvenir de sa mère Thérèsa et ses histoires, où elle trouve enfin un peu de liberté. Favilla tente de rejoindre Mammade dans son monde, mais lorsqu’elle croit y parvenir, sentant enfin les fabuleux souliers à ses pieds, la réalité les rattrape et la frappe de plein fouet. Mammade restera seule dans ses rêves qui, à ses yeux, ne l’ont pas trahie : si Favilla a été touchée par les balles alors qu’elle portait les souliers rouges, c’est juste parce qu’ils lui étaient trop petits…

Loin d’être un simple conte pour enfant comme il y paraît au premier abord, les Souliers Rouges est une fable envoûtante sur le chemin initiatique de deux enfants arrachés à leur enfance. On ne peut s’empêcher de penser aux enfants soldats, aux enfants des bidonvilles, que l’on ne connaît qu’au travers de documentaires. A l’injustice qu’ils subissent, avec sagesse et naïveté à la fois.

Le succès de la pièce est dû aux deux comédiennes – Sarah Lecarpentier et Hélène Sir-Senior – grâce auxquelles prennent vie deux enfants touchantes et attachantes. Autour d’elles, il n’y a presque rien à part quelques accessoires, des néons blancs posés à même le sol et une toile blanche à même le sol. Pourtant, le charme opère.

Les Souliers Rouges a vu le jour grâce aux efforts conjoints de la Compagnie Les Saturnales, créée en 2005 par Kevin Keiss, et de l’association Rêvages qui cherche à mettre en relation des actions de type social et artistique. Ils ont ici réussi à co-produire une pièce simple, sobre et juste sur une enfance qui se doit de trouver refuge dans la poésie.

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Les Souliers Rouges, 80 mn environ.
Théâtre des Deux Rêves, 5 passage de Thionville, 75019 PARIS
Du 24 au 29 Août à 15h30.

Auteur : Tiziana Luccatini
Artistes : Hélène Sir Senior, Sarah Lecarpentier
Metteur en scène : Kevin Keiss, Lyly Chartiez

Site officiel : http://lessouliersrouges.blogspot.com/

A propos de l'auteur

Image de : Si d’aventure vous vous promenez dans un parc parisien durant une douce journée d’été, il n’est pas impossible que vous passiez sans le savoir à côté de Léa en train de feuilleter un livre, dissimulée derrière d’immenses lunettes de soleil. Et pour peu que vous vous allongiez à votre tour sur l’herbe verte et que vous engagiez la conversation, elle vous parlera peut-être théâtre ou littérature. Littérature classique, certes, mais pas seulement : oscillant entre Zola, Baudelaire, Sartre ou Kane, ses goûts sont aussi éclectiques que ses avis définitifs. Amoureuse du quotidien et de ces petits détails qui rendent chaque instant unique, Léa est prête à voir de la poésie partout où vous n’en verrez pas. Demandez-lui de repeindre le ciel, pour voir, et elle s’empressera d’égayer et de réchauffer cette noire Sibérie qu’est Paris.

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