Les soirées slam au Culture Rapide

par |
Toi qui es pris d'une envie folle de dénoncer. Toi qui adores te retrouver avec d’autres pour refaire le monde. Toi là-bas qui aimes chantonner et rêver. Et Toi qui avais toujours la meilleure note en poésie. Tous je vous invite pour un moment de partage et d'échange aussi engagé qu'artistique : les soirées Slam au Culture Rapide

cult_2C’est un peu bon gré mal gré, que je me suis retrouvée pour la première fois au Culture Rapide, dans le XXème. Il faut dire qu’entendre « parler » des gens n’a jamais fait partie de mes grandes passions, mais au fil de la soirée, mes préjugés se sont mis à tomber les uns après les autres.

Commençons par la population du bar qui n’a rien à envier aux piliers des jam sessions les plus réputées de Paris. Du quinquagénaire bien tassé au petit bout de huit ans encore accroché aux jupes de sa maman, cette soirée sera dédiée à l’éclectisme. Pilote, le patron, débute l’animation avec un bref rappel des règles de base :

– Le poème (oui car il est ici bien évidemment impensable de parler de rap ou de chansons, nous sommes tous des poètes !) ne doit pas excéder 3 minutes.

– Tout accessoire est interdit. Au vu de la taille de la scène, on se demande bien ce qui pourrait y tenir de plus qu’une simple chaise.

– Idem pour la musique.

Mais là où il y a des devoirs, il y a aussi des droits, comme celui de la boisson offerte à chaque courageux venu passer son texte, ou celui d’en présenter un deuxième si les notes du jury improvisé vous permettent de finir parmi les six meilleurs. Le grand gagnant se verra attribuer une crêpe au chocolat, tandis que le deuxième a quant à lui droit à une crêpe PLUS un jus de fruits. Car comme dit le maître des lieux « Celui qui est premier, il est déjà content d’être premier, alors que le deuxième forcément il a la rage, alors il faut le consoler ! » Il y a des principes qui devraient être universels.

slam2C’est un grand brun aux allures de poète incompris qui monte le premier sur scène. Le nez dans sa feuille ce n’est effectivement pas la joie qui transpire de son texte, mais tous ces mots bafouillés ont l’air d’avoir eut le temps de beaucoup mûrir dans la caboche du jeune homme. Des noms sortent ainsi du chapeau magique, nous laissant goûter chaque style et chacune des paroles qui s’envolent de la bouche des différents participants.

Voilà qu’arrive le slameur phare de ces soirées : Pilote . Le patron en personne nous présentera un petit texte léger, merveilleusement interprété sur les différentes implications de l’humain dans la société à chaque étape de son existence. Son acolyte, le maître du temps et des points, nous fera également l’honneur de balancer quelques vers autour de « Elle avait le plus beau cul du monde ». Preuve que quand la rime est bonne, tout est permis.

Mais le slam n’est pas réservé uniquement aux mauvais garçons venus taquiner les demoiselles, quelques chanteurs tenteront également leur chance ce soir, comme ce jeune candidat qui s’avance d’un pas sûr devant son public. L’allure volage du slameur tout terrain troquée contre un style plus urbain, c’est d’une voix douce qu’il entame son texte. Malgré un très bon début, les mots viendront rapidement à lui manquer et c’est avec les paroles devant les yeux qu’il finira son poème. Dans le même registre, une demoiselle aux boucles d’or se lancera également dans une chanson a capela, sans aucune fausse note et avec un texte plein d’humour. Une simplicité à croquer, deux minutes de douceur au milieu de ces textes plus ou moins joyeux.

Car il ne faut pas oublier que le slam reste pour beaucoup un exutoire. La poésie nous emmène ainsi sur des thèmes comme l’esclavage, admirablement emporté par le charisme d’un tout petit bout de nénette qui vous crache sa haine en même temps que ses mots savamment organisés et accentués. Dans un autre genre, la chanson mythique d’ Hugues Aufray Le petit âne gris est ici reprise pour devenir Le petit immigré . Les trois secondes de silence de plomb qui précèdent les applaudissements soulignent bien l’émotion qu’elle a provoquée dans le public.

slam3On parle, on chante, on rugit, mais on déclame également grâce à un Anglais bien excité qui balance son texte à la façon d’une grande tragédie Shakespearienne, impressionnant même les moins bilingues de l’assemblée. Mais le clou de la soirée fut sans aucun doute la prestation de Dan, huit ans, véritable petite vedette en herbe.

Beau comme les petits anges peints sur les fresques de la Chapelle Sixtine, Dan nous sort un très beau texte sur les sans-papiers. Accompagné par sa grande soeur (la fameuse demoiselle au texte sur l’esclavage) le jeune garçon ne se démontera à aucun moment, malgré une voix franchement tremblotante sur les derniers mots. Ovationné le petit se retrouve donc en final et réagit avec le plus grand des naturels « Ben j’avais pas prévu de deuxième texte, donc… je vais vous relire le même ». Rebelote! Mais franchement on adore, il y aurait eu un autre tour qu’on l’aurait écouté une troisième fois sans aucun souci !

C’est donc finalement le grand Dan qui a brillamment remporté la première place, la crêpe se soldant par un Mister Freez selon les souhaits du Monsieur. Pour ma part je n’aurais pas cru que cela puisse faire autant de bien de lire ou de réciter un simple texte devant de parfaits inconnus. A conseiller à toutes les jolies plumes qui voudraient y faire leurs armes, le milieu est propice et fertile.

Partager !

En savoir +

Le Culture Rapide
103, rue Julien Lacroix 75020 Paris
M°Belleville / Pyrénées
Tel: 01 46 36 08 04

Site officiel: http://www.culturerapide.com/

A propos de l'auteur

Image de : J'ai atterri à Paris à mes 18 ans pour ma licence en art du spectacle chorégraphique. La danse, ou plutôt les danses sont en effet ma passion, aussi bien dans la pratique que sous leur aspect théorique. J'aime observer, analyser, comparer et essayer de comprendre, mais étant danseuse et comédienne avant tout, je sais aussi qu'il n'y a aucune vérité de jugement au niveau de l'art, il n'y a que des points de vue. Je reviens juste d'une année sabbatique qui m'a conduit entre San Francisco et Los Angeles et je m'apprête donc à continuer mes études avec un master en études théâtrales (le but étant d'intégrer un master pro en journalisme culturel l'année prochaine).

1 commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires
  1. 1
    le Dimanche 14 septembre 2008
    Dimitri a écrit :

    Enorme ! Dommage que ce soit sur Paris :(

Réagissez à cet article