Les Présidentes

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Werner Schwab fut connu et reconnu pour son sens de la provocation. Pousser à l'extrême des discours crus. Le dramaturge autrichien a écrit cette pièce en 1990. Son style pourrait choquer les âmes trop sensibles. Avec Les Présidentes, plongez dans un univers sordide et lugubre, plein d'insanités répugnantes. Ca dérange, et ça démange.

Image de Les Presidentes « Ce sont des gens qui croient tout savoir, et veulent décider de tout. Je viens moi-même d’une famille de présidentes. » Werner Schwab.

Cette citation plante le décor. Le dramaturge décrit ces femmes frustrées de leur vie ratée, qui pourrissent la vie de leur entourage et finalement se complaisent dans leur tristesse. Il imagine ainsi trois femmes dont l’occupation favorite est de dénoncer le monde avec des formules de comptoir et d’étaler leur histoire respective. Elles rivalisent de fantasmes, dans lesquels le sexe, la merde et la religion servent à camoufler les parties sales et honteuses de leurs existences pathétiques.

Werner Schwab dénonce de manière crue les grands thèmes que sont la religion, la famille et la sexualité. La religion qui dicte les courants de pensée et favorise les sentiments de remords et de frustrations. La famille qui, telle une prison, enferme ses membres autours de secrets et d’abus en tous genres. Enfin, la sexualité, qui est une occupation sale et dégradante pour les personnes la pratiquant pour leur simple plaisir. L’outrance des personnages est pesante pour le spectateur, qui ne sait pas s’il peut sourire ou rire de l’atrocité de leurs propos.

Erna (Damien Olivier) est une championne de l’épargne. Elle économise chaque sou, allant même jusqu’à réutiliser du papier journal comme papier toilette. Elle est follement amoureuse de Wottila, un charcutier polonais qui lui prépare de bonnes goulaschs. Son grand malheur, c’est la non-réussite de son fils, alcoolique, qui de surcroit abuse de sa gentillesse maternelle. Grete (Murielle Colvez) aussi vit dans la frustration. Elle souffre de l’éloignement de sa fille partie vivre en Australie pour échapper à la famille. Elle se retrouve seule, avec ses rêves de nymphomane et ses désirs frénétiques de pouvoir du mâle. Marie (Marie Lecomte) incarne l’innocence. Son domaine de prédilection est le débouchage de toilettes manuel, sans utilisation de gants. Sa spécialité est très appréciée, puisqu’on la fait venir de loin pour déboucher les toilettes bourgeoises. Elle est ainsi en contact avec la classe supérieure et se sent d’une utilité indispensable.

Cette pièce est certainement une pièce engagée. Elle raconte la vie plate de petites gens et dénonce la période post-hitlérienne en Autriche, où de nombreuses familles pauvres ont eu du mal à se reconstruire. Le pouvoir du langage y est très fort. Les personnages sont comme abandonnés à eux-même. Leur délire verbal, leur surenchère de mots et l’excès de leurs propos vont les mener au meurtre et à la mort. C’est comme si les personnages sans auteur ne pouvaient que se détruire. La vérité blesse. Par lâcheté, certains préfèrent se réfugier dans l’alcool ou la religion (ou les deux), plutôt que d’accepter cette vérité qui dérange. La troisième scène est très courte en texte. On sent que la fin de la pièce est proche, mais comment finir ? Comme s’il est était impossible pour l’auteur de trouver une fin. Alors on rejoue l’histoire en boucle, encore et encore, jusqu’à l’épuisement, jusqu’au point de non retour.

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Les Présidentes de Werner Schwab

Avec Murielle Colvez, Marie Lecomte et Damien Olivier

Mise en scène et traduction : Françoise Delrue

Décor : José Froment

Lumières : Alexis Duflos

Costumes : Dominique Louis

Son et vidéo : Laurent Doizelet

Crédit photos : Eric Legrand

Production : Théâtre de la Bardane

Du 8 au 29 juillet à 16h au Théâtre Présence Pasteur d’Avignon

A propos de l'auteur

Image de : Après une courte et intense carrière dans le monde du marketing, Anne-Laure s'est lancé dans la grande aventure! En 2009, elle intègre l'Institut des Métiers de la Communication Audiovisuelle en Avignon, et sait à présent manier avec dextérité caméras, appareils photos, microphones et bancs de montage en tous genres. Elle apporte son soutien journalistique à la rédaction de radio Raje en Avignon en réalisant interviews et chroniques. Discordance, elle l'a vu naître et grandir, faire ses premiers pas sur la toile, et participe de manière épisodique à son contenu rédactionnel. Bref, vous l'aurez compris, Anne-Laure touche à tout, l'image, le son, l'écriture, mais elle aime aussi les éclairs au café, qu'on lui raconte des histoires d'amour, le Japon, l'accordéon, les abricots, les sorties en raquettes, les jeux de société, les voyages (pas organisés), les apéros entre amis, le clafoutis aux cerises et le bon vin.

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